Risques : On vous l’avait bien dit

Le 23 janvier 2013 par Valéry Laramée de Tannenberg
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En 2001, l’agence européenne de l’environnement (AEE) publie un rapport sur un sujet inédit. En quelques 200 pages, «Signaux et précoces et leçons tardives» raconte l’histoire de l’application (ou plus souvent de la non-application) du principe de précaution entre 1896 et 2000. En se basant sur 14 exemples, le rapport rappelle que, dans la plupart des cas, «nous avons agi trop tard».

Ce qui saute aux yeux si l’on relit, au hasard, l’histoire de l’amiante, de la radioactivité ou du mitage de la couche d’ozone.

Pour mémoire, «les premiers cas de lésions provoquées par les radiations furent rapportées dès 1896. Le premier signal clair et crédible concernant l’amiante fut émis deux ans plus tard.» Et c’est en 1974 que les premières inquiétudes concernant l’état de notre filtre à UV se firent jour.

Parce que nous n’avons pas voulu ou pas pu voir leurs signes avant-coureurs, des catastrophes environnementales ou sanitaires ont défrayé la chronique, percé nos bas de laine