Sols agricoles et GES: les prix du carbone peu efficaces

Le 19 octobre 2015 par Romain Loury
Imprimer Twitter Facebook Linkedin Google Plus Email
Les sols agricoles perdent leur carbone
Les sols agricoles perdent leur carbone
DR

Favoriser la séquestration de carbone dans les sols agricoles par la fixation d’un prix du carbone constitue-t-il une stratégie prometteuse? Pas vraiment: selon une étude germano-autrichienne publiée dans la revue Global Environmental Change, les bénéfices seraient assez modestes, avec une baisse au mieux de 7% des émissions agricoles européennes d’ici à 2050.

Bien qu’elle soit à l’origine d’un quart des émissions de gaz à effet de serre (GES) au niveau mondial, l’agriculture peine à trouver sa place dans les négociations sur le climat. Pourtant, nombreux sont ceux à penser qu’au lieu d’être une source de carbone, les sols pourraient en être un puits très important.

Tel est d’ailleurs l’objectif fixé par l’initiative «4 pour 1.000» lancé par le ministère de l’agriculture en vue de la COP21, et que le ministre Stéphane Le Foll a présenté, lors d’une conférence de presse organisée le 15 octobre, comme «un projet technique, agronomique et social». Face aux émissions de GES, «l’agriculture doit être une solution et pas un problème», a-t-il ajouté. Objectif de l’initiative, favoriser l’absorption et la rétention du carbone par les sols, gage de fertilité alors que ceux-ci ne cessent de s’appauvrir.

Publiée dans Global Environmental Change, l’étude publiée par Stefan Frank, de l’Institut international d’analyse des systèmes appliqués à Laxenburg (Autriche), et ses collègues se montre bien moins optimiste quant au potentiel de séquestration. Notamment quant à l’idée d’un prix du carbone: selon les chercheurs, les bénéfices seraient assez modestes, bien moindres que la reforestation, qu’une meilleure gestion de l’élevage, qu’une réduction des engrais, ou qu’une moindre consommation de viande.

Un effet marginal

Premier constat: selon la tendance actuelle, les émissions de carbone par les sols devraient diminuer d’elles-mêmes d’ici 2050 dans l’UE, d’environ 40% -de 64 à 39 mégatonnes d’émissions de CO2 par an. En réalité, 4% de cette baisse sera liée à la diminution de la surface agricole, les 96% restants s’expliquant par le fait que la concentration de carbone dans les sols, fortement diminuée, se rapprochera de l’équilibre, celui auquel les échanges de carbone avec l’atmosphère sont nuls.

Selon les chercheurs, fixer le prix du carbone à 100 dollars par tonne de CO2 (88,4 euros) permettrait d’économiser 38 mégatonnes équivalent (Mteq) CO2 par an, soit 7% des émissions agricoles européennes de 2010-50 en comptant le protoxyde d’azote et le méthane. Environ 80% de la baisse serait due à des changements de pratiques agricoles (rotation des cultures, moindre labourage), le reste à une diminution de la surface agricole.

Par un système de vases communicants, la baisse européenne des émissions de GES, qui s’élèverait à 60 Mt équivalent CO2 en tenant comptant de l’élevage, se reporterait en grande partie sur les pays non européens, dont l’agriculture se trouverait de facto plus compétitive que l’européenne. Selon les chercheurs, leurs émissions s’élèveraient de 20 Mteq CO2. Le bilan net serait donc de 40 Mteq CO2 économisés par an d’ici à 2050, alors que l’agriculture mondiale en produit 5 gigatonnes par an.



A suivre dans l'actualité :

Sites du groupe

Le blog de Red-on-line HSE Compliance HSE Vigilance HSE Monitor

Les cookies assurent le bon fonctionnnement de nos sites et services. En utilisant ces derniers, vous acceptez l’utilisation des cookies.

OK

En savoir plus