Russie : des nouvelles de l’Institut Vavilov

Le 14 septembre 2011 par Valéry Laramée de Tannenberg
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Le monde s’était ému, l’été dernier, d’une décision de la justice russe. Dans les derniers jours du mois de juillet 2010, une cour d’appel, confirmant un jugement de première instance, ordonnait la destruction d’un des plus importants vergers conservatoires du monde (s’étendant sur 90 hectares), géré par le célèbre Institut Vavilov.
 
L’affaire avait fait grand bruit. A l’initiative du Global Crop Diversity Trust américain, une pétition internationale avait circulé. La presse internationale s’était emparée de l’affaire. Et, signe des temps, le président russe, Dmitry Medvedev, avait indiqué, sur son compte twitter, son intérêt pour la question [JDLE].
 
Une question bien digne, il est vrai, de l’intérêt présidentiel.
 
Créé en 1926 par le généticien russe Nicolaï Vavilov, l’institut éponyme abrite les graines et semences de 322.000 espèces végétales, dont 43.000 légumes et 5.000 baies. Pour les connaisseurs, 90% des collections de cette «banque» ne se trouvent dans aucun autre établissement comparable.
 
Hélas, l’institut de recherche agronomique gêne. Son jardin conservatoire a le grave inconvénient d’être installé à Pavlovsk. Situé à quelques kilomètres de Saint-Pétersbourg, ce bourg, où Pierre Ier a construit un merveilleux palais, est devenu une banlieue chic, où il fait bon avoir sa maison ou sa datcha.
 
A la fin de l’hiver 2009, la Fondation pour le développement de l’habitat russe (RZHS selon l’acronyme russe), propriétaire du terrain, demande à la justice de déloger, légalement, le conservatoire pour laisser la place à de beaux lotissements, réservés aux salariés de l’Académie des sciences. Fin juillet, les magistrats de la 9e cour d’appel donnent raison au promoteur.
Magnanimes, ils laissent trois mois à l’institution pour trouver un asile à ses collections et ses milliers d’arbres et d’arbustes. Simple.
 
En cette année de la biodiversité, l’ONU se mobilise. Dans un courrier adressé aux autorités russes, les responsables du Programme des Nations unies pour l’environnement (Pnue) estiment que les collections de la station expérimentale de Pavlovsk «sont sans égales dans le monde» et doivent être protégées.
 
Les avocats de l’institut intentent un ultime recours devant la Haute cour d’arbitrage.
 
La bataille juridique se poursuit. A la demande du président Medvedev, on essaie de préserver les intérêts des deux parties. En essayant de lotir des portions «peu importantes» du conservatoire sans toucher aux collections essentielles. Les inspections d’experts succèdent aux audits de savants. Le but de la RZHS étant de faire classer en friche les 70 ha du terrain numéro deux (les deux tiers de la surface du verger), ce qui les rendraient constructibles.
 
En juin dernier, la 4e inspection en moins de 10 mois, (un record pour l’administration russe!) n’était pas la moins ubuesque. Elle comprenait, en effet, des membres de… l’Académie des sciences, plutôt intéressée par le projet de la RZHS. Sans surprise, la commission a conclu qu’une partie des collections (les herbacées) était transférable. Il serait également possible «mais difficile» de transférer les arbres et les arbustes. Raison pour laquelle Moscou essaie de rendre inconstructible la parcelle arborée.
 
Des projets contestés par les dirigeants de l’Institut Vavilov. Pour les chercheurs, le transfert de collections, d’arbres a fortiori, est effectivement possible, mais techniquement difficile et financièrement exorbitant. Les scientifiques jugent aussi totalement farfelue l’idée selon laquelle on pourrait faire cohabiter un quartier avec ses servitudes (routes, réseaux d’énergie ou d’eau, etc.) et ses nuisances (émissions de polluants, rejets d’eaux grises) avec un jardin botanique de réputation mondiale.
 
La balle semble désormais dans le camp du Kremlin qui, à 6 mois des élections présidentielles, a peut-être d’autres chats à fouetter que ceux de Saint-Pétersbourg...


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