Ségolène Royal veut relancer la chasse au loup

Le 15 janvier 2016 par Romain Loury
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En voici déjà trois
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Année noire pour le loup: le plafond de 36 individus pouvant être abattus en 2015-16 est sur le point d’être franchi. Alors que le ministère de l’écologie envisage de le relever, les associations de défense du loup se rassemblent samedi à Lyon et dimanche à Nice pour exprimer leur colère.

Fin juin 2015, le ministère de l’écologie avait fixé son chiffre: un maximum de 36 loups pourraient être abattus de juillet 2015 à juin 2016. Soit une nette augmentation par rapport à l’année précédente, où le chiffre avait été fixé à 24, avec un possible surplus de 12 (soit 36 au total), mais avec seulement 18 individus officiellement tués.

Ce relèvement du plafond avait fait bondir les associations: pour la première fois depuis le retour du loup en France, en 1992, la population de loups accusait un déclin, passant de 301 individus en 2014 à 282 en 2015 [1]. En cause, une pression croissante des éleveurs, qui perçoivent le plafond comme un quota d’animaux à abattre.

En matière d’abattage, les autorités ont été particulièrement zélées cette année: pour 36 loups au maximum, 34 ont été tués à ce jour, dont 33 légalement (28 tirs de prélèvement, trois de défense et deux de défense renforcée) et un illégalement, à savoir le tir d’un loup réfugié dans un poulailler en Dordogne, acte assimilé à un braconnage. Le réseau associatif Cap Loup recense par ailleurs sept morts douteuses ou de cause non élucidée, dont des collisions routières.

Les tirs de défense et les tirs de prélèvement doivent faire l’objet d’arrêtés préfectoraux, pris dans le respect d’un plafond fixé au niveau national. Les tirs de défense ont trait à la protection d’un troupeau, et leur autorisation ne concerne qu’un seul éleveur. Idem pour les tirs de défense renforcée, qui peuvent être effectués par un maximum de 10 personnes. Quant aux tirs de prélèvement, pris en cas de dégâts importants et récurrents, il s’agit d’une action collective, sans lien avec un élevage particulier.

Vers un relèvement du plafond?

Pourtant, le ministère prévoirait de ne pas en rester là: un arrêté visant à relever ce plafond de six individus est en cours de préparation. Il aurait dû être soumis lors de la dernière réunion du Conseil national de la protection de la nature (CNPN), mardi 12 janvier, mais celle-ci a finalement été annulée.

Il devrait être examiné lors de la prochaine réunion du 9 février, avant consultation publique. Comme l’avis du CNPN, cette consultation sur internet n’a d’autre valeur que consultative: l’arrêté de juin 2015 fixant le plafond à 36 individus a d’ailleurs été accueilli par une très franche opposition.

Alors que le texte en préparation porterait sur six loups, nul ne sait quelle est la proportion de tirs de prélèvement et de défense. Contacté vendredi par le JDLE, le cabinet de la ministre Ségolène Royal n’était pas joignable.

Mais pourquoi relever ce plafond? Officiellement parce qu’une fois les 36 loups dépassés, les éleveurs n’auront plus possibilité de se défendre en cas d’attaque! «Dans ce cas, il ne fallait pas faire autant de tirs de prélèvement», juge Pierre Rigaux, administrateur de la Société française pour l’étude et la protection des mammifères (SFEPM), membre de Cap Loup.

Avec autant d’animaux abattus en 2015-2016, à quoi s’attendre pour 2016-2017? Nul ne le sait: le plafond est fixé à l’issue du comptage hivernal effectué par l’Office national de la chasse et de la faune sauvage (ONCFS). A noter que pour les 282 loups estimés à l’hiver 2015, le chiffre de 36 correspondait à une probabilité de 38% de déclin de la population, de 62% de stagnation ou d’augmentation, selon les calculs de l’ONCFS.

Deux manifestations ce week-end

Afin de protester contre cette politique de gestion du loup, le réseau Cap Loup, qui regroupe 36 associations, organise des manifestations samedi 16 janvier à Lyon et dimanche 17 janvier à Nice. A Lyon, «plusieurs milliers de manifestants sont attendus, au moins 2.000», avance Marc Giraud, président de l’Association pour la protection des animaux sauvages (Aspas).

Selon lui, la France «prend le chemin de l’éradication: ce n’est rien d’autre qu’une chasse au loup». D’autant que ces mesures d’abattage seraient contreproductives: «elles désorganisent les meutes, les loups chassent moins bien, et ils ont alors tendance à s’attaquer à des proies plus faciles», dont les troupeaux de brebis, ajoute Marc Giraud. Résultat: les attaques seraient en hausse de 4% entre 2014 et 2015, bien que le nombre de loups soit en baisse.

«Malgré nos demandes, nous n’avons jamais été reçus au ministère [de l’écologie], alors que les éleveurs obtiennent tout ce qu’ils veulent sur un claquement de doigt, ils sont récompensés de leur violence», poursuit Marc Giraud. Une allusion à la menace du blocage du Tour de France, en juillet 2015, et à la séquestration de dirigeants du Parc national de la Vanoise début septembre. Grâce à cette opération, les éleveurs avaient obtenu des autorités l’abattage de six loups en Savoie, dont un dans le cœur du parc.

Un changement de statut très hypothétique

Mi-juillet 2015, Ségolène Royal s’était engagée auprès des éleveurs à demander un changement de statut du loup en France, espèce considérée comme «strictement protégée». Elle avait pour cela promis des démarches auprès de la Commission européenne, au sujet de la directive Habitats, et auprès de la Convention de Berne, placée sous l’égide du Conseil de l’Europe.

Selon Marion Fargier, juriste à l’Aspas, «ces démarches sont perdues d’avance». «La ministre savait pertinemment qu’elle n’obtiendrait pas un changement de statut», renchérit Marc Giraud, qui n’y voit rien d’autre qu’un coup de communication envers les éleveurs.

Du côté de la Commission européenne, la démarche semble en effet au point mort. Quant à la Convention de Berne, la France a bien entrepris des demandes, mais uniquement afin de se renseigner sur la marche à suivre, explique la secrétaire de la Convention de Berne, Ivana D’Alessandro, contactée par le JDLE.

Pour que l’espèce passe d’un statut «strictement protégé» (annexe 2 de la Convention de Berne) à un statut «protégé» (annexe 3), le pays demandeur doit communiquer un amendement au secrétariat de la Convention, qui le transmet aux autres parties au moins deux mois avant la réunion annuelle du Comité permanent.

L’amendement doit alors être approuvé par au moins deux tiers des parties. Il entre en vigueur trois mois après son adoption par le Comité permanent, à moins qu’un tiers des parties n’aient manifesté d’objection. Une procédure drastique et qui, à ce jour, n’a jamais abouti.

Peut-être faute de temps, la France n’a d’ailleurs soumis aucune demande pour la dernière réunion du Comité permanent, début décembre 2015. La prochaine se tiendra mi-novembre 2016.

[1] Réalisées par l’Office national de la chasse et de la faune sauvage (ONCFS), ces estimations ne constituent pas un décompte exact, et comportent une marge d’incertitude. Même s’il constitue une première, ce déclin n’atteint donc pas la significativité statistique. Mais il y aurait au mieux une stagnation des effectifs.



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