Rivières en «crise» : double menace pour l’homme et la biodiversité

Le 30 septembre 2010 par Sabine Casalonga
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80% de la population mondiale vit dans une zone menacée de pénurie en eau
80% de la population mondiale vit dans une zone menacée de pénurie en eau
C. J. Vörösmarty et al.

Près de 80 % de la population mondiale –soit près de 5 milliards de personnes - vivraient à proximité d’un cours d’eau dégradé ou pollué. Cette situation met en danger l’accès à l’eau et la biodiversité, selon une étude internationale publiée dans l’édition du 30 septembre de la revue Nature. Seules les régions du grand Nord ou isolées comme l’Amazonie ne souffrent pas encore des activités humaines.

Garantir un accès à l’eau aux populations humaines et protéger la biodiversité sont deux objectifs considérés souvent comme contradictoires. Pourtant l’eau est essentielle à toutes les formes de vie, souligne l’auteur de l’éditorial de la revue Nature.

Charles Vörösmarty et Peter McIntyre, respectivement chercheurs dans les universités de New York et du Michigan, ont conduit une évaluation inédite des menaces pesant sur les cours d’eau de la planète, qui prend en compte, pour la première fois, 23 facteurs de stress (pollution, effluents agricoles, barrages, espèces invasives), affectant à la fois la sécurité d’approvisionnement en eau et la biodiversité. Certains de ces facteurs affectent à la fois l’un et l’autre, comme la pollution, alors que d’autres n’ont qu’un seul impact. Comme les réservoirs d’eau qui empêchent la migration des poissons.

A partir de l’évaluation quantitative de ces menaces, les auteurs ont réalisé une série de cartographies en superposant les zones à risque de pénurie en eau avec les zones où la biodiversité est en danger.

Les régions qui combinent les deux menaces (en rouge sur la carte) sont situées en Chine, en Asie du Sud-est, en Inde, au Moyen-Orient et en Afrique équatoriale. La biodiversité est menacée (jaune) sur l’ensemble des territoires des Etats-Unis et de l’Europe (caractérisés par une densité de population élevée et une agriculture intensive), ainsi qu’une partie de l’Amérique du Sud. La biodiversité est en revanche encore épargnée en Amazonie, Sibérie, Alaska, Canada, dans le Nord de l’Australie ou encore dans certaines régions centrales d’Afrique.

Près de 80 % de la population mondiale – 4,8 milliards d’habitants selon les statistiques de 2000 - vit dans des régions menacées de pénuries en eau ou par l’érosion de la biodiversité et des services rendus par les écosystèmes. Les mêmes facteurs de stress mettent en péril la biodiversité de 65 % des habitats situés à proximité des rivières et des milliers d’espèces aquatiques.

Seule une minorité des cours d’eau mondiaux ne sont pas affectés par l’homme, à l’image d’une partie du fleuve Amazone qui traverse une zone dense de la forêt tropicale. Seulement 0,16 % du territoire de la planète serait encore préservé.

Une étude complémentaire relative aux investissements réalisés pour sécuriser la ressource en eau, conduite par Margaret Palmer de l’université du Maryland, met en lumière les inégalités de situations entre les pays riches et les pays pauvres. Les premiers investissent dans des technologies et des infrastructures (barrages, digues) pour garantir un accès à l’eau à tous leurs habitants sans s’attaquer toutefois à la résolution du problème en amont.

Les pays en développement ou émergents, comme la Chine, faute de moyens suffisants, sont plus vulnérables. Un des auteurs estime à environ 800 milliards de dollars le coût nécessaire pour couvrir l’investissement global annuel dans les infrastructures de l’eau d’ici 2015.

« Si vous analysez les questions de sécurité d’accès à l’eau dans une perspective à la fois humaine et environnementale, vous constatez que les menaces sont partagées et pandémiques, affirme Charles Vörösmarty. Même les pays riches (…) recensent des zones parmi les plus menacées». Un des plus étonnants constats, selon les scientifiques : les rivières des pays développés, en particulier aux Etats-Unis et en Europe de l’Ouest, sont très menacées en dépit de décennies de mesures de contrôle de la pollution et d’investissements dans la protection de l’environnement.

Publié en septembre par Statistique Canada, un rapport confirme cette observation. Il fait état d'une perte inquiétante de plus de 8 % de la ressource hydrique pour le sud du Canada au cours des 30 dernières années. Probablement en raison d’une hausse de la consommation et/ou des effets du changement climatique.

Afin d’éviter aux pays en développement de reproduire l’erreur des pays industrialisés, les auteurs plaident pour la mise en œuvre de solutions durables visant à protéger à la fois la ressource en eau et la biodiversité. Préserver les plaines inondables plutôt que construire des réservoirs est ainsi un exemple de solution efficace pour prévenir les inondations. Ils soulignent également le rôle crucial d’une approche internationale alors que 250 bassins de rivières sont transfrontaliers.               

 

 

 



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