Si vous avez manqué le mois d’août

Le 20 août 2013 par Valéry Laramée de Tannenberg
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Au Japon, les changements climatiques ont déjà changé le goût des pommes.
Au Japon, les changements climatiques ont déjà changé le goût des pommes.
Meghan PACOURET

Ce mois qui s’achève n’a pas été avare d’actualités environnementales. Au menu: les états d’âme de Cécile Duflot, la discrétion de Geneviève Fioraso, le climato-scepticisme des Français, les effets perceptibles des changements climatiques. Sans oublier l’émergence d’une nouvelle coalition rose-verte au sein du gouvernement.

Des plages aux montagnes, de la campagne à l’Outre-mer, l’environnement n’a pas disparu de l’actualité durant le mois d’août. Cette actualité a pris, tout d’abord, une tonalité très politique. Dans le Journal du Dimanche du 4 août, la ministre de l’égalité des territoires et du logement fait un premier bilan de sa participation au gouvernement Ayrault. Après s’être fait sa place dans une équipe majoritairement socialiste, Cécile Duflot a pris son envol, réussissant à faire voter une loi, à faire appliquer un long encadrement des loyers et à préparer le chantier de la rénovation thermique du bâtiment. Ne succombant pas aux attaques de l’opposition (sur sa garde-robe, ses textes gênant propriétaires et agents immobiliers, les tweets de ses proches), l’ex-patronne des Verts s’interroge plutôt sur la poursuite de sa participation au gouvernement. «Réellement émue» par les propos tenus par le président de la République lors de la première Conférence environnementale, la numéro 6 du gouvernement reconnaît aisément que «peu de ce qui a été dit s'est incarné dans les faits». Pire, les sujets qui fâchent «écolos» et «socialos» continuent de faire des étincelles: projet d’aéroport de Notre-Dame-des-landes, pacte de compétitivité, accord sur l’emploi… La goutte d’eau de trop aurait pu être l’éviction de Delphine Batho: la seule fois où la ministre a failli quitter le navire. Elle n’en a rien fait. Mieux, sa décision récente de ne pas concourir, en mars prochain, pour la mairie de Paris semble indiquer qu’elle entend inscrire son action dans la durée.

Tant que la recherche est autorisée

C’est aussi l’impression donnée par la lecture de l’entretien que la ministre de la recherche a accordé, le même jour, au site des Echos. Elle aussi très politique, Geneviève Fioraso explique sa non-participation au récent débat sur les OGM: «parce que la recherche est autorisée». Même mutisme sur les gaz de schiste puisqu’il s’agit, cette fois, d’attendre le développement d’alternatives à la fracturation hydraulique; une recherche menée par les opérateurs privés. La ministre grenobloise regrette toutefois certaines «dérives» dans l’application du principe de précaution, à l’instar d’une décision de justice interdisant l’implantation d’une antenne de téléphonie mobile «en retenant comme argument l’anxiété suscitée parmi les riverains».

Allègre fait des émules

Redoutant les effets supposés des ondes hertziennes, ces riverains –surtout les plus âgés et les moins diplômés- ne craignent pas, en revanche, les effets des changements climatiques. Dans son dernier Baromètre d’opinion sur l’énergie et le climat, le Commissariat général au développement durable (CGDD) indique que 61% des Français considèrent que le changement climatique est une réalité. Toutefois, 22% des sondés estiment qu’il n’est pas prouvé que les activités humaines soient à l’origine du réchauffement et 13% doutent de la réalité même de la montée du mercure. Les climato-sceptiques sont majoritaires chez les personnes sans diplôme (53%) et représentent une personne de 70 ans et plus sur deux. La contestation de la réalité du changement climatique dépend nettement de l’âge: 4% des moins de 25 ans adoptent cette position, contre 22% chez les 70 ans et plus. Alors, nos compatriotes sont-ils un peu plus convaincus par les thèses défendues par Claude Allègre? Peut-être? En 2010, nous rappelle le site du Monde, 84% d’entre eux affirmaient croire en la réalité du phénomène. Les plus anciens et les moins diplômés fournissaient, déjà à l’époque, les plus gros bataillons de sceptiques.

Changement climatique de goût des pommes

Les symptômes des changements climatiques sont pourtant perceptibles par tout un chacun. Le 6 août, l’administration américaine de l’atmosphère et de l’océan (Noaa) rappelait, dans son volumineux rapport annuel sur l’état du climat, que l’année 2012 fut l’une des plus chaudes de mémoire de météorologue. Avec des conséquences notables sur la cryosphère (les glaces de mer arctiques n’ont jamais été aussi peu présentes depuis 34 ans, 97% de la surface de la glace du Groenland a fondu en surface durant l’été), l’océan (la température de surface est l’une des plus chaudes jamais mesurées et la montée des eaux s’accélère). Moins grave, des chercheurs japonais annoncent, dans une étude mise en ligne par Scientific Reports, que les changements climatiques ont modifié le goût de deux variétés de pommes japonaises. Les températures plus élevées à la sortie de l’hiver accélèrent la phénologie des pommiers. Avec plus de chaleur, les fruits voient leur taux de sucre augmenter et leur degré d’acidité diminuer. Deux phénomènes que l’on observe aussi, dans le monde entier, pour la vigne et les poires.

