Rivières: des PCB pour «les décennies à venir»

Le 22 avril 2014 par Romain Loury
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Les sédiments restent chargés en PCB
Les sédiments restent chargés en PCB

Le plan de lutte contre les PCB a certes permis des avancées, notamment en matière d’évaluation et de gestion des risques, mais n’aura été que d’un faible secours quant à leur élimination des sédiments des cours d’eau, selon un rapport d’évaluation publié jeudi 17 avril par le Conseil général de l’alimentation, de l’agriculture et des espaces ruraux (CGAAER).

A l’origine de ce plan quinquennal, la découverte en 2005 dans la région lyonnaise de poissons présentant un taux de contamination élevé, rappelle le CGAAER. Lancé en février 2008 et achevé en 2013, il prend fin sur un bilan jugé globalement positif, mais un constat qui l’est nettement moins: malgré «des avancées dans la connaissance et la maîtrise des impacts de ces pollutions, (…) il n’a pas permis de trouver des solutions permettant d’éliminer les PCB des rivières où ces polluants demeureront dans les décennies à venir», estime ainsi le rapport.

Parmi les axes du plan, la recherche de techniques de décontamination des sédiments, menée par le pôle de compétitivité Axelera, a donné lieu à des pistes prometteuses, recourant «au confinement, à l'adsorption, à la voie fongique, à la voie biologique et à la voie thermique», énumère le CGAAER. Mais «compte tenu de la relative complexité de ces traitements, toute dépollution généralisée des sédiments, comme envisagé dans le plan, reste encore utopique pour des questions de coût».

 

Des sources pour l’essentiel maîtrisées…

Les sources actuelles de PCB sont «pour l’essentiel» maîtrisées, qu’il s’agisse des centres d’élimination des PCB [1], «très suivis», ou des unités de traitement des ordures ménagères (UIOM), dont les rejets de PCB ont fortement diminué en 20 ans.

Du côté des transformateurs, le rapport indique que, début juin 2013, il n’en restait plus que 133 à éliminer sur les 150.000 contenant plus de 500 ppm de PCB dont il s’agissait de se débarrasser avant fin 2010. Ils appartiennent «notamment à des hôpitaux devant déménager et à des entreprises en situation économique difficile», précise le rapport.

Prochaine étape, l’élimination et la décontamination des transformateurs contenant plus de 50 ppm de PCB d’ici 2025, prévue par le décret du 10 avril 2013 portant diverses dispositions relatives aux déchets. Sur les 160.000 identifiés, il en reste désormais 120.000 à éliminer, indique le CGAAER.

 

… mais pas toutes

Restent plusieurs activités «non documentées», telles que le «rétro-filling», qui consiste à remplacer «de l’huile minérale contenant du PCB par un autre fluide présentant des caractéristiques technologiques similaires», ainsi que les sites de traitement des véhicules hors d’usage et les cimenteries. «De même, un travail précis devra être réalisé sur les activités des ferrailleurs», reconnaît le rapport.

Plus difficile à cibler, ce que le CGAAER appelle «l’accidentel, le vandalisme, le diffus, le passé». Les contaminations diffuses suscitent la question de l’information des particuliers qui s’apprêtent à jeter leurs radiateurs à bain d’huile et leurs porte-serviettes, très chargés en PCB. «Par ailleurs, l’interdiction du brûlage à l’air libre des déchets, source potentielle de contaminations, reste difficile à faire entrer dans les pratiques sociales».

Quant aux pollutions passées, il s’agit notamment de sites industriels ayant autrefois utilisé des PCB, par exemple pour la fabrication de linoleums ou de peintures, ou ceux abritant d’anciens transformateurs. «L’attention des repreneurs, voire des liquidateurs, est à attirer sur ces pollutions possibles».

 

Poissons de rivière: interdictions à revoir?

En matière de contamination des poissons de rivière, les autorités ont opté pour le principe de précaution, avec des interdictions de commercialisation –qui touchent désormais 60 départements- plutôt que des recommandations. Pour le CGAAER, «ce mode de gestion actuel du risque se justifiait dans une logique de moratoire tant qu’on ignorait les résultats de l’étude d’imprégnation». Publiée en 2012, cette dernière, menée sur environ 600 pêcheurs en eau douce a livré des résultats plutôt rassurants (voir le JDSA). Ce mode de gestion «méritera d’être révisé au regard du travail engagé par l’ANSES, dont les résultats seront connus en mai 2014».

Selon le CGAAER, ce plan de lutte contre les PCB a coûté 12,8 millions d’euros à l’Etat, à quoi il fait ajouter 4,7 autres millions d’euros d’analyses de poissons menées par la direction générale de l’alimentation (DGAL) et les directions régionales de l’environnement, de l’aménagement et du logement (Dreal). Sans oublier les 480 millions d’euros d’élimination des PCB dans les transformateurs, coût de remplacement non inclus.



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