SNBC: la présidente du HCC n’est pas convaincue

Le 27 janvier 2020 par Valéry Laramée de Tannenberg
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Corinne Le Quéré regrette les nombreuses imprécisions de la SNBC.
Corinne Le Quéré regrette les nombreuses imprécisions de la SNBC.
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La présidente du Haut conseil  pour le climat, Corinne Le Quéré, souligne l’imprécision de nombreuses mesures concernant les transports, la fiscalité et les logements, notamment.

 

Et c’est reparti. Pour la seconde fois, en un semestre, les membres du Haut conseil pour le climat (HCC) se penchent sur le projet de stratégie nationale bas carbone (SNBC). En juin dernier, le HCC avait étrillé, dans son premier rapport annuel, l’esquisse de stratégie climatique nationale. Corinne Le Quéré, la présidente du HCC, a accepté de livrer au JDLE ses premières impressions sur la seconde version, mise en consultation la semaine passée. Elles ne sont pas toutes bonnes.

«On ne trouve pas beaucoup de surprises dans cette nouvelle mouture. Les données reconfirment que le premier budget carbone a été dépassé et qu’il y a du rattrapage à faire», attaque, d’emblée, la climatologue.

déclinaisons sectorielles

Tout n’est pas à jeter pour autant. «Cette version intègre plusieurs corrections que nous avions demandées. A commencer par la déclinaison sectorielle des budget carbone, par gaz à effet de serre.» Important, car préciser qui émet quoi facilite le suivi des politiques climatiques. Et leur éventuelle adaptation aux réalités. «On souhaite que la SNBC soit de plus en plus centrale dans les choix du gouvernement, du parlement et la sélection des grands projets. Avoir plus de détails facilite l’élaboration des stratégies climatiques, tant nationales que sectorielles.» Pour le moment, la déclinaison concerne l’agriculture et la sylviculture. Il faudra donc affiner les chiffres de l’industrie, des transports et de la production d’énergie.

Les prochaines sorties du HCC. D’ici au printemps, le HCC doit publier une étude comparative des différentes politiques européennes en faveur de la rénovation des bâtiments. En juin seront publiés le rapport annuel et une étude sur les transports. D’ici la fin de l’année, l’équipe de Corinne Le Quéré prévoit d’évaluer l’adéquation entre les politiques nationale et régionales en matière d’adaptation.

Autre regret de l’ancienne patronne du Tyndall Centre britannique: le rehaussement du second budget carbone. «On avait recommandé de le maintenir à son niveau originel et de pas reporter dessus les excès d’émission du premier budget carbone. Le gouvernement n’a pas tenu compte de notre recommandation. Or, en agissant ainsi il creuse un peu plus l’écart entre son ambition et la réalité. Ca rend l’atteinte du 3e budget encore plus difficile et ça ralentit le rattrapage.»

chapitres obscurs

Volumineuse, la SNBC reste obscure sur certains sujets. «Le HCC avait demandé que les risques inhérents au développement des puits de carbone (sécheresses, feux de forêts) soient mieux pris en compte. Nous voulions ainsi que le gouvernement montre le réalisme de sa politique. Ca n’est pas le cas. Or, les puits de carbones sont fondamentaux pour atteindre la neutralité carbone.»

Des imprécisions, le HCC en trouve aussi dans le chapitre consacré au bâtiment. «On nous parle de rénovation de logement. Mais s’agit-il de rénovations partielles ou complètes? Ce n’est pas anodin. Selon la réponse que l’on donne, on influe plus ou moins sur les besoins de montée en compétences des professions du BTP ou sur des filières, comme celle des pompes à chaleur.»

A la rubrique transports (secteur le plus émetteur) «beaucoup de présupposés ne sont pas connus. Le gros de la stratégie est basé sur l’électrification. Mais quid des changements modaux, de la baisse de la demande de mobilité? Il y a un gros travail à faire pour tester les hypothèses qui soutiennent les trajectoires de la SNBC.»

sciences sociales

Une bonne nouvelle: la stratégie ouvre la porte aux sciences sociales. «C’est vrai que la SNBC donne beaucoup d’importance à l’information et à la sensibilisation du public. Mais que savons-nous de l’acceptation sociale des nouvelles technologies, des mesures réglementaires? Il y a là encore beaucoup de travail à faire qui ne relève pas forcément de la SNBC», réagit Corinne Le Quéré.

Mais le plus important n’est pas là. «La SNBC a initialement été construite avec une taxe carbone dont la trajectoire haussière était connue. Or, cette taxe carbone est gelée. C’est un gros manque à combler, très rapidement, pour financer la baisse des émissions.» Il se pourrait que cette dernière demande reste lettre morte.