Santé et réchauffement: l’atténuation, c’est maintenant

Le 19 mars 2018 par Romain Loury
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Delhi sous le smog
Delhi sous le smog
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Quelle différence y a-t-il entre une réduction immédiate des émissions de gaz à effet de serre, et une réduction certes un peu retardée mais qui limite le réchauffement à +2°C grâce aux émissions négatives? Tout simplement 153 millions de morts, du seul fait de la pollution de l’air, selon une étude publiée lundi 19 mars dans Nature Climate Change.

Signé en décembre 2015 à Paris lors de la COP21, entré en vigueur en novembre 2016, l’Accord de Paris prévoit de limiter la hausse de température «bien en dessous de 2 °C par rapport aux niveaux préindustriels», et de «poursuivre les efforts pour limiter la hausse des températures à 1,5 °C». Si besoin à l’aide de technologies d’émissions négatives.

Les émissions négatives, pari risqué

Ces techniques (géoingénierie, capture-stockage de CO2, etc.) font pourtant l’objet de vives critiques: d’une part elles sont loin d’être au point, d’autre part elles pourraient avoir des effets très nocifs pour l’environnement, par exemple en accaparant des terres cultivables ou en nuisant à une biodiversité déjà mal en point.

Invoquer ces techniques constitue non seulement un pari risqué sur l’avenir, mais pourrait aussi retarder des efforts d’atténuation qu’il s’agit de fournir rapidement. Dans leur étude, Drew Shindell, de l’université Duke (Durham, Caroline du Nord), et ses collègues montrent qu’une telle procrastination aurait d’importantes conséquences sanitaires, notamment en matière de pollution de l’air -liée aux combustibles fossiles.

153 millions de victimes

Les chercheurs ont analysé, pour 154 grandes zones urbaines mondiales, le nombre de morts qu’une atténuation immédiate (limitant le réchauffement à +1,5°C ou +2°C) permettrait d’éviter par rapport à une atténuation qui atteindrait certes les +2°C en 2100, mais grâce aux émissions négatives. Bilan: 153 millions de morts d’ici à 2100, dont 93 millions du fait des particules fines PM2,5 et 60 millions de l’ozone.

L’Asie la plus touchée

C’est en Asie du Sud-est et en Afrique que l’effet est le plus marqué: sur les 15 villes comptant chacune plus d’un million de morts d’ici à 2100, toutes sont situées sur ces deux continents -dont seule Lagos (Nigeria) pour l’Afrique. La première place revient à Calcutta (4,4 millions de morts évités), la deuxième à Delhi (4 millions de morts).

Dans un rapport publié lundi 19 mars, la Banque mondiale estime à 143 millions de «migrants climatiques» d’ici à 2050, si rien n’est fait pour enrayer le réchauffement en cours. Parmi eux, 86 millions de personnes en Afrique subsaharienne, 40 millions en Asie du Sud et 17 millions en Amérique du Sud.

Quant aux autres continents, les villes les plus touchées sont Moscou, Mexico, Sao Paulo, Los Angeles, Puebla (Mexique) et New York, chacune se situant entre 320.000 et 120.000 morts.

35.000 morts à Paris

Quid de l’Europe? Selon les résultats, qui donnent surtout un ordre de grandeur, Paris (seule ville française incluse dans l’analyse) pourrait s’éviter 35.000 morts d’ici à 2100 en cas d’atténuation rapide. Le bilan serait de 53.000 morts à Londres, de 15.000 à Madrid et de seulement 4.000 à Berlin.

En matière de trajectoire d’atténuation, «il ne faut pas regarder que les coûts liés à la transformation du secteur énergétique, mais aussi les coûts humains. Une réduction rapide des émissions diminuera le risque climatique à long terme, mais aussi la nécessité de faire appel à de futures techniques de capture du carbone. Cela constitue une stratégie très risquée, comme d’acheter à crédit tout en pensant qu’un jour vous aurez de quoi rembourser», explique Drew Shindell.



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