Salmonelle multirésistante: l’Institut Pasteur tire la sonnette d’alarme

Le 31 juillet 2013 par Romain Loury
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L’utilisation anarchique des antibiotiques dans les élevages africains de volaille pourrait expliquer lémergence rapide de salmonelles résistantes.
L’utilisation anarchique des antibiotiques dans les élevages africains de volaille pourrait expliquer lémergence rapide de salmonelles résistantes.
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Une équipe de l’Institut Pasteur s’inquiète, lors d’une étude publiée dans le Lancet Infectious Diseases, de la montée en puissance mondiale, ces dernières années, d’une souche de salmonelle résistante à plusieurs classes d’antibiotiques.

C’est en 2002 qu’une Salmonella kentucky résistante à l’antibiotique ciprofloxacine a été isolée pour la première fois, chez un touriste français en croisière sur le Nil. En 2005, un Belge a contracté une souche similaire en Libye, résistante en plus aux carbapénèmes. Depuis, la bactérie a fait son chemin, aussi bien en termes géographiques que d’antibiorésistance.

Dans son étude, l’équipe de François-Xavier Weill, médecin qui dirige le Centre national de référence (CNR) des Escherichia coli, Shigella et Salmonella à l’Institut Pasteur, a analysé des isolats de Salmonella kentucky récoltés depuis 2000 en France et au Maroc. Résultat: jusqu’en 2008, «seules» 40% des Salmonella kentucky isolées en France étaient résistantes à la ciprofloxacine; depuis, ce taux est passé à 83%!

Plus inquiétant, un nombre croissant de ces souches sont aussi résistantes à l’ensemble des classes d’antibiotiques utilisées pour traiter les salmonelloses sévères, dont les fluoroquinolones, les céphalosporines de troisième génération et les carbapénèmes.

La grande majorité (91%) des souches résistantes à la ciprofloxacine ont été contractées lors d’un voyage à l’étranger. L’analyse des pays d’origine fait apparaître une extension mondiale de la bactérie résistante: de 2002 à 2005, il s’agissait dans la plupart des cas de pays d’Afrique de l’Est et du Nord-est; depuis 2006, de pays d’Afrique du Nord (principalement le Maroc), du Moyen-Orient et d’Afrique de l’Ouest.

Mais l’Afrique n’est plus le seul continent touché: depuis 2009, on recense aussi des cas de Salmonella kentucky résistants à la ciprofloxacine contractés en Inde. D’autres données, trop récentes pour être incluses dans l’article, font même état de deux Français ayant attrapé l’une de ces bactéries à l’occasion de voyages au Vietnam et en Indonésie.

Quant aux 9% de cas survenus chez des personnes n’ayant pas récemment voyagé à l’étranger, les auteurs évoquent une possible contamination par des produits alimentaires originaires de pays concernés. L’hypothèse d’une Europe elle-même touchée par cette bactérie n’est plus vraiment un mirage: en 2010, des Salmonella kentucky résistantes à la ciprofloxacine ont été observées sur de la viande de dinde en Allemagne et en Pologne.

«Si cette implantation devait s’étendre, la conséquence directe serait une menace d’épidémies au sein même de l’Europe, avec des risques d’impasse thérapeutique en raison des nombreuses résistances de S. kentucky», explique l’Institut Pasteur dans un communiqué.

A l’origine de cette émergence rapide de salmonelles résistantes, l’utilisation anarchique des antibiotiques dans les élevages africains de volaille. Dans ces pays, le réservoir principal de S. kentucky serait la volaille, suivie des fruits de mer et des épices: en 2007, des épices nord-africaines contaminées avaient été identifiées en France et aux Etats-Unis.

 

 



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