Santé-environnement et santé-travail: parents pauvres de la recherche

Le 27 juin 2005 par Delphine Moninot
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Le Comité de la prévention et de la précaution (CPP) a présenté le 24 juin son avis sur la recherche. Pour lui, les domaines santé-environnement et santé-travail sont vulnérables.

«Il n'y a pas d'avenir en santé-environnement pour un chercheur». C'est le triste constat qu'a dressé Alain Grimfeld, président du CPP (1), en commentant l'avis sur la recherche que le comité a rendu en avril. Le CPP s'est autosaisi de la question de l'avenir de la recherche à l'occasion de la discussion à l'Assemblée nationale de la loi d'orientation et de programmation de la recherche et de l'innovation. «Ce qui a été construit en France dans les champs santé-environnement et santé-travail est présentable, mais fragile. Si des financements plus pérennes ne sont pas engagés, ce domaine de recherche peut être tué», a estimé Alain Grimfeld. Le CPP demande à éviter de sauter de crise en crise pour qu'il y ait une politique générale de prise en compte des risques à venir.«Il y a bien des appels d'offre de recherches sur la santé-environnement, ce qui se traduit par des pics de crédits. Mais cela permet seulement de mener des recherches ponctuelles avec des contractuels au lieu d'établir les choses dans la durée. Notre travail est de prévenir les problèmes de santé, avant que les catastrophes ne surviennent, et non traiter dans l'urgence des problèmes», a regretté François Daniellou, membre du CPP et chercheur au laboratoire d'ergonomie des systèmes complexes de l'université de Bordeaux.

Le CPP a ensuite rappelé que la recherche ne peut être orientée uniquement en fonction de ses retombées économiques. «Dans la mesure où le champ de la santé-environnement se situe dans une problématique de société, il est nécessaire de mieux articuler la recherche et les besoins de la société, notamment en favorisant l'interdisciplinarité et le dialogue avec la population», a estimé Denis Bard, le vice-président du CPP. Comme un de ses rôles est d'aider le ministère chargé de l'environnement à mieux fonder ses politiques sur les principes de précaution et de prévention, le CPP est par définition interdisciplinaire. «Les sciences humaines doivent être associées à la compréhension des phénomènes de santé-environnement: même si l'on connaît le risque de transmission du virus du sida lors de l'allaitement, ne pas allaiter son enfant pour une femme africaine pose un problème anthropologique. De même, le risque encouru à vivre à proximité d'un incinérateur dépend largement de la façon de s'alimenter», a expliqué François Daniellou.

Les lourdeurs administratives et la façon d'évaluer des chercheurs en santé-environnement ont aussi été mise en cause. «La publication ne peut pas être la seule façon d'évaluer la recherche dans notre domaine. La participation au débat public devrait faire partie de l'évaluation de notre travail», a estimé pour François Daniellou. A cela s'ajoute la rémunération peu incitative. Un maître de conférence débutant, c'est-à-dire titulaire d'un doctorat (bac+8) et ayant à son actif plusieurs publications internationales, reçoit 1.550 euros nets par mois. De quoi en décourager plus d'un.



(1) Créé par arrêté ministériel du 30 juillet 1996, le CPP est composé de 19 chercheurs, volontaires, intervenant dans le domaine de l'environnement et de la santé. Il rend des avis à la demande du ministère chargé de l'environnement ou par auto-saisine. Ses moyens d'action et son secrétariat sont assurés par le ministère chargé de l'environnement. Il a une triple mission: contribuer à mieux fonder les politiques du ministère sur les principes de précaution et de prévention; exercer une fonction de veille, d'alerte et d'expertise pour les problèmes de santé liés aux perturbations de l'environnement; faire le lien entre les actions de la recherche et la connaissance scientifique, et l'action réglementaire.




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