Sols pollués: les promesses des plantes

Le 22 juin 2010 par Sabine Casalonga
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Une large étude conduite par l’Ineris en collaboration avec les Voies navigables de France a démontré l’intérêt du recours aux plantes pour stabiliser les polluants dans les sédiments contaminés (phytostabilisation), mais aussi pour offrir un débouché aux exploitants par une valorisation de la biomasse. Des interrogations demeurent sur leur efficacité à long terme.

3 millions de sites pollués sont estimés dans l’Union européenne et le volume de sédiments issus du curage des cours d’eau représenterait entre 100 et 200 millions de mètres cubes chaque année. L’enjeu des sites et sols pollués et de leurs impacts sanitaires potentiels est d’autant plus crucial que le nombre de friches industrielles ne cesse de croître. Problème : les techniques de dépollution conventionnelles ont un coût élevé et ne sont pas toujours adaptées à de grandes surfaces faiblement contaminées.

 

En France, la loi Grenelle II [qui sera votée les 28 et 29 juin au Parlement] encourage l’utilisation des plantes pour remédier au problème des sols pollués. Toutefois ces phytotechnologies, dont l’étude n’a démarré que dans les années 90, n’ont pas encore prouvé leur efficacité. Plusieurs projets-pilotes sont actuellement à l’œuvre, mais il n’existe pas encore de filière industrielle.

 

Les Voies navigables de France (VNF) qui ont l’obligation de réaliser régulièrement des curages de cours d’eau afin de favoriser la navigation et de prévenir le risque d’inondation, privilégient la mise en dépôt des sédiments dans le Nord de la France. Or, du fait du passé minier et industriel de la région, la pollution de ces sédiments est fréquente.

 

« Les métaux sont les principaux polluants et les plus difficiles à traiter », précise Valérie Bert, ingénieure à l’unité Technologies et procédés propres et durables de l’Institut national de l’environnement industriel et des risques (Ineris). « Si les nouveaux sites de dépôt de VNF sont confinés pour limiter les impacts environnementaux, ce n’est pas le cas des anciens sites, d’ailleurs souvent situés à proximité des cours d’eau», explique-t-elle. Dans le Nord-Pas-de-Calais, 185 sites concernés pourraient bénéficier d’un traitement par « phytoremédiation ». En général, leur couverture par une végétation naturelle limite la dispersion des polluants par l’érosion et le lessivage, mais pas le risque de contamination de la chaîne alimentaire via la consommation par les herbivores (lapins, oiseaux). VNF souhaiterait par ailleurs mettre à profit son patrimoine foncier immobilisé.

 

Unique en Europe, le projet Phytostab, coordonné entre 2007 et 2009 par l’Ineris et financé par l’Ademe et l’UE, a évalué l’intérêt de la « phytostabilisation aidée » pour la gestion d’un sol pollué par des éléments-traces métalliques. Cette technique ne permet pas de dépolluer la terre, mais d’immobiliser les contaminants par adsorption sur les racines des plantes ou précipitation dans le sol. «  L’avantage est également de pouvoir valoriser le foncier, via l’utilisation de la biomasse faiblement polluée, dans une filière de compostage, de méthanisation ou de bois-énergie », explique Valérie Bert. « La phytostabilisation est un des moyens pour assurer un mode de gestion des sites et sols pollués à plus ou moins long terme », confirme Jacques Bureau, directeur du département des risques chroniques à l’Ineris.

 

La fétuque rouge et la canche cespiteuse sont les deux espèces de la famille des graminées (herbacées) qui ont été évaluées. Elles se caractérisent en effet par une faible accumulation de polluants dans leurs parties aériennes (tige, feuilles) ce qui limite le risque de contamination alimentaire . L’ajout ou non de deux composts favorisant l’immobilisation des polluants a également été testée : un amendement sidérurgique (à base de chaux) et de l’hydroxyapatite (à base de phosphate de calcium). 

 

Initié en 2002, l’essai a été réalisé avec le concours de l’Ecole des mines de Douai sur un site de 200 m 2, couvert de sédiments issus de l’excavation du canal de la Scarpe près de Douai (Nord) et contaminé par du cadmium en forte concentration (100 mg/kg), du zinc (3.000 mg/kg), de l’arsenic, du plomb et du cuivre.

 

D’après les résultats, le couplage canche/amendement sidérurgique a été le plus efficace en termes de stabilisation des polluants. Les parcelles ainsi traitées ont présenté la fraction mobile de cadmium (Cd) dans le sol la plus faible et un taux de Cd dans les parties aériennes des plantes inférieur à une partie par million. Certains végétaux « spontanés » apparus sur les parcelles après plusieurs années et capables d’accumuler le cadmium, comme l’ortie par exemple, posent néanmoins problème. «  La phytostabilisation aidée est intéressante, mais il reste des questions concernant l’évolution dans le temps des parcelles et de leur fonctionnement, et donc de la maîtrise des risques dans la durée », conclut Valérie Bert.

 

Ce projet devrait se poursuivre encore 4 ans à l’Ineris. L’utilisation d’arbres sera évaluée en vue d’une valorisation dans la filière bois-énergie. Un autre projet concernant l’évaluation de la phytoextraction (dépollution par absorption dans les parties aériennes des plantes, puis récolte) sur des friches industrielles par l’Arabette de Haller, une plante hyperaccumulatrice, est également en cours.

 



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