Santé-Environnement: les chercheurs se rebiffent

Le 11 janvier 2012 par Geneviève De Lacour
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Toxicologues, écotoxicologues et épidémiologistes en colère
Toxicologues, écotoxicologues et épidémiologistes en colère
Inserm/PatriceLatron

Mieux vaut prévenir que guérir. En matière de santé environnementale, le dicton résume les enjeux: prévenir les futures épidémies liées à la dégradation de l’environnement. La France avait pris du retard, elle est en train de le combler. En principe. Car ce secteur de la recherche en plein devenir, porté, en parole, par le gouvernement voit ses crédits coupés les uns après les autres. Et dans les rangs des chercheurs sollicités de toute part pour répondre aux questions de santé publique, la colère gronde.

Près de 1.700 chercheurs et scientifiques ont signé la pétition en ligne contre la suspension par l’Agence nationale de la recherche (ANR) de l’appel à projets 2012 «Contaminants et environnement: métrologie, santé, adaptabilité, comportements et usages» (Cesa). Le seul programme de recherche en santé environnementale de l’ANR a été annulé pour un an lors du dernier conseil d’administration de l’agence, le 27 octobre dernier.

Le financement du Cesa s’élève à environ 9 millions d’euros, «il s’agit du plus important programme de recherche en toxicologie, en écotoxicologie, portant sur les contaminants de l’environnement», expliquait en décembre dernier Robert Barouki, directeur de l’unité 747 de l’Inserm à l’université Paris-Descartes (voir JDLE).

«L’argument avancé par l’ANR, selon lequel le périmètre de cet appel d’offres Cesa devait être redéfini, a de quoi surprendre après seulement un an de fonctionnement, alors que ce programme a été construit après une réflexion approfondie conduite par l’ANR elle-même», complète Bernard Jégou, directeur de recherche à l’Institut national de la la santé et de la recherche médicale (Inserm).

 «On ne peut pas travailler en pointillé», s’offusque le scientifique avant de rajouter: «Qui peut nous garantir qu’en 2013 nous aurons à nouveau les moyens de travailler
 
Le texte introduisant la pétition fait un bilan peu réjouissant de la recherche en santé environnementale en France. «Après la non-attribution des postes d’enseignants-chercheurs promis par le Grenelle de l’environnement, la révision à la baisse de sa dotation sur le volet santé, la réduction d’un quart du montant financier affecté au programme de recherche sur les perturbateurs endocriniens (PNRPE) en 2011 par rapport à 2008, l’escamotage de la majeure partie des 124 M€ du PNSE2, la décision de suspension du programme Cesa de l’ANR est de nature à briser l’élan dont témoignent les avancées considérables des recherches réalisées en France en santé environnementale et en écotoxicologie.»
 
Comme le rappelle le directeur de l’Inserm, la recherche dans ce secteur est un retour sur investissement: «Chaque euro investi dans la recherche en santé environnementale est susceptible d’être remboursé plusieurs fois par une limitation des coûts de remédiation des atteintes environnementales, une meilleure préservation des écosystèmes, une diminution du fardeau de maladie dû aux facteurs environnementaux et le développement de l’innovation».
 
Les mauvaises nouvelles n’arrivent jamais seules. Aujourd’hui, c’est au tour du registre des malformations congénitales de Rhône-Alpes (Remera) de perdre sa qualification. De ce fait, le fichier le plus important du genre en France créé en 1973 doit s’arrêter au 1er janvier 2012. Pourtant Remera est un outil important pour identifier les propriétés tératogéniques, c’est-à-dire responsables de malformations fœtales des substances ou des pollutions auxquelles les femmes enceintes sont exposées dans leur environnement.
Audité le 5 septembre dernier à la demande du Comité national des registres, le Remera semblait avoir passé le test. Ce registre d’un budget annuel de 200.000 € est présidé alternativement par l’Inserm et par l’Institut national de veille sanitaire (InVS), qui sont aussi les deux principaux financeurs. La déqualification du registre aurait été décidée le 9 novembre dernier par le Comité national des registres.
Pour le Réseau Environnement-santé, l’association Générations futures et la Fondation Sciences citoyennes: «Fermer un registre de malformations, c'est se priver d'un outil pour mieux comprendre le lien avec l'environnement. C'est vraisemblablement l'objectif recherché, l'argument budgétaire étant un prétexte, car s'il est un domaine qui ne doit pas être touché par les restrictions budgétaires, c'est bien celui-là, c'est un investissement qui permet à la fois des gains de santé et des gains économiques (…) Ces décisions sont en totale contradiction avec l'objectif affiché par le plan national Santé-environnement».
 
Ces associations demandent aux ministres en charge de la santé, de l'écologie et de la recherche d'intervenir pour que la décision concernant le Remera soit revue. Elles renouvellent leur demande pour que soit organisée rapidement avec toutes les parties prenantes une table ronde sur la politique de recherche en santé-environnement.
 
En attendant, on peut s’interroger sur le silence éloquent de la ministre de l’écologie, alors qu’elle était en déplacement le 6 janvier dernier dans un magasin de bricolage près de Longjumeau. Nathalie Kosciusko-Morizet venait y faire la promotion du nouvel étiquetage relatif à la qualité de l'air, obligatoire sur les produits de construction mis sur le marché depuis le début de l'année 2012.
 
C’est donc à Laurent Wauquiez que les chercheurs ont décidé de s’adresser. Une lettre devrait partir de façon imminente demandant au ministre de l’enseignement supérieur et de la recherche d’intervenir auprès de l’ANR.
 
 
Lien vers la pétition:
http://petitionpublique.fr/PeticaoListaSignatarios.aspx?page=1π=ANRCESA
 
 


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