Savez-vous gérer la pointe?

Le 02 avril 2010 par Valéry Laramée de Tannenberg
Imprimer Twitter Facebook Linkedin Google Plus Email

 

La maîtrise de la pointe d’électricité a toujours été un sujet délicat pour les électriciens et les gestionnaires de réseau. D’une part, parce que sous le vocable de pointe se cachent plusieurs réalités: la pointe quotidienne (vers 19 h), la pointe saisonnière (les périodes de chauffe hivernales et de plus en plus certaines journées estivales où de nombreux moyens de production sont en maintenance alors qu’augmentent les besoins de climatisation) et les pointes locales. Cette dernière pouvant se dérouler à tout moment de l’année, dans une région où le réseau se trouve être momentanément dégradé.

 

Anticiper la pointe, c’est pour l’électricien s’éviter de gros ennuis. Mal préparée, une pointe peut nécessiter le redémarrage, en urgence, de grosses capacités de production (en hiver, la baisse de 1°C nécessite le démarrage de 2.100 mégawatts -MW) ou nécessiter l’importation de gros volumes d’électrons. A condition, bien sûr, que du courant soit disponible sur la plaque de cuivre européenne. Sinon, c’est le black-out assuré.

 

Pour améliorer la gestion des pointes, le ministère de l’écologie a constitué en novembre 2009 un groupe de travail, présidé par le député (UMP) Serge Poignant et le sénateur (UMP) Bruno Sido. Rendu public jeudi 1er avril, le rapport Poignant-Sido fait des propositions qui, si elles entraient en application, pourraient bouleverser le marché français de l’électricité.

 

Mais a-t-on le temps d’attendre? Le problème des pointes doit rapidement trouver des solutions. D’abord parce qu’il s’accroît d’année en année, à un rythme très supérieur à celui de la consommation de base. Entre 1997 et 2008, la différence entre la puissance moyenne appelée, en hiver, et la puissance maximale appelée est passée de 14 à 19 gigawatts (GW): +35% Une croissance trois fois supérieure à celle de la consommation totale d’électricité. Et la tendance n’est pas prête de s’inverser, en raison de la multiplication des usages électriques, de l’accroissement des parcs de convecteurs électriques et de pompes à chaleur. Conséquence: les plus grandes puissances appelées en hiver devraient s’établir autour de 102 GW en 2012-13, et 112 GW en 2024-25. A moins, bien sûr, d’anticiper.

 

C’est ce que propose le groupe de travail. Dans la vingtaine de recommandations faites, certaines relèvent du bon sens, d’autres de la technologie et les troisièmes de l’innovation économique. Plaçons dans la première catégorie le plan de communication sur les enjeux des pointes, les plans de rénovation des bâtiments prévus par le Grenelle, un programme d’aide à la remise à niveau de l’éclairage public.

Adeptes de nouvelles technologies, les ingénieurs du groupe de travail proposent aussi la mise en place de systèmes de recharge lente en période de tension, l’implantation de systèmes permettant de couper automatiquement l’alimentation d’équipements énergivores (chauffage), la généralisation de systèmes d’alerte du public aux périodes de pointe, à l’image du dispositif EcoWatt, testé en Bretagne.

 

Les rapporteurs proposent enfin de modifier quelque peu le marché hexagonal de l’électricité. D’abord, en autorisant les fournisseurs d’énergie à proposer, de nouveau, des tarifs d’effacement (ex Tempo ou EFP d’EDF). Les particuliers pourraient ainsi être rémunérés en contrepartie d’une forte réduction de leur consommation en période de pointe. Cela implique quelques ajustements réglementaires. Cela devrait également accélérer la campagne d’installation du compteur «communicant» d’électricité: Linky. Programme-phare du distributeur ERDF (son coût est estimé à 4 milliards d’euros!), Linky doit permettre aux 35 millions de particuliers de suivre, en temps réel, leur courbe de consommation et donc d’adapter leur demande aux aléas tarifaires.

 

Les fournisseurs d’électricité pourraient, de leur côté, se voir imposer une obligation de capacité. En clair, pouvoir prouver, capacités de production à l’appui, qu’ils seront capables, en toute circonstance, d’approvisionner leurs clients. Cela peut passer par un accroissement de leurs moyens de production. Pas simple, long et coûteux. Ou par la mise en place d’un marché français de capacités. C’est cette dernière solution qui recueille évidemment les suffrages des rapporteurs. Une solution dont la mise en œuvre est d’ores et déjà annoncée pour 2015.

Bref, alors que le Parlement examine le projet de loi sur la Nouvelle organisation du marché de l’électricité (dite loi Nome), il n’a plus qu’à se préparer à plancher sur une nouvelle loi électrique.



A suivre dans l'actualité :

Sites du groupe

Le blog de Red-on-line HSE Compliance HSE Vigilance HSE Monitor

Les cookies assurent le bon fonctionnnement de nos sites et services. En utilisant ces derniers, vous acceptez l’utilisation des cookies.

OK

En savoir plus