S’adapter au réchauffement, c’est maintenant!

Le 31 mars 2014 par Valéry Laramée de Tannenberg
Imprimer Twitter Facebook Linkedin Google Plus Email
Toutes les sociétés humaines sont concernées
Toutes les sociétés humaines sont concernées

Après une semaine de débats, le Giec a adopté le 30 mars le résumé pour les décideurs du tome 2 de son 5e rapport. Deux choses à retenir: toutes les sociétés humaines seront frappées par les conséquences du changement climatique. Il est donc urgent d’agir pour s’adapter aux retombées du réchauffement.

Les membres du groupe 2 du Giec[1] ont fini leur travail. Dimanche 30 mars, après une épuisante session de 29 heures de travail ininterrompu à Yokohama, les scientifiques et fonctionnaires des gouvernements parties à la convention de l’ONU ont achevé la rédaction du rapport pour les décideurs.

 

Pesant une trentaine de pages, ce texte, que le JDLE vous a présenté en avant-première la semaine passée, synthétise les 2.000 pages du second tome du 5e rapport d’évaluation du Giec, consacré aux impacts des changements climatiques, à l’adaptation et à la vulnérabilité de nos sociétés. «Ce rapport donne une idée du climat futur au plus près des activités humaines», résume Hervé Le Treut, directeur de l’institut Pierre-Simon Laplace (IPSL).

 

On ne sait pas tout

Sa lecture appelle quelques conclusions évidentes. Tous les compartiments de nos sociétés sont ou seront touchés par les conséquences des changements climatiques. Bien qu’elle ait progressé depuis le rapport de 2007, la connaissance souffre malgré tout de nombreuses lacunes. «On ne connaît pas encore assez bien notre planète», concède Nicolas Bériot, secrétaire général de l’Observatoire national sur les effets du réchauffement climatique (Onerc).

 

Pour autant, l’accroissement rapide de la concentration des gaz à effet de serre de l’atmosphère produit déjà ses effets. Et ils ne sont pas près de s’arrêter. «Les conséquences s’accumulent et toutes vont dans le même sens: les périodes d’activité du vivant (nidification, floraison) sont modifiées sur toute la planète. Les espèces qui le peuvent migrent vers les hautes latitudes», détaille Paul Leadley. «Beaucoup de travaux récents montrent que les espèces à cycle rapide, comme les insectes ou certaines plantes, commencent à s’adapter. Cela étant, un grand nombre d’espèces n’ont pas les capacités physiologiques ou génétiques pour s’adapter au rythme des changements climatiques», complète le professeur d’écologie à l’université Paris Sud.

 

Menace sur la sécurité alimentaire

C’est notamment le cas pour nos cultures. En se basant sur des données collectées mondialement ces 30 dernières années, les agronomes se montrent des plus inquiets. «Pour certaines grandes cultures mondiales, comme le blé, nous avons déjà observé des baisses de rendement de 2% par décennie», indique Jean-François Soussana. Le soja et le maïs semblent mieux résister aux conséquences du réchauffement. Mais pour combien de temps? «Jusqu’à 2030, les effets positifs des changements climatiques contrebalancent, globalement, les conséquences négatives. Mais d’ici la fin du siècle, si la température moyenne globale augmente de 4°C, nous assisterons à un recul des rendements allant de 25% à 50%», s’alarme le directeur scientifique de la structure Environnement de l’Institut national de la recherche agronomique (Inra). Alarme, le mot n’est d’ailleurs pas trop fort. Car l’évolution démographique planétaire commande de produire 2% de denrées alimentaires en plus chaque décennie. «Nous allons au devant d’un effet de ciseau considérable», souligne Jean-François Soussana. D’autant que les scientifiques n’ont pas toujours de solutions toutes prêtes à proposer.

 

«On peut adapter les pratiques culturales de la vigne, modifier sa taille, voire changer de cépage. Mais passé un certain niveau de réchauffement, ces pratiques seront inefficaces», souligne Paul Leadley. La génétique? «On ne trouve pas de variétés qui soient tout à la fois tolérantes à la sécheresse et très productives», indique Jean-François Soussana.

 

Résilientes, les villes?

La situation ne s’annonce pas meilleure en ville qu’à la campagne. Comme le résume éric Martin, les principaux risques encourus par les Européens sont la multiplication d’inondations toujours plus puissantes, la diminution de l’accès à l’eau et les vagues de chaleur. Autant de menaces, estime le chercheur de Météo France, auxquelles la plupart de nos centres urbains restent d’une incroyable vulnérabilité.

 

C’est donc aux politiques, désormais, de prendre les choses en main. Et ce ne sera pas facile. Peu d’entre eux sont vraiment sensibilisés aux questions climatiques. «à part en Australie, en Nouvelle-Zélande et dans les pays scandinaves, il n’y a pas vraiment de politiques publiques cohérentes d’adaptation aux conséquences des changements climatiques», souligne Annamaria Lammel, chercheure à l’université Paris VIII. «Dans le meilleur des cas, poursuit éric Martin, on n’observe que des réactions à des crises ponctuelles, comme à la suite de la vague de chaleur de 2003.»

 

Adapter nos sociétés au futur climatique que nous construisons chaque jour représente, sans doute, le plus audacieux des projets de société que devront produire et mettre en œuvre les gouvernements. Et pour ce faire, il n’y a pas encore de guide pratique. «Il n’y a pas de méthode pour construire les résiliences. Il faut regarder et tenir compte de toutes les contraintes des territoires», résume Hervé Le Treut. Et agir vite, sans attendre de disposer de toutes les informations nécessaires. «L’économie classique est incapable de fournir une analyse coût-bénéfice sur les conséquences des changements climatiques ou les actions à mettre en œuvre», rappelle Annamaria Lammel.



[1] Giec: Groupe intergouvernemental d’experts sur l’évolution du climat

 



A suivre dans l'actualité :

Sites du groupe

Le blog de Red-on-line HSE Compliance HSE Vigilance HSE Monitor

Les cookies assurent le bon fonctionnnement de nos sites et services. En utilisant ces derniers, vous acceptez l’utilisation des cookies.

OK

En savoir plus