Vagues de chaleur et montée de la mer

Et les perspectives ne sont pas bonnes. A quelques semaines de la publication du 5e rapport d’évaluation du Giec , une vaste étude internationale annonce un accroissement significatif des vagues de chaleur «sans précédent» dans les prochaines décennies. Menée par Dim Coumou (Institut de recherche sur le climat de Postdam), cette modélisation, publiée dans Environmental Research Letters, annonce un accroissement de ces événements climatiques extrêmes, notamment dans les tropiques et le bassin méditerranéen. Ironie de l’histoire, nous serons, de plus, menacés par la montée des eaux. En fin de semaine passée, Nature Climate Change a publié les résultats d’une évaluation des risques liés à la montée du niveau de la mer. Menée par Stéphane Hallegatte (Cired ), l’équipe a quantifié les coûts que devront supporter les édiles de 136 collectivités côtières. Pour résumer, le montant de la facture devrait pratiquement décupler entre 2005 et 2050 (atteignant 52 milliards de dollars par an –38,7 Md€-, après la réalisation d’ouvrages de protection). En France, c’est la ville de Marseille qui est la plus menacée par l’élévation du niveau de Mare Nostrum. Bien loin de la Grande Bleue, c’est la chaleur qui tue.

Depuis un mois et demi, la température dépasse allègrement 30, voire 35 ou 40 degrés à l'ombre dans un grand nombre de sites du sud-est, du centre et de l'ouest du Japon. Cette canicule de juillet a déjà tué au moins 120 personnes dans la seule ville de Tokyo et envoyé chaque jour à l'hôpital plusieurs centaines d'individus victimes de malaises, selon les informations compilées par les médias. En raison de la conjonction de la mousson et de la tempête tropicale Trami, des pluies torrentielles s’abattent, comme en 2012 et en 2008, sur la région de Manille. La capitale des Philippines est bloquée, pour la seconde journée consécutive. Et les autorités dénombrent déjà 3 victimes et 4 disparus.

Dans l'Extrême-Orient russe, des pluies sans précédent ont provoqué des crues de l’Amour et de la Zeïa. Les deux fleuves ont atteint des cotes inédites depuis le XIXe siècle. L’état d’urgence a été décrété dans plusieurs régions et 23.000 personnes ont déjà été évacuées, dans le district fédéral de l'Extrême-Orient. Pour réduire les risques d’épidémies, 30.000 personnes devront être vaccinées contre l'hépatite A, la diphtérie et la fièvre typhoïde. Pour tenter d’imaginer un modèle de développement compatible avec ce monde nouveau annoncé par les scientifiques, le président de la République a convié, lundi 19 août, les ministres à un séminaire gouvernemental. But annoncé de cette réunion au sommet: imaginer la France de 2025. Une France, a expliqué François Hollande, «où l’exigence environnementale assure[ra] sobriété énergétique, performance économique et solidarité territoriale».

Un quatuor rose-vert

Cécile Duflot, Philippe Martin, Stéphane Le Foll et Pascal Canfin n’y sont pas venus les mains vides. La veille, les ministres du logement, de l’écologie, de l’agriculture et du développement avaient confié au Journal du Dimanche leur «contribution commune». Dans cette lettre de 4 pages, le quatuor explique que notre système productif doit faire race aux limites physiques d’épuisement de la planète ainsi qu’au dérèglement climatique. «Sans une évolution rapide de ce système productif, l’accès aux ressources sera cause de conflits et d’inégalités nouvelles», écrivent-ils.

Constructifs, la coalition rose-verte appelle à la création d’une «économie écologique», articulée autour de trois objectifs: prospérité, soutenabilité et solidarité. «Les circuits courts, l’économie circulaire, la rénovation énergétique des bâtiments sont les secteurs qui seront, dans les 10 années à venir, les plus pourvoyeurs d’emplois, et créateurs d’emplois de qualité, durables, non délocalisables, répartis sur l’ensemble du territoire.» Le rayon de la soutenabilité propose «un approvisionnement massif en énergie renouvelable», un nouvel urbanisme et un abandon de la surconsommation, facteur d’épuisement des ressources et d’aggravation des inégalités. Le chapitre de la solidarité propose de garantir «la pérennité des systèmes de protection sociale en Europe» et de déplacer la fiscalité des activités «qui pèsent sur les activités écologiquement et socialement utiles vers celles qui nuisent aux écosystèmes et mettent en péril notre avenir».



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