Royaume-Uni : la FSA opposée au retour des farines animales

Le 14 septembre 2011 par Romain Loury
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L’agence britannique chargée de la sécurité sanitaire des aliments, la Food Standards Agency (FSA), s’est montrée très défavorable au retour des farines animales dans l’alimentation des non-ruminants, lors de sa dernière réunion qui s’est tenue le 7 septembre à Cardiff.
 
Dans une feuille de route publiée en 2010, la Commission européenne, arguant de la baisse du nombre de cas d’encéphalopathie spongiforme bovine (ESB) chez les bovins, prônait le retour de protéines animales transformées (PAT) [1]. Sous certaines conditions, en particulier l’exclusion des ruminants et l’interdiction du «cannibalisme» [2].
 
Cette position de la Commission, qui devrait faire l’objet d’un vote d’ici la fin de l’année, a été appuyée début juillet par le Parlement européen, avec quelques réserves [JDLE]. Du côté français, le Conseil national de l’alimentation (CNA), dont un avis définitif est attendu d’ici peu, s’y montre d’ores et déjà favorable [JDLE].
 
Mais la situation ne semble pas si simple au Royaume-Uni, pays à l’origine de la crise de la vache folle dans les années 1990. La question divise au sein même de la FSA, appelée à plancher sur le sujet dans la perspective d’un débat européen.
D’un côté, la direction de l’agence qui, dans un rapport, estime «négligeable» le risque qu’un assouplissement des règles engendre de nouveaux cas d’ESB. De l’autre, son conseil d’administration qui, lors de sa dernière réunion, s’est montré unanime pour le maintien d’une interdiction totale.
 
Au sein du conseil, des experts médicaux issus de plusieurs ministère; notamment Sally Davies représentante du ministère de la santé, qui dans un courrier estime qu’il sera «impossible de prévenir les mauvaises pratiques délibérées».
 
Du côté du ministère de l’environnement, de l’alimentation et des affaires rurales (Defra, selon l’acronyme anglais, chargé de porter la position britannique au niveau européen), l’expert Alick Simmons reconnaît qu’il existe encore 53.000 bovins britanniques nés avant l’interdiction des farines animales, en août 1996.
 
Autre crainte de l’experte du ministère de la santé: «Les matériaux jugés à risque chez les ruminants, à savoir la cervelle et la moelle épinière de porcs et de volaille, seront probablement inclus dans les PAT». Or «il existe encore des incertitudes quant à la forme atypique de la tremblante du mouton et à d’autres types d’encéphalopathie spongiforme transmissible (EST)», ajoute-t-elle.
 
Même son de cloche de l’association de consommateurs «Which?», ainsi que de représentants des gouvernements gallois et écossais. Selon ce dernier, Harry Burns, baisser la garde sur les PAT «serait perçu par les consommateurs comme une mesure inappropriée, et entraînerait peut-être une perte de confiance» envers la sécurité des produits, voire un mauvais impact sur le marché.
 
La méfiance des Britanniques est réelle, selon une récente enquête effectuée par la FSA auprès de 80 consommateurs. Au terme d’un débat organisé en août sur le sujet, 6 des 8 groupes de discussion demeuraient favorables à l’interdiction totale des PAT, l'un se montrait pour leur retour, le dernier restant neutre.
 
Favorable ou non aux PAT, la position finale du Royaume-Uni reviendra au Defra, rappelle la direction de la FSA. Le pays se retrouve dans une position délicate: «Si la législation européenne est adoptée, le Royaume-Uni aura bien sûr la possibilité de ne pas autoriser les fabricants à produire des PAT, mais il s’exposerait à un risque de poursuite judiciaire», ajoute-t-elle.
 
Quant à interdire l’importation des PAT, le pays se mettrait en infraction avec les règles européennes, ainsi qu’avec celles de l’Organisation mondiale du commerce (OMC), prévient la direction de la FSA.
 
[1] Confrontées à une forte méfiance publique, les institutions utilisent désormais le terme assez pudique de protéines animales transformées (PAT) plutôt que celui de farines animales.
[2] Cet assouplissement permettrait de nourrir les porcs avec des farines issues de poulets, les poulets avec des farines provenant de porcs, et les poissons avec des farines issues des deux.


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