Sodas: plus de fructose que prévu

Le 11 juin 2014 par Romain Loury
Imprimer Twitter Facebook Linkedin Google Plus Email
Le fructose, impliqué dans le diabète et l'obésité
Le fructose, impliqué dans le diabète et l'obésité
DR

Aux Etats-Unis, les sodas contiennent bien plus de fructose que l’on ne s’y attendrait à la lecture de l’emballage, selon une étude publiée dans la revue Nutrition. De quoi faire craindre une consommation encore plus élevée dans la population, alors que ce sucre est impliqué dans plusieurs maladies métaboliques.

Les sucres ajoutés diffèrent de part et d’autre de l’Atlantique: l’Europe recourt principalement au saccharose -communément appelé «sucre», tel que celui que l’on met dans le café-, tandis que les Etats-Unis utilisent surtout du sirop de maïs à haute teneur en fructose (HFCS, selon l’acronyme anglais). Raison à cela, le faible coût du maïs aux Etats-Unis par rapport au sucrose importé.

Différence majeure entre les deux produits, le sucrose consiste en deux molécules de glucose et de fructose chimiquement liées, alors qu’elles sont sous forme libre dans le HFCS. Toutefois, le HFCS est souvent présenté comme de composition équivalente au sucrose, avec 50% de glucose et 50% de fructose. En réalité, le HFCS employé dans les sodas américains est du HFCS-55: il contient 55% de fructose, 42% de glucose et 3% d’autres sucres considérées comme impuretés, tels que le maltose.

Or les sodas américains pourraient être encore plus éloignés du 50/50, révèle l’analyse menée par l’équipe de Michael Goran, de la Keck School of Medicine à Los Angeles, sur 14 boissons vendues dans des supermarchés de la ville. Celles censées contenir du HFCS-55 (Coca-Cola, Pepsi, Sprite, 7-Up, Dr Pepper, etc.) s’avèrent ainsi bien plus concentrées en fructose, avec une moyenne de 60,6% du total des sucres, contre environ 40% de glucose.

Prudents dans leurs explications, les chercheurs évoquent l’hypothèse selon laquelle le prétendu HFCS-55 serait obtenu à partir d’un autre produit plus concentré en fructose, le HFCS-90 (90% de fructose), qui serait dilué avec du HFCS-55 ou du sirop de glucose. Rien d’illégal à cela aux Etats-Unis, le HFCS-55 se définissant légalement comme un produit contenant «au minimum» 55% de fructose, rappellent les chercheurs.

Même dans les boissons sans HFCS!

Bien plus gênant, les chercheurs observent le même phénomène avec les boissons à base de saccharose, telles que le Coca-Cola fabriqué au Mexique, qui comporte 45,79% de fructose libre alors qu’il n’est pas censé en contenir, ou Gatorade et ses 42,11%.

Pire: dans les jus de fruits sans sucres ajoutés, donc a priori exempts de HFCS ou de sucrose, le taux de fructose s’élève même jusqu’à 67%. Un taux bien plus élevé que les sodas, et largement au-delà de celui qu’atteindrait le seul fructose naturel des fruits.

Outre le problème de transparence des industriels, se pose celui de la santé publique: le fructose, dont la consommation américaine s’est envolé ces dernières décennies, a maintes fois été associé au risque d’obésité et de diabète de type 2 («diabète non insulinodépendant»). Et la consommation excessive de sodas est considérée comme l’un des moteurs de l’épidémie mondiale d’obésité.

Hasard ou non du calendrier, une autre étude analysant la teneur de fructose dans les sodas vient d’être publiée dans l’International Journal of Obesity. Rassurante, elle confirme, à l’inverse de celle de Nutrition, une teneur d’environ 55%, conformément aux attentes des consommateurs –et aux affirmations des fabricants. Petit détail, elle a été entièrement financée par l’International Society of Beverage Technologists (ISBT), qui représente l’industrie du soda.

Toujours aux Etats-Unis, la Californie s’apprête à exiger un avertissement sanitaire sur toute boisson non alcoolisée comptant au moins 75 kilocalories pour 12 onces -environ 36 cL. Adoptée fin mai au Sénat de cet Etat, l’amendement prévoit, pour la première fois dans le pays, une inscription du type «Boire des boissons contenant des sucres ajoutés contribue à l’obésité, au diabète et aux caries dentaires». Et expose aux recettes aléatoires des industriels?



Les cookies assurent le bon fonctionnnement de nos sites et services. En utilisant ces derniers, vous acceptez l’utilisation des cookies.

OK

En savoir plus