Risques: vers une intégration du facteur humain

Le 13 avril 2006 par Christine Sévillano
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U.S Chemical Safety and Hazard Investigation Board Website - CURRENT INVESTIGATIONS
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Les accidents industriels ne sont pas seulement dus à des défaillances techniques. Les hommes et l’organisation peuvent également être en cause. Depuis plusieurs années, l’Ineris étudie comment mieux évaluer les risques en prenant en compte des paramètres pas toujours évidents à percevoir.

Près de 80% des accidents industriels sont dus au facteur humain, tel était un constat établi par la base de données européennes Mars (1) lors de la refonte de la directive Seveso en 1996. «En fait, ce chiffre témoigne d'une meilleure prise en compte des facteurs humains et organisationnels dans les analyses des accidents», explique Didier Gaston, directeur adjoint de la direction des pollutions accidentelles à l'Institut national de l'environnement industriel et des risques (Ineris). Dans les années 1980, les experts se sont en effet surtout penchés sur une approche technique des accidents en préconisant l'ajout de vannes ou autres systèmes de confinement. Les années 1990 ont été marquées par un travail sur la qualité et la normalisation, ainsi que la mise en place de systèmes de gestion de la sécurité, imposés par la directive Seveso II, transposée par l'arrêté du 10 mai 2000. «Nous avons constaté des progrès, puis nous sommes rentrés dans une phase de stagnation du nombre d'accidents», poursuit Didier Gaston. Selon une étude de 2002, un accident survient tous les 300 ans sur un même site, qu'il soit très important, type AZF, ou moins, comme une pollution de cours d'eau.

Depuis quelques années, les experts se penchent davantage sur les facteurs humains et organisationnels que l'on distingue depuis peu. Alors que le premier cherche à identifier les comportements des individus qui travaillent dans les industries, le second se concentre sur le système dans lequel évoluent ces travailleurs. L'un nécessite des connaissances psychologiques, quand l'autre fait plutôt appel à une approche sociologique. Sur les aspects humains, il semble que ce sont les formations qui sont insuffisantes pour adapter le personnel à de nouvelles conditions de travail. Les postes ont beaucoup évolué, avec notamment l'introduction de nouvelles technologies et des cadences de travail plus intenses. «Les industriels cherchent une optimisation du personnel et à cette fin, ils sont plus exigeants sur les plages de travail, d'autant plus depuis la réduction du temps de travail», souligne Didier Gaston. Une situation qui entraîne une réduction des pauses, et par là même une baisse de la communication et des échanges entre les opérateurs.

En outre, il est exigé des travailleurs davantage de capacités d'analyse et d'anticipation «sur l'ensemble des postes, et pas seulement les postes à responsabilité. C'est d'ailleurs pour cette raison qu'il ne faut pas négliger le savoir issu de l'expérience lors de la formation», ajoute l'expert de l'Ineris qui pointe le risque d'un manque de personnel compétent à l'aube d'une période de départs en retraite. Les jeunes opérateurs, malgré des formations plus adaptées, pourraient manquer d'un savoir-faire apporté par une génération plus âgée et transmis à l'intérieur de l'entreprise.

Les aspects organisationnels ont aussi beaucoup changé dans les industries, notamment avec l'arrivée de l'informatique qui a modifié les relations entre les individus. Les nouvelles technologies ont permis la diffusion d'une plus grande masse d'informations, avec pour inconvénient un manque de sélectivité. Autre évolution: le management avec des prestataires qui sont parfois complètement intégrés dans la production. De même, le renforcement des systèmes de management de la qualité amène les opérateurs à se préoccuper davantage de traçabilité et de suivi. «Ils sont chargés de monter de plus en plus de dossiers au détriment d'un travail approfondi sur le terrain», assure Didier Gaston.

Autant de modifications qui doivent être prises en compte dans l'évaluation des risques. Sur ce point, la loi de juillet 2003 avec l'établissement de CHSCT (2) renforcés devrait être positive. «Il faut considérer les aspects techniques, psychologiques et sociologiques, sans forcément être au summum des 3. L'essentiel est en effet de parvenir à un système cohérent entre ces différents facteurs et d'éviter d'adopter des approches différentes de la culture d'entreprise», affirme le directeur adjoint. En d'autres termes, il faut éviter une organisation adaptée à la gestion de systèmes automatisés, si l'industriel dispose d'opérateurs manuels sauf s'ils sont formés conjointement à ces nouvelles technologies ou s'il est décidé l'embauche de salariés compétents. La première étape pour un industriel qui veut mieux prendre en compte ces deux facteurs est de faire un bilan de sa propre culture de sécurité, en jugeant ce qui a été bien ou mal fait, avant de réfléchir à un système dans lequel le salarié est au centre du dispositif. «Il faut ensuite mettre les aspects techniques et organisationnels au service de l'opérateur, tout en tenant compte du fait que les opérateurs sont nombreux et qu'ils sont moins performants certains jours.

Et puis il faut faire de la sécurité non pas un enjeu de responsabilité, mais un enjeu de la culture de l'entreprise», ajoute Didier Gaston. L'impact d'une décision doit être évalué non seulement sur les niveaux de management qui doivent l'appliquer mais aussi sur le personnel.



(1) Major accident reporting system
(2) Comité d'hygiène, de sécurité et des conditions de travail





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