Séralini refuse de retirer une étude qui accable un maïs GM

Le 28 novembre 2013 par Marine Jobert
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Gilles-Eric Séralini défend son étude publiée il y a 1 an.
Gilles-Eric Séralini défend son étude publiée il y a 1 an.
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En septembre 2012, la communauté scientifique mondiale se déchirait autour de l’étude menée par Gilles-Eric Séralini, qui mettait en lumière des effets d’importance sur des rats nourris pendant deux ans avec du maïs GM et exposés au Round-Up. Près d’un an plus tard, la revue qui avait publié ses conclusions, vient de lui demander de se rétracter. Le scientifique s’y refuse et dénonce la mainmise de l’industrie sur les agences sanitaires et la presse scientifique.

Retirez votre étude. En des termes plus policés, c’est la demande qu’a adressée à Gilles-Eric Séralini la revue Food and Chemical Toxicology. En septembre 2012, elle publiait pourtant le fruit des recherches du professeur de biologie moléculaire de l’université de Caen, sur des rats nourris pendant deux ans avec du maïs GM de type NK603 (Monsanto) et exposés à l’herbicide Round-Up. L’étude rapportait une mortalité accrue chez les rongeurs, frappés de tumeurs mammaires pour les femelles et de troubles rénaux et hépatiques pour les mâles. Une folle controverse s’en était suivie, en France comme en Europe. Ses défenseurs saluaient alors l’importance qu’ait été menée, pour la première fois, une étude sur le long terme de la toxicité de ce maïs OGM et du Round-Up. Ses détracteurs critiquaient notamment la race de rat utilisée dans l’étude -qui développerait facilement des tumeurs en cas de suralimentation, argumentaient-ils- et le nombre de 200 rats, jugé insuffisant.

Revirement total

C’est précisément sur ces deux derniers points que la revue scientifique met en cause l’étude. «Il y a une raison légitime d’inquiétude concernant à la fois le nombre d’animaux testés dans chaque groupe et la souche particulière [de rats] sélectionnée», argue l’éditeur en chef de la revue. «Les résultats présentés sont peu concluants et n’atteignent donc pas le seuil de la publication», estime-t-il, comme le rapporte Sciences et Avenir. Tout en admettant que «le problème du faible nombre d’animaux avait été identifié lors du processus initial d’examen du papier par le comité de lecture», l’éditeur de Food and Chemical Toxicology explique que s’il avait décidé finalement de le publier, c’est parce que ce travail «gardait du mérite malgré ses limites».

Plainte aux Etats-Unis

18 mois plus tard, cette appréciation semble avoir grandement évolué. Et le revirement est de taille, puisque demander à un chercheur de se rétracter vis-à-vis d’un article n’est pas une petite affaire, tant pour sa réputation que dans sa mise en œuvre[1]. «Il n’y aucune fraude relevée, aucun manque d’intégrité dans les données brutes que je leur ai transmises, mais ils me demandent de retirer l’étude!», s’est insurgé Gilles-Eric Séralini lors d’une conférence de presse organisée ce 27 novembre au Parlement européen à Bruxelles. Le chercheur se refuse à obtempérer, arguant que des études menées par Monsanto avec la même souche de rats, le même nombre d’animaux et le même OGM –mais concluant à l’absence d’effets- n’avaient jamais été retoquées. Il a annoncé que des avocats américains avaient été saisi pour réclamer des dommages-intérêts «à la hauteur de l’impact de cette affaire sur moi-même, mon équipe et la santé mondiale».

Revues scientifiques infiltrées

Entouré de Corinne Lepage, député européen et co-fondatrice du Comité de recherche et d'information indépendantes sur le génie génétique (Criigen), François Veillerette, porte-parole de Générations futures, Joël Spiroux, président du Criigen, et de Paul Deheuvels, statisticien de l'Académie des sciences, Gilles-Eric Séralini a rendu coup pour coup. «La science régulatrice et officielle se compromet de plus en plus», a-t-il déclaré, renvoyant dos à dos une autorité sanitaire européenne –l’agence européenne de sécurité alimentaire- gangrénée par les conflits d’intérêts (comme l’a démontré une enquête de l’ONG CEO) et une presse scientifique infiltrée par les lobbies industriels. Il en veut pour preuve le recrutement par Food and Chemical Toxicology début 2013 de Richard Goodman en tant que rédacteur en chef associé. Ex-salarié de Monsanto, ce spécialiste des allergies alimentaires à l’université du Nebraska (Etats-Unis) œuvre également au sein de l’International Life Science Institute (ILSI), un lobby industriel qui réunit la plupart des groupes agrochimiques actifs dans les OGM (Monsanto, BASF, Bayer, ou Syngenta). «Vous ne pouvez plus croire la science là où il y a de forts intérêts financiers.»

 

En septembre dernier, la journaliste Stéphane Horel avait publié une enquête sur une tentative de déstabilisation de la DG Environnement sur le dossier sensible de la définition des perturbateurs endocriniens. 18 scientifiques avaient en effet publié dans l’été un même éditorial au vitriol, dans 14 revues scientifiques; 41 scientifiques leur avaient répondu de façon très critique. En apparence technique, cette controverse avait été l’occasion de voir à l’œuvre une opération de lobbying, mais aussi les liens parfois troubles que la science peut entretenir avec le secteur privé.

 

Evaluations à long terme

«Ce qu’ils veulent, au-delà du retrait de cette étude, c’est fermer une porte que nous avons légèrement entrouverte pour connaître les effets à long terme des OGM. L’étude n’aurait pas dû avoir lieu», a expliqué Corinne Lepage. L’eurodéputée note que, même si de «bonnes volontés se sont depuis exprimées», comme à l’Agence de sécurité sanitaire de l’alimentation (Anses) qui a lancé le programme Risk’OGM, aucune étude sur la toxicité à long terme des OGM n’a été menée depuis la publication contestée de septembre 2012; «ce qui signifie qu’on n’aura aucun résultat, si des études démarraient maintenant, avant au moins 3 ou 4 ans», a-t-elle déploré. Et de lancer un appel à la mobilisation des scientifiques «qui veulent le progrès des connaissances», pour que «cesse la concentration des organes de presse scientifique et le contrôle exercé par les lobbies». Tous les soutiens à Gilles-Eric Séralini ont rappelé, à plusieurs reprises, que l’enjeu essentiel de cette controverse était la question de la toxicité à long terme des aliments et des produits chimiques que les autorités sanitaires sont chargées d’autoriser après évaluation (en s’appuyant sur les données fournies par les industriels…). Ainsi du glyphosate, par exemple, qui fera prochainement l’objet d’une nouvelle procédure d’évaluation en Europe. Or les adjuvants, «qui peuvent multiplier par 1.000 la puissance de la substance active», a rappelé Gilles-Eric Séralini, ne sont pas évalués. L’un d’entre eux, le POE-15, toxique en lui-même, serait encore plus toxique encore que le glyphosate. C’est ce qu’avait montré en février dernier une étude parue dans la revue Toxicology. Une étude cosignée par… le même Séralini.

 



[1] Pour obtenir le retrait d’une publication, il doit être rapporté la preuve d’une erreur manifeste, d’une faute lourde, d’un plagiat ou d’une fraude.

 

 



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