Sols: la désertification, un fléau laissé sans réponse en Europe

Le 19 décembre 2018 par Marine Jobert
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La désertification, phénomène en expansion.
La désertification, phénomène en expansion.

Un rapport de la Cour des comptes européenne pointe l’absence de réaction systémique de la part de la Commission pour endiguer un phénomène déjà très étendu en Europe, et qui va s’aggravant avec le dérèglement climatique.

En 2015, l'Union européenne et les Etats membres s’engageaient à assurer la neutralité en matière de dégradation des terres d'ici 2030. Depuis, que s’est-il passé? Pas grand-chose, estime la Cour des comptes européenne, qui publie ce 18 décembre un rapport spécial sur la lutte contre la désertification dans l’UE. Son sous-titre est éloquent: «Le phénomène s’aggravant, de nouvelles mesures s’imposent».

Le climat, facteur aggravant

Car la désertification –ou la perspective de connaître cette forme de dégradation des terres dans les zones sèches– est aussi un phénomène européen. Ce risque est particulièrement grave dans le sud du Portugal, dans certaines parties de l'Espagne, dans le sud de l'Italie, dans le sud-est de la Grèce, à Malte, à Chypre, ainsi que dans certaines régions de Bulgarie et de Roumanie riveraines de la mer Noire. Erosion des sols, salinisation, baisse de la teneur des sols en carbone organique, perte de biodiversité, glissements de terrain... Autant de phénomènes qui se multiplient, amplifiés encore par le dérèglement climatique. Et les projections du Groupe d’experts intergouvernemental sur l’évolution du climat (Giec) pour la fin du siècle sont inquiétantes.

   

Les conséquences sont gravissimes: baisse de la production alimentaire, infertilité des sols, diminution de la résilience naturelle des terres et dégradation de la qualité de l'eau, par exemple. «La désertification peut conduire à la pauvreté, à des problèmes de santé du fait des poussières soulevées par le vent et à un déclin de la biodiversité», liste la Cour, fléaux auxquels s’ajoutent des conséquences économiques et démographiques, en contraignant les populations des zones touchées à émigrer.

Pas de vision claire et partagée

Le problème, c’est qu’en trois ans, l’Union n’a mené aucune évaluation complète, n'a convenu d'aucune méthodologie quant à ses modalités et que les Etats membres, s’ils empoignent par ailleurs le problème à leur échelle, n'ont pas agi de manière coordonnée. Si la politique agricole commune et la stratégie de l'Union pour les forêts ou pour l'adaptation au changement climatique peuvent apporter leur contribuer à la question, «il n'existe pas encore de vision claire, partagée, quant à la manière dont l'objectif de neutralité en matière de dégradation des terres sera atteint d'ici 2030», résume la Cour. Il faut dire que les projets en lien avec la dégradation des terres ressortissent de plusieurs programmes: développement rural, environnement, action pour le climat, recherche ou encore politique régionale.

Aider les Etats

Après avoir remis d’équerre sa méthodologie et des indicateurs pertinents, la Commission devrait se pencher sur la nécessité de renforcer le cadre juridique de l'Union en ce qui concerne les sols. Une remise en selle de la directive-cadre sur les sols, qui a été lamentablement enterrée par les Etats, ne suscitant qu’indifférence de la part des citoyens européens? En attendant, la Commission est vivement incitée à «fournir une aide technique aux Etats membres afin de mettre en place des plans d'action nationaux pour parvenir à la neutralité en matière de dégradation des terres d'ici 2030». Et ce avant la fin 2022.

 

 



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