Santé: un plan national qui élude la pollution chimique

Le 26 mars 2018 par Marine Jobert
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La santé prénatale, axe du nouveau plan.
La santé prénatale, axe du nouveau plan.

Prévenir, plutôt que mourir. Le gouvernement amplifie des mesures déjà existantes pour mieux traiter les ‘morts évitables’, mais ne propose que des gadgets pour lutter contre les perturbateurs endocriniens. La pollution de l’air est totalement éludée.

Alors que l’espérance de vie est, dans notre pays, l’une des meilleures que l’espèce humaine ait jamais connue, 100.000 Français meurent prématurément chaque année à cause de comportements individuels (consommation de tabac, d'alcool, conduite dangereuse…) ou faute d’une prise en charge adaptée par le système de soins. On appelle ça la «mortalité évitable», qui se double d’une morbidité accrue «à mesure que les conditions de vie s’altèrent, en termes de logement, de travail, ou encore d’éducation», détaille Agnès Buzyn dans le plan national de santé publique qui vient d’être dévoilé pour la période 2018-2022. Sur la table, 25 mesures, déclinées de la naissance au grand âge autour de la prévention, «pour obtenir un environnement favorable à la santé». Un investissement de 400 millions d’euros sur 5 ans.

 

Mesures à amplifier

Aides au sevrage tabagique remboursées intégralement. Accompagnement des jeunes adeptes du ‘binge-drinking’ (alcoolisation massive et rapide). Formation de 80% de la population aux gestes de premiers secours. Gratuité du frottis du col de l’utérus pour les femmes qui ne l’ont pas fait depuis trois ans. Vaccination contre la grippe en pharmacie. Extension du Nutri-Score à la restauration collective et commerciale et aux produits alimentaires manufacturés non préemballés... Appelées à être amplifiées, ces mesures ne présentent aucun caractère de nouveauté.

Un site internet sur la chimie courante

Parmi les mesures nouvelles, on note la création d’un site internet afin d'informer la population sur les risques des produits chimiques de consommation courante. Il sera porté par Santé Publique France -qui publie rarement des expertises sur ces questions- avec l’appui de l’Agence nationale de sécurité sanitaire de l’alimentation, de l’environnement et du travail (Anses), beaucoup plus au fait de ces problèmes. L’agence européenne des produits chimiques (Echa) avait lancé un tel site en 23 langues mi-mars.

Une grand absente: la pollution de l’air. Elle est pourtant, à elle seule, responsable de près de 48.000 décès prématurés par an, sans compter les effets sanitaires coûteux et douloureux pour les malades et la société, comme l’avait illustré en 2015 un rapport sénatorial.

Sobriété chimique?

Objectif: «Tendre vers une sobriété d’exposition de la population [aux produits chimiques (…) dans notre quotidien, notamment les perturbateurs endocriniens». Un vœu pieu? C’est que la formulation laisse songeur, compte tenu de l’omniprésence de la chimie de synthèse dans notre vie quotidienne. L’imprégnation chimique des organismes humains se mesure régulièrement dans les analyses d’urine, de cheveux ou de sang réalisées alternativement par des organismes publics (voir ici) ou des associations (voir ici ou ici). En outre, les perturbateurs endocriniens ont la fâcheuse caractéristique d’agir à faible dose, ce qui rend assez vain le souhait d’en réduire les effets sans en réduire le nombre. Le gouvernement vise plus particulièrement l’information des femmes enceintes et en âge de procréer, les parents, les enfants, ainsi que les personnes qui n’ont pas les ressources suffisantes (connaissances, ressources financières) pour s’en prémunir.

Les clés confiées aux industriels

La mesure 20 prévoit de «mobiliser les industriels» pour réduire l’exposition des consommateurs aux perturbateurs endocriniens, soit par la substitution, soit par l’information, soit par l’étiquetage. Une annonce assez floue, portée en quelques phrases sans conviction par Nicolas Hulot et qui ne présente pas de caractère de nouveauté. L’Institut national de l'environnement industriel et des risques (Ineris), par exemple, travaille à la substitution des phénols et des phtalates. L’institut publiera courant 2018, en collaboration avec le Medef, un guide national d'aide à la démarche de substitution des perturbateurs endocriniens.



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