Shell et la périlleuse indemnisation du Delta du Niger

Le 16 septembre 2013 par Marine Jobert
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Le Delta du Niger, 50 ans d'exploitation pétrolière.
Le Delta du Niger, 50 ans d'exploitation pétrolière.

Shell vient d'essuyer un premier revers dans le processus d'indemnisation en cours entre la compagnie pétrolière néerlandaise et les victimes d'une pollution historique dans le delta du Niger. Ses propositions ont été jugées «insultantes» et «dérisoires».

C'est à Bodo que l'équivalent de la marée noire de l’Exxon Valdez (Alaska en 1989) s'est écoulé en août, puis en décembre 2008, à partir d'oléoducs appartenant à la compagnie pétrolière Shell. Bodo: un confetti dans l'enfer qu'est devenu, en 50 ans, ce haut lieu de la production pétrolière. L’équivalent de milliers de barils de pétrole brut a contaminé les sols et les cours d’eau de la ville, avant que Shell ne colmate enfin les brèches, des semaines plus tard. Les 69.000 habitants, vivant essentiellement de la pêche et de l'agriculture, se sont retrouvés privés de tous moyens de subsistance et exigent réparation. Un procès doit se tenir devant la Haute cour de justice de Londres, mais parallèlement, des négociations sont en cours pour tenter d'évaluer la valeur du préjudice subi par les populations autochtones et le montant des réparations.

 

Les négociations, qui se tiennent à Port Harcourt, capitale de l'Etat de Rivers et principale ville du delta du Niger (sud), sont au point mort depuis la fin de la semaine dernière, les 15.000 villageois représentés ayant repoussé à l'unanimité les sommes proposées par la compagnie. «Nos clients savent ce que valent leurs plaintes et ne seront pas facilement achetés», a déclaré dans un communiqué Martyn Day, du cabinet d'avocat londonien Leigh Day, qui représente les habitants de Bodo dans les négociations. Les montants proposés par Shell «sont totalement dérisoires et insultants», a-t-il estimé. Shell aurait proposé 7,5 milliards de naira (35 M€) et chaque villageois aurait touché environ 275.000 naira (1.300 €), si l'on soustrait une somme forfaitaire devant être versée à la communauté, a précisé à l'AFP Martyn Day. Shell a indiqué avoir participé aux négociations avec deux objectifs: faire une offre d'indemnisation généreuse à ceux qui ont traversé des épreuves à cause des deux fuites très regrettables de 2008, et faire des progrès en ce qui concerne le nettoyage des sites pollués. La compagnie a tout intérêt à obtenir un accord financier avec les victimes plutôt que de voir prospérer leur plainte devant les tribunaux britanniques, ce qui risque de créer un précédent.

 

«C'est un désastre immense, impossible à évaluer», explique Jacques Viers, l'un des responsables de la commission Acteurs économiques à Amnesty International France, en rappelant que tout le delta du Niger a été dévasté à bas bruit. «Il s'y serait déversé l'équivalent d'un Exxon Valdès tous les ans depuis 50 ans», rappelle-t-il pour Le Journal de l'environnement. Shell incrimine avec constance les sabotages et les vols de carburant, ce que réfute Jacques Viers, en nuançant pour la période la plus récente, à cause des tensions militaires qui ont entraîné la multiplication des raffineries clandestines. Il décrit un pays ravagé par les émanations toxiques du torchage (deuxième pays du monde à pratiquer le brûlage du gaz à l'air libre), les feux qui transforment les fuites de pétrole en croûte stérile qui étouffent pour des décennies les fragiles mangroves, les déversements sauvages d'eaux polluées ou d'hydrocarbures pendant l'exploitation… «Le Programme pour l'environnement des Nations unies [Pnue] a préconisé, dans un rapport de 2011, qu'un milliard de dollars [749 M€] soient investis pendant 20 ans sur la seule zone de Bodo, soit 2% du delta du Niger» rappelle t-il. On est bien loin des sommes proposées par Shell. L'ONG demande que la compagnie nettoie les lieux, finance des mesures de réhabilitation sociale, assure l'accès à une eau potable et s'engage à assurer la transparence des données en cas de sinistre. Car, jusqu'à aujourd'hui, l'essentiel des données ont été collectées et fournies par Shell (ou par des intermédiaires sous sa coupe).

 

 

 

 



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