Royaume-Uni: vent mauvais sur les renouvelables

Le 10 novembre 2015 par Romain Loury
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Amber Rudd, un air de.déjà-vu
Amber Rudd, un air de.déjà-vu
DECC

Nul besoin de trop subventionner les renouvelables britanniques, estimait la secrétaire d’Etat à l’énergie Amber Rudd en septembre: le Royaume-Uni est de toute façon en bonne voie d’atteindre son objectif 2020. Or dans un courrier daté de fin octobre, elle affirme exactement l’inverse, prévoyant un retard final de 25%.

Cela ressemble à une énorme gaffe: le 17 septembre, Amber Rudd, secrétaire d’Etat à l’énergie et au changement climatique depuis mai, justifiait devant la Chambre des communes sa décision de couper les subventions aux énergies solaire et éolienne en expliquant que le Royaume-Uni était «on track» pour atteindre les objectifs fixés par l’Union européenne. De 20% du mix énergétique pour l’ensemble de l’UE, ils sont de 15% pour le Royaume-Uni.

Or on en est bien loin, comme le révélait déjà le rapport annuel de l’Agence européenne pour l’environnement (EEA), «Trends and Projections in Europe», publié en octobre: avec le Luxembourg et les Pays-Bas, le Royaume-Uni fait partie des trois pays qui ont le moins de chances, au rythme actuel, d’atteindre leur cible de 2020.

Comble de malchance, un courrier, envoyé fin octobre par Amber Rudd à plusieurs de ses collègues du gouvernement (Affaire étrangères, Transports, Trésor), confirme qu’elle a parfaitement conscience de la situation. Et qu’elle aurait donc sciemment présenté la situation sous un jour trompeur aux députés.

Dans ce courrier publié par The Ecologist, la secrétaire d’Etat estime que d’ici 2020 le Royaume-Uni n’aura atteint que trois quarts de ses objectifs: il lui manquerait ainsi 3,5% pour obtenir les 15% d’énergies renouvelables (électricité, transports, chauffage) requis par la Commission. Au risque d’encourir de lourdes amendes européennes et des actions judiciaires dans le pays.

Suite à la révélation de ce courrier, le monde associatif et l’opposition, qui fustigent depuis plusieurs mois le manque de soutien public aux renouvelables, ont fait part de leur colère. Selon la «shadow secretary» à l’énergie, Lisa Nandy, «au même moment où [Amber Rudd] reconnaît en privé que nous ne sommes pas en voie d’atteindre notre cible sur les énergies propres, elle coupe les subventions à l’éolien et au solaire (…) Cela défie l’imagination, et entache notre réputation internationale, moins d’un moins avant le sommet de Paris».

Rattraper le retard… sans éolien ou solaire

Dans son courrier, Amber Rudd avance plusieurs pistes pour combler les 50 térawattheure (TWh) qui devraient manquer en 2020. Premier espoir, maintenir le soutien au chauffage renouvelable permettrait d’abaisser l’écart à 30 TWh, ce qui rapprocherait le pays à 2% de la cible. Pour le reste, il s’agit de gratter où l’on peut, mais sans jamais évoquer l’éolien ou le solaire.

La secrétaire d’Etat évoque notamment un possible dépassement du sous-objectif de 10% pour les biocarburants: or non seulement cette cible est déjà jugée ambitieuse par le gouvernement, mais un tel zèle pourrait favoriser la déforestation pour créer de nouvelles terres agricoles, et serait donc contre-productive en matière d’émissions.

Autre possibilité, faire appel à l’étranger: le Royaume-Uni prévoit déjà de s’alimenter en électricité auprès de la Norvège, grâce au North Sea Network. Petit détail, ce câble sous-marin, le plus long au monde, ne sera pas opérationnel avant fin 2021. De manière plus hasardeuse, Amber Rudd évoque l’achat de «crédits statistiques» auprès d’autres Etats européens dépassant leurs objectifs 2020. Or un tel marché européen de flexibilités n’existe pas, et le Royaume-Uni aurait peu de chances de combler ainsi les 30 TWh manquants.

En guise de dessert, Amber Rudd propose le classique bruxellois: faire alliance avec d’autres pays européens dans la même situation que le Royaume-Uni, afin d’obtenir de la Commission européenne un peu plus de souplesse. Contactée par le JDLE, la porte-parole action climatique/énergie de la Commission, Anna-Kaisa Itkonen, refuse de «commenter des documents ayant fuité», et avoue «ne pas pouvoir déterminer» quel serait le montant des amendes infligées aux pays en échec.

Un peu plus loquace, l’EEA, selon qui l’atteinte des objectifs ne sera connue qu’après consolidation des données («en 2022 ou 2023»), avance que le niveau des amendes dépendra de la bonne volonté des Etats pour atteindre leur cible. Ce qui, au vu des coupes budgétaires sur les renouvelables, pourrait bien aggraver le cas britannique.



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