Séquestration du carbone: trop tard pour bien faire?

Le 19 mai 2015 par Valéry Laramée de Tannenberg
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La plateforme Sleipner B de Statoil injection 1 Mt CO2 par an dans le sous-sol de la mer du Nord.
La plateforme Sleipner B de Statoil injection 1 Mt CO2 par an dans le sous-sol de la mer du Nord.
Statoil

L’Association des journalistes de l’environnement et du climat (Ajec 21) recevait, ce mardi 19 mai, deux spécialistes du stockage géologique du CO2. L’occasion de faire le point sur le développement de cette technologie-clé pour réduire nos émissions (à l’atmosphère) de gaz carbonique.

Le principe, tout le monde ou presque, le connaît. Le stockage géologique du CO2 consiste à injecter le dioxyde de carbone, dont l’industrie lourde et le climat ne veulent plus, dans des structures géologiques étanches, comme des aquifères salins ou d’anciens gisements d’hydrocarbures.

Auparavant, il aura fallu, bien sûr, capter (à la cheminée) ledit CO2, le débarrasser de ses impuretés, le concentrer et l’amener jusqu’au puits d’injection. Autant d’opérations qui coûtent: «Aujourd’hui, le prix du captage-stockage tourne autour de 60 euros par tonne de gaz carbonique», estime Isabelle Czernichowski, présidente de CO2Geonet, réseau européen de recherche sur le stockage du CO2.

12 installations en service

Pour le moment, rares sont les installations opérationnelles. «Actuellement, 12 installations de taille industrielle sont en fonctionnement dans le monde. Toutes ensemble, elles stockent environ 20 millions de tonnes de gaz carbonique par an», avance Catherine Truffert, conseillère auprès de la direction scientifique du BRGM[1].

Le potentiel est pourtant considérable. Un scénario de l’Agence internationale de l’énergie (AIE), permettant de stabiliser à terme le réchauffement à 2°C, estime que 13% de l’effort d’atténuation pourrait être le fruit du captage-stockage de carbone (CSC). Dit autrement, il faudrait que le CSC stocke dans les profondeurs environ 120 Mdt CO2 d’ici 2050: 6.000 fois plus que ce que les industriels réalisent chaque année.

Du CO2 pour extraire plus de pétrole

Relever ce défi n’est, en théorie, pas impossible. Un peu partout, le sous-sol est riche en cavités et structures diverses pour séquestrer ad vitam des volumes considérables de gaz carbonique. La seule formation d’Utsira, où Statoil injecte le CO2 produit par l’une de ses plates-formes gazières offshore, pourrait stocker plusieurs dizaines de milliards de tonnes de gaz carbonique. Le problème, c’est de les dégoter: «Il faut parfois 10 ans de recherches et d’essais pour trouver la formation idoine», confirme Isabelle Czernichowski. Un sacré investissement que seuls les pétroliers veulent bien réaliser. Ces derniers utilisent, en effet, du CO2 pour accroître la productivité de leurs puits de pétrole ou de gaz. Le bilan carbone de l’opération n’est pas forcément net.

300 km

Mais ce n’est pas tout. La plupart des «trous» ne se trouveront pas sous les fondations des centrales ou des usines cracheuses de CO2. En 2005, un rapport spécial du Giec[2] estimait à 300 kilomètres la distance moyenne séparant les principales sources industrielles d’émissions de carbone des sites potentiels de stockage. Il faudra donc tirer des «carboducs» à terre ou moderniser le réseau de gazoducs sous-marins, grâce auxquels on pourrait injecter du carbone dans les gisements épuisés d’hydrocarbures de la mer du Nord. Là encore, des investissements considérables devront être faits. Ils ne sont pas financés.

«Fondamentalement, concède Catherine Truffert, le problème est qu’il n’existe aucune obligation, aucune incitation permettant de monter une économie du stockage du carbone.» L’Union européenne avait bien essayé. En réservant une partie des quotas d’émission au financement d’opérations-pilotes de CSC, elle espérait mettre en batterie une douzaine de ces installations en… 2015. Ce rêve a été ruiné par la vertigineuse dégringolade du cours des quotas d’émission.

Alors, enterrée la séquestration géologique? Malgré les efforts des chercheurs et des industriels pour compresser encore les coûts, rien ne pourra décider les énergéticiens, les cimentiers ou les sidérurgistes à investir, de leur propre chef, des milliers de milliards d’euros pour mettre le carbone au sous-sol. A moins, bien sûr, qu’une lourde taxe carbone les y incite. Comme c’est le cas en Norvège.

 



[1] BRGM: Bureau de recherches géologiques et minières

[2] Giec: Groupe international d’experts sur l’évolution du climat

 



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