Sel: le cœur n’en veut ni trop, ni trop peu

Le 30 novembre 2011 par Romain Loury
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Le sel est bien nuisible pour le cœur à consommation trop élevée, mais il l’est aussi en trop faible quantité, montre une étude canadienne publiée dans le Journal of the American Medical Association (JAMA).
 
En Europe comme en Amérique du Nord, la plupart des grandes agences sanitaires recommandent d’abaisser la consommation de sel, jugée trop haute, car elle favorise le risque cardiovasculaire. Mais de récentes études remettent en cause ce dogme: l’une d’entre elles a même montré un effet bénéfique du sel sur la mortalité [JDLE] .
 
Quel est le bon point de vue? Probablement les deux, selon l’étude menée par Martin O’Donnell, de l’hôpital général de Hamilton (Ontario), et ses collègues. Conduits sur 28.880 patients ayant des troubles cardiovasculaires [1], ces travaux révèlent un risque suivant «une courbe en J», en fonction de la consommation de sel: il existe bien un risque accru à faible quantité de sel, mais il est moins important qu’en cas de surconsommation.
 
En prenant comme référence les personnes excrétant entre 4 et 6 grammes de sodium par jour, ceux se situant au-dessus de 8 grammes par jour voyaient leur risque [2] augmenter de 49%. A l’inverse, excréter moins de 2 grammes par jour accroissait le risque de 21%.
 
La même tendance en J était observée pour la seule mortalité cardiovasculaire (+66% de décès à plus de 8 g/jour, +37% à moins de 2 g/jour). Seule la surconsommation de sel était liée au risque d’infarctus ou à celui d’AVC. L’insuffisance cardiaque était observée aux deux extrêmes.
 
Selon les chercheurs, les autorités sanitaires doivent désormais faire preuve d’«une approche plus prudente», en «visant la réduction du sel chez les personnes en consommant beaucoup, tout en reflétant les incertitudes chez celles en consommant de manière modérée, qui constituent la majorité de la population».
 
Une prudence qui ne satisfait pas Paul Whelton, de la Tulane University de la Nouvelle-Orléans (Louisiane). Dans un éditorial, ce chercheur américain considère que c’est à l’industrie agro-alimentaire de réduire la teneur en sel de ses produits. Et aux consommateurs d’adopter une alimentation plus naturelle, enrichie en fruits et légumes, et donc en potassium. Résultat attendu: une baisse du rapport sodium/potassium, un bon indice du risque cardiovasculaire [JDLE].
 
[1] Ces patients provenaient de deux essais cliniques internationaux, intitulés Ontarget et Transcend, menés entre 2001 et 2008 en vue de la commercialisation du telmisartan, un antihypertenseur du laboratoire Boehringer-Ingelheim.
 
[2] Dans ce critère principal de leur étude, les auteurs ont inclus la mortalité cardiovasculaire, l’infarctus du myocarde, l’accident vasculaire cérébral (AVC) et l’hospitalisation pour insuffisance cardiaque.
 
[3] Dans l’étude canadienne, les chercheurs montrent aussi que le risque d’AVC diminue avec la hausse de la consommation de potassium.
 


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