Sécheresse: la région Auvergne-Rhône-Alpes sous pression

Le 30 avril 2020 par Stéphanie Senet
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Les territoires exposés à des risques de pénurie d'eau d'ici à la fin de l'été
Les territoires exposés à des risques de pénurie d'eau d'ici à la fin de l'été

Un état des lieux des risques de pénurie d’eau a été effectué, le 29 avril, par la secrétaire d’Etat au ministère de la transition écologique Emmanuelle Wargon. Les régions Auvergne-Rhône-Alpes et, dans une moindre mesure, Bourgogne-Franche-Comté sont en première ligne.

La carte des risques de pénurie d’eau se précise (ci-contre), avec un couloir rhodanien entré dans le rouge selon plusieurs indicateurs. En matière de précipitations tout d’abord. Si les cumuls ont été supérieurs à 50 millimètres en mars sur une grande partie du pays, ils ont été déficitaires à l’est du Massif central, le long de la vallée du Rhône, de l’est de l’Occitanie à la côte varoise. Il faut y ajouter des zones partielles dans le sud de l’Alsace, le nord de la Bretagne et à l’intérieur de la Normandie, selon le bulletin de situation hydrologique au 9 avril 2020 publié par l’Office international de l’eau (OIEau).

Des sols plus secs qu’au 15 août

Alors que les sols superficiels étaient en majorité saturés d’eau à la fin février, ils se sont asséchés courant mars, en particulier dans la région Auvergne-Rhône-Alpes et au nord de la Corse. Le taux d’humidité des sols est inférieur à la normale (de 10 à 30%) sur une majeure partie du pays (Lorraine, sud Alsace, massif central, Limousin, Var, etc). «Dans le Doubs, (en Bourgogne-Franche-Comté, ndlr) il est de 0,58 au 22 avril, légèrement au-dessous d’une valeur médiane, à la mi-août, depuis 1958 (0,60 à 0,63)», selon le météorologue François Jobard. Les sols sont donc déjà plus secs qu’au 15 août !

Des nappes sous haute surveillance

Du côté des nappes souterraines, le niveau est aussi majoritairement conforme à la normale, en raison d’une bonne recharge hivernale, selon le bilan au 1er avril du Bureau de recherches géologiques et minières (BRGM). Mais déjà des zones rouges sont apparues dans l’est de la France, de l’extrême sud de la plaine d’Alsace au couloir du Rhône, à cause de déficits pluviométriques successifs.

Cours d’eau: alerte dans le couloir rhodanien

La situation des cours d’eau s’avère plus contrastée. Des niveaux inférieurs à la normale ont été observés, là encore, le long du couloir rhodanien et en amont de la Loire tandis que la situation est plus favorable dans le bassin Artois-Picardie et dans le nord de la Nouvelle-Aquitaine. Le taux de remplissage des barrages et réservoirs s’avère globalement satisfaisant sauf quelques cas (Pyrénées orientales notamment). Au-delà des frontières françaises, la sécheresse a déjà frappé une grande partie de l’Europe, d’ouest en est (Allemagne, Pologne, République Tchèque, Ukraine). 

En France, 2 départements avaient pris des mesures de restriction des usages de l’eau, par arrêté préfectoral, au 9 avril. Ce qui est semblable aux années précédentes à la même époque selon le bilan hydrologique (3 en 2019 et 2 en 2018). En revanche, la situation a empiré depuis. 7 départements sont concernés au 30 avril selon le site Propluvia du ministère de la transition écologique (Ain, Ardèche, Drôme, Isère, Loire, Rhône, Pyrénées orientales et Oise).

En matière de débit, l’hydraulicité[1] est supérieure à 80% dans trois quarts des stations de mesure. Elle est en revanche faible le long du Rhône, du pourtour méditerranéen et à l’est de la Corse.

Manteau neigeux réduit

Autre  signe d’alerte: l’équivalent en eau du manteau neigeux. Il est déficitaire de plus de 75% dans les Pyrénées (sauf Pyrénées orientales) et de 25 à 75% dans l’est de la France, du Jura aux Alpes-Maritimes (sauf de la Savoie à l’est des Alpes-de-Haute-Provence).

Confrontés, plus tôt que d’habitude, à la sécheresse des sols, les agriculteurs ont donc les yeux rivés sur le ciel. En attendant, professionnels et collectivités locales sont invités à prendre des mesures de prévention. Un comité national de l’eau se tiendra le 14 mai. L’été s’annonce difficile.

Outre-mer, les Antilles sont aussi frappées par une sécheresse précoce alors que des problèmes d’approvisionnement en eau sont toujours d’actualité en Guadeloupe. En pleine crise sanitaire, le préfet de l’île a réquisitionné, pendant trois mois, la plupart des agents des opérateurs de l’eau intervenant dans les territoires les plus impactés par les tours d’eau (en raison d’un réseau vétuste). La sécheresse compromet un peu plus la fin programmée des tours d’eau en 2020.

 

 



[1] C’est le rapport du débit mensuel par rapport à sa moyenne interannuelle