Salmonelles: l’effet contre-productif des antibiotiques

Le 22 octobre 2014 par Romain Loury
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Les antibios, une prévention contre-productive?
Les antibios, une prévention contre-productive?

Les antibiotiques sous-dosés pourraient non pas réduire la présence de salmonelles dans les élevages, mais au contraire faciliter leur transmission en leur sein. Un effet révélé par une étude américaine, dans les Proceedings of the National Academy of Sciences (Pnas).

Interdit en Europe depuis 2006, l’usage d’antibiotiques dans le but de promouvoir la croissance des animaux d’élevage demeure autorisé aux Etats-Unis, même s’il y est de plus en plus déconseillé. Quant à l’usage préventif, qui consiste à administrer ces médicaments uniquement pour empêcher les maladies s’il existe un risque, il devrait être bientôt interdit en Europe (voir le JDLE).

A l’origine de ces limitations, la crainte de l’antibiorésistance, qui ne cesse d’augmenter dans le monde, au risque de compromettre l’efficacité de médicaments par ailleurs utilisés en médecine humaine. Or l’excès d’antibiotiques aurait un autre effet collatéral: il faciliterait la transmission de bactéries pathogènes au sein des élevages, en l’occurrence des salmonelles, révèle l’équipe de Denise Monack, à l’université de Stanford (Californie).

Comme d’autres pathogènes, les salmonelles obéissent à la règle dite du «80/20». Parmi les animaux infectés, 20% présentent des taux surélevés de ces bactéries, mais sans paraître malades, optant pour une tolérance plutôt que pour une résistance. Qu’ils soient humains ou animaux, ces hôtes sont dits «superspreaders»: ils sont responsables de 80% des cas de transmission au sein d’une population.

Encore plus de «superspreaders»

Or selon l’étude publiée dans les Pnas, menée chez des souris infectées par Salmonella typhimurium, l’administration d’antibiotiques à des doses sous-thérapeutiques, telles que celles utilisées en élevage pour promouvoir la croissance ou en prévention des maladies, n’a aucun effet sur ces «superspreaders».

En revanche, les animaux malades le deviennent encore plus. Pire, ils deviennent à leur tour des «superspreaders», le taux de salmonelles augmentant dans leur estomac. En cause, une perturbation de leur flore intestinale, qui devient moins capable de lutter contre le pathogène. «Superspreader» ou non, c’est le système immunitaire qui dicte comment l’organisme réagit à la salmonelle (résistance ou tolérance) ainsi qu’à l’antibiotique.

«Si ces résultats étaient confirmés chez le bétail –et je ne doute pas qu’ils le seront-, cela aurait d’importantes implications en termes de santé publique. Nous devons réfléchir à l’idée que nous ne faisons pas que sélectionner des microbes antibiorésistants, mais que nous altérons aussi la santé des élevages, en accroissant la transmission de pathogènes contagieux entre eux, et d’eux à nous», commente Denise Monack.



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