Sécheresse : attention glissements de terrain en vue !

Le 11 juillet 2011 par Geneviève De Lacour
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Les sinistres liés aux affaissements de sols constituent le deuxième poste d’indemnisation au titre des catastrophes naturelles, après les inondations. Les assureurs utilisent le terme de subsidence tandis que les techniciens les appellent des retraits-gonflements. En 2003, année exceptionnelle, ces indemnisations ont atteint 1 milliard d’euros en France. Une société de réassurance suisse estime, début juillet 2011, que les couts générés par ce genre de dégâts pourraient s’envoler dans les prochaines années en raison du réchauffement climatique.

L’information a été peu reprise. Elle mérite pourtant qu’on s’y attarde. Début juillet, Swiss Re, l’une des  principales sociétés de réassurance du monde, annonce que les affaissements de sols, dus à la sécheresse, risquent d’augmenter considérablement en Europe, et particulièrement en France, et de ce fait provoquer d’importants dommages aux bâtiments. Le tassement des sols peut occasionner une dislocation des fondations des bâtiments et des infrastructures et dans le pire des cas conduire à leur effondrement.

En France, les dommages liés à la subsidence ont augmenté de 50% au cours des 20 dernières années, et ont couté la modique somme de 340 millions d'Euros en moyenne chaque année. Selon les calculs de Swiss Re et de l'Ecole polytechnique de Zurich, ces affaissements risquent d'augmenter de 50% dans certaines régions européennes entre 2021 et 2040.

Le phénomène est bien connu des géologues et des géotechniciens. En période sèche, la tranche la plus superficielle des sols est soumise à l’évaporation. Conséquence : les argiles se rétractent. Le sol se tasse verticalement et, horizontalement, s’ouvrent des fissures de retrait.

«Un matériau argileux a une consistance qui se modifie en fonction de sa teneur en eau. Il est dur et cassant lorsqu’il est desséché, plastique et malléable à partir d’un certain degré d’humidité ; ces modifications de consistance s’accompagnent aussi de variations de volume dont l’amplitude peut-être spectaculaire», explique-t-on au Bureau de recherche géologique et minière (BRGM). En France, le BRGM a commencé à cartographier les zones sensibles depuis la fin des années 1990. Cette cartographie est maintenant accessible et publiée sur le site argiles.

Le sud-ouest, l’Ile-de-France et la région Centre sont particulièrement affectés par ces phénomènes. La nature des sols y est pour beaucoup, de même que l’urbanisme. Les pavillons individuels sont souvent victimes du retrait-gonflement. Les immeubles, bâtiments lourds, sont plus rigides et donc moins sensibles aux affaissements. Pourtant en 2003, des églises et des immeubles se sont aussi fissurés. «En 2003, plusieurs dizaines de milliers de maisons individuelles construites sur des sols argileux se sont fissurés par suite de tassements différentiels», précise Sylvestre Le Roy, ingénieur risques naturels au BRGM. Suite à cette canicule exceptionnelle, une commune française sur 5 a introduit auprès de l’Etat une demande de reconnaissance de catastrophe naturelle. Plus récemment, la zone méditerranéenne et le Nord-Pas-de Calais ont été recensés parmi les zones sensibles.

Avec le réchauffement climatique, les sols de pays tempérés considérés comme saturés d’un point de vu hydrique risquent de se dessécher. La densification du sol pourra-t-elle atténuer ce phénomène de retrait-gonflement ? Un sol plus sec et plus compact pourrait limiter le risque. C’est la question que se posent les spécialistes. Le BRGM dispose depuis 2004 d’un site expérimental dans le Vaucluse où il contrôle le taux d’humidité du sol à différentes profondeurs et les déplacements verticaux associés jusqu’à une profondeur de 1,7 m. Pour les sols très sensibles –c’est-à-dire classés en aléa fort- les mouvements verticaux peuvent atteindre plusieurs centimètres en quelques mois. A noter que ce sont généralement les sols purement argileux et les marnes qui favorisent le retrait-gonflement.

«Cette année, sur le site expérimental du Vaucluse - ce secteur n’étant pas le plus touché par la sécheresse en France-, les tassements enregistrés sont plus précoces que les autres années. Au 14 mai 2011, les tassements étaient en avance d’environ 1 mois. Après les épisodes pluvieux de juin, cet écart n’est plus que de 0,5 mois en moyenne. Toutefois, les tassements sont loin d’avoir atteint le maximum atteint sur la période 2007 - 2011». Et le BRGM de conclure : «A l’heure actuelle, il n’est pas possible de prévoir quels seront ces tassements en fin de saison sèche, ce sera fonction des précipitations et des températures à venir cet été».

Les dommages matériels causés par la subsidence ont donc augmenté considérablement dans toute l'Europe, selon Swiss Re, et le changement climatique mondial pourrait encore aggraver ce phénomène. L’étude Climsec conduite par Météo France et publiée le 30 juin dernier a permis de faire des projections sur les prochaines sécheresses en analysant les 3 derniers épisodes marquants c’est-à-dire 1976, 1989 et 2003. Si pour le premier tiers du 21e siècle, vers 2020, les changements identifiés «semblent peu marqués pour les sécheresses météorologiques» (en termes de précipitations), le rapport prévoit pour le milieu du siècle, vers 2050, une « intensification » de l'assèchement des sols agricoles sur tout le territoire de la métropole. «A partir des années 2080 des déficits pluviométriques plus forts apparaissent, notamment en été et les sécheresses du sol pourraient devenir extrêmes sur la majeure partie du territoire» et peut-être durer plusieurs années, poursuit le document. L'épisode de sécheresse record de ce printemps devrait donc se répéter et s'aggraver à partir du milieu du 21e siècle.

Mais comment se prémunir du phénomène de subsidence? Sur les 2.000 plans de prévention des risques prescrits en France, seuls 1.000 ont été approuvés. Ils se situent essentiellement dans le sud-ouest. «Aucune zone n’est véritablement inconstructible», explique Sylvestre Le Roy. «Il suffit d’adopter les mesures préventives appropriées». Le système de fondations est le premier élément à sécuriser. La structure de la maison doit aussi être rigidifiée.

Enfin les propriétaires devront aussi faire attention à leur environnement. Planter des arbres trop près des maisons, peut fragiliser la structure. «Il s’agit d’un facteur aggravant, voire déclenchant», précise l’ingénieur. «Il est aussi nécessaire de maitriser les variations hydriques de la maison». L’imperméabilisation des réseaux d’eaux usées fait partie des moyens préventifs efficaces.

 


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