Sécheresse : la solidarité pour éviter la crise

Le 08 novembre 2019 par Stéphanie Senet
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Pour Thomas Wolff, l'eau ne peut plus être en "open bar"
Pour Thomas Wolff, l'eau ne peut plus être en "open bar"

Un collectif de citoyens engagés a mis en ligne un site sur les sécheresses en France, alimenté de données scientifiques et de témoignages sur le terrain. Visite guidée avec Thomas Wolff, l’un de ses fondateurs, intarissable sur le sujet.

Pourquoi avoir créé un site sur les sécheresses ?

Thomas Wolff : Nous avons été très inquiets lors de la sécheresse de 2018, lorsque nous avons vu des hélicoptères ravitailler des communes en eau. Cela se passait en France, notamment au lac de Vassivière où les agriculteurs ont été très touchés. A cette époque, je voyageais un peu partout en France dans le cadre de projets professionnels et je me suis rendu compte que les effets catastrophiques de la sécheresse s’observaient partout, du plateau de Millevaches au Jura. Paradoxalement, ce sont les territoires les plus verts qui sont les plus touchés. Tout d’abord parce qu’ils ne sont pas habitués à ce genre d’évènement climatique et surtout parce que leur géologie accentue la mauvaise conservation de l’eau en quantité suffisante. C’est le cas des roches socles, que l’on trouve à Guéret ou en Bretagne, et des massifs calcaires du Jura par exemple. Dans le Doubs, on a pu observer que 10% des communes étaient ravitaillées par camion-citerne, alors que ce département est l’un des plus arrosés de France. A cette époque, on est plusieurs à constater la même chose et à se demander ce que l’on peut faire. Et vient l’idée de prévenir les gens que les choses vont empirer et qu’il est important de s’y préparer. Au nom du principe de précaution.

Sur quelles données vous appuyez-vous ?

Avec le conseil de scientifiques, nous avons retenu l’indice SSWI[1] de sécheresse agricole créé par Météo France et sur les prévisions climatiques[2] du laboratoire Climsec. En résumé, nous cartographions les endroits où les racines des plantes sont les plus exposées à la sécheresse. C’est la donnée la plus précise et la plus accessible que nous avons trouvée. Pour le reste, la littérature scientifique se résume à des données absolument illisibles pour le plus grand nombre. Nous avons aussi souhaité donner la parole aux personnes qui sont exposées à la sécheresse. Sur le site vous pouvez lire une vingtaine de témoignages précis sur les pénuries d’eau potable.

Les réactions sont très différentes selon les collectivités. Quelles bonnes pratiques avez-vous observées ?

Pour l’instant, on se contente surtout de prévenir sur les effets massifs des sécheresses à venir et de les explorer dans les régions plutôt que de conseiller des stratégies d’action. Mais nous avons rencontré des personnes très mobilisées. Il existe des syndicats de gestion des eaux qui ont pris des mesures fortes comme réduire de 75% leur production d’eau potable en faisant la chasse aux fuites, en créant des canaux d’irrigation, en ayant recours à des citernes mobiles, et surtout en mettant en place une gestion concertée. De toute façon, nous n’avons pas le choix. L’eau ne peut plus être en open bar. Soit nous attendons une nouvelle crise et nous nous exposons à des risques très forts de conflits. Soit nous misons sur la solidarité et nous mettons tout en place pour éviter une situation de crise.

Tour de France / L’équipe du site organise des rencontres dans toute la France pour sensibiliser les citoyens aux enjeux de la sécheresse. L’agenda complet se trouve ici.


[1] Standardized Soil Wetness Index

[2] Le laboratoire se focalise sur l’impact du changement climatique sur la sécheresse et l’eau du sol en France

 



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