Sécheresse : de grands fleuves européens touchent déjà le fond

Le 27 avril 2020 par Stéphanie Senet
Imprimer Twitter Facebook Linkedin Google Plus Email
ajouter à mes dossiersRéagir à cet article
Des bancs de sable précoces observés sur la Loire à Orléans
Des bancs de sable précoces observés sur la Loire à Orléans

Des bancs de sable précoces sur la Loire, le Rhin attendant désespérément la pluie, des rivières à leur plus bas niveau en Pologne et en Ukraine… Autant de signes annonciateurs d’une nouvelle année noire pour la sécheresse en Europe.

Selon l’Office français de la biodiversité (OFB), le débit d’étiage de la Loire est descendu à 88 mètres cubes par seconde au pont de Gien et à 80 m3/s au pont Royal à Orléans. Il devrait poursuivre sa baisse selon le site . L’an dernier, il enregistrait respectivement 108 m3/s et 106 m3/s, deux niveaux déjà jugés «préoccupants», selon Pierre Steinback, de l’OFB, qui craint des problèmes à venir pour la faune et la flore ligériennes et pour le refroidissement des centrales nucléaires[1]. Au total, 5 départements français ont déjà pris des arrêtés réduisant les prélèvements à des fins agricoles selon le site Propluvia du ministère de la transition écologique au 27 avril.

Risque d’une grave sécheresse en Allemagne

Bien plus à l’Est, le Rhin est à son plus bas niveau depuis 2011. Selon le service météorologique fédéral allemand (DWD), le mois d’avril est en passe d’être le plus sec dans l’histoire nationale depuis 1881. Avec seulement 5% des précipitations mensuelles habituelles. Ce qui risque de perturber fortement le trafic fluvial, qui achemine notamment l’acier, le pétrole et le charbon aux usines de la Ruhr. «S’il n’y a pas de pluie en mai, nous allons connaître une nouvelle année de grave sécheresse», a commenté Andreas Friedrich du DWD. Si le Rhin prend sa source dans les Alpes suisses, il est de moins en moins alimenté par les glaciers, dont la contribution a régressé au cours des dernières années, à cause du réchauffement climatique.

Rivières ukrainiennes et polonaises à leur plus bas niveau

Toujours plus à l’Est, la sécheresse a aussi pointé son nez. Les rivières du bassin du Dniepr (Ukraine) affichent leur plus bas niveau depuis un siècle, selon le Kyiv Post. A cause d’un automne et d’un hiver particulièrement secs et d’un printemps pas encore pluvieux, le manque d’eau menace les écosystèmes et l’agriculture, notamment dans les régions du Sud comme l’oblast de Kherson, déjà touché par des problèmes d’irrigation. Le centre hydrométéorologique national n’est guère optimiste pour l’avenir, estimant que la situation risque d’être aussi défavorable en mai. D’ores et déjà, l’institut agraire national prévoit une baisse de 10% des récoltes entre 2019 et 2020.

En Pologne, la neige hivernale et les pluies printanières ont également déserté le pays. «Nous n’avons jamais vu des niveaux d’eau aussi bas et des débuts aussi faibles depuis un siècle», s’inquiète Grzegorz Walijewski, porte-parole de l'institut météorologique polonais IMGW. «Nos ressources en eau actuelles sont comparables à celles de l’Egypte», résume le Supreme Audit Office (NIK).

 



[1] Les centrales de Belleville, Chinon, Dampierre et Saint-Laurent-des-eaux représentent 20% de la puissance du parc nucléaire français.