Sécheresse: les obligations du nucléaire

Le 11 avril 2005 par Christine Sévillano
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Si la sécheresse s'intensifie, les installations nucléaires peuvent être mises à contribution dans la réduction de la consommation d'eau pour des raisons de protection de l'environnement, mais aussi de sûreté nucléaire.

La sécheresse ne constitue pas encore un problème pour les centrales nucléaires, pourtant des dispositions réglementaires existent afin qu'elles prennent des mesures si le débit du cours d'eau devenait trop faible. Seules les installations situées en bordure d'un cours d'eau sont concernées, soit 14 au total. «Aujourd'hui, nous ne constatons pas de difficulté, mais il est difficile de prévoir pour les semaines à venir», explique Alain Schmitt, directeur général adjoint de l'Autorité de sûreté nucléaire (ASN).

Les centrales disposaient d'un système de veille et d'alerte de l'évolution des cours d'eau, qui s'est renforcé avec les fortes chaleurs de 2003. Pourtant, le secteur nucléaire fait la différence entre canicule (une forte hausse des températures) et sécheresse qui a un impact direct sur le débit des cours d'eau. Dans ce dernier cas, les autorités ont prévu des dispositions spécifiques dans les arrêtés d'autorisation de rejets des centrales.

En cas de très faible débit, les exploitants des installations nucléaires sont contraints de limiter leurs rejets radioactifs et non radioactifs pour éviter les atteintes à la faune et la flore. «Nous n'avons pas une valeur limite unique, car chaque arrêté est spécifique selon la centrale. Toutefois, on peut dire que le dispositif est déclenché à partir de quelques dizaines de mètres cubes seconde (m3/s) », poursuit Alain Schmitt. A charge pour l'exploitant de prendre les mesures nécessaires pour parvenir à une baisse des rejets, ce qui implique en général une réduction de la production. Autre obligation réglementaire: la limitation de l'évaporation. Les centrales disposant de tours aéro-réfrigérantes, qui permettent un refroidissement plus important avec moins d'eau, doivent répondre à des limitations réglementaires en cas de sécheresse. Cette évaporation correspond en effet à une consommation, l'eau prélevée n'étant pas complètement rejetée après utilisation dans le process.

La sécheresse peut également poser des problèmes en termes de sûreté nucléaire. «Ils apparaissent quand les débits sont trop faibles pour alimenter le refroidissement de la vapeur, qui, dans les turbines, permet la fabrication d'électricité», développe Alain Schmitt. Dans ce cas particulier (qui ne s'est jamais produit) où les débits sont très bas, de l'ordre de quelques m3/s, le réacteur est immédiatement arrêté, mais le circuit interne a encore besoin d'un peu d'eau pour terminer le refroidissement. Cependant, l'exploitant est censé éviter ce genre de situation extrême par des mesures préventives.

La canicule a fait naître une configuration différente: les hautes températures ont entraîné une hausse de la chaleur des cours d'eau, ce qui a augmenté la température des rejets des centrales nucléaires, alors qu'elles doivent respecter un certain niveau de chaleur pour ne pas avoir d'impact sur la faune et la flore. Le gouvernement a alors émis l'arrêté du 12 août 2003 (1): les installations nucléaires étaient autorisées de manière ponctuelle et surveillée à une hausse de la température des rejets de l'ordre de 1 à 1,5°C selon les cas. Bilan: seules quatre centrales ont utilisé cette dérogation sur quelques jours et aucun impact environnemental n'a été relevé.



(1) Arrêté du 12 août 2003 relatif aux conditions exceptionnelles de rejets d'eau des centrales de production d'électricité




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