Saumon GM: le «Frankenfish» se rapproche des assiettes

Le 09 janvier 2013 par Romain Loury
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Un saumon qui pousse plus vite que les autres.
Un saumon qui pousse plus vite que les autres.

Le saumon transgénique AquAdvantage, produit par la firme américaine AquaBounty Technologies, vient de recevoir un nouvel aval de la Food and Drug Administration (FDA), qui juge les risques environnementaux «extrêmement faibles», dans un document rédigé fin mai et rendu public fin décembre.

Particularité de ce Frankenfish, surnom que lui donnent ses détracteurs, l’insertion d’un gène codant pour une hormone de croissance, normalement présent chez le saumon chinook, de l’océan Pacifique. Une modification génétique qui confère à l’AquAdvantage une croissance deux fois plus rapide que son cousin sauvage, le saumon atlantique.

En septembre 2010, la FDA avait déjà jugé que l’AquAdvantage «était aussi sûr que le saumon conventionnel, et qu’il y avait une certitude raisonnable pour que sa consommation ne provoque aucun mal». Une assertion contre laquelle la Consumers Union, association de consommateurs américains, continue à s’ériger, estimant au contraire que la FDA n’a pas levé tous les doutes en termes d’allergénicité.

Après l’éventuel impact sanitaire, c’est le volet environnemental de son évaluation que la FDA vient de publier le 21 décembre, un document désormais soumis aux commentaires publics pour une durée de 60 jours. Conclusion de l’agence: le risque posé par ces saumons transgéniques, tous femelles et en théorie stériles (ils sont triploïdes, porteurs de 3 copies de chaque chromosome au lieu de 2), est «extrêmement faible».

Selon le plan de production dressé par AquaBounty, les œufs de saumon seront produits au Canada, plus précisément sur l’Ile-du-Prince-Edouard. Ils seront acheminés au Panama, où les saumons seront élevés en bassin, jusqu’à maturité. Vivants, ils ne connaîtront donc jamais les Etats-Unis. Or c’est là une faiblesse majeure du rapport: les effets environnementaux au Canada et au Panama n’y sont pas évalués, la FDA n’ayant compétence qu’à les étudier sur le territoire américain.

Reste que les lieux de production, aussi bien des œufs que des saumons adultes, ont reçu la validation de la FDA: selon elle, le risque d’évasion de poissons transgéniques paraît très faible, au vu du système de sécurité mis en place. Et ce aussi bien pour les animaux stériles que pour les fertiles, ceux qui resteront au Canada pour assurer la production des œufs.

En cas de fuite, les eaux du Canada sont trop froides pour que les œufs et les embryons survivent, tandis que celles du Panama sont bien trop chaudes pour les adultes, ajoute l’agence. Les chances sont donc très faibles pour qu’une population transgénique émerge à l’état sauvage, conclut-elle.

Pas de quoi rassurer les opposants au Frankenfish, selon qui l’on n’empêchera pas que certaines mutantes ne fassent le mur pour s’encanailler avec leurs cousins atlantiques, en danger d’extinction. «La FDA indique que seulement 95% des saumons pourraient être stériles, le reste étant fertile. Lorsque l’on parle de millions de poissons, même 1% correspond à des milliers d’individus», déplore la Consumers Unions dans un communiqué.

Le pourcentage de 95% constitue en fait un minimum d’œufs triploïdes requis par la FDA. «En réalité, le pourcentage moyen de triploïdie serait d’environ 99,8%, selon la méthode requise par la FDA», précise l’agence dans son rapport. Que ce soit 5% ou 0,2% de non-triploïdes, il y a peu de chances de désarmer les opposants aux organismes GM, qui brandissent le principe de précaution.

Autre crainte de la Consumers Union, celle que «les consommateurs n’auront dans la plupart des cas aucun moyen d’éviter ce poisson, même s’ils le veulent. Alors que la loi prévoit un étiquetage par pays d’origine dans les supermarchés, cela ne s’applique pas au poisson vendu dans les marchés ou les restaurants. Dans les supermarchés, les consommateurs pourront s’abstenir d’acheter du saumon originaire du Panama, ils ne pourront pas y échapper ailleurs», prévient Michael Hansen, responsable scientifique de l’association.

 



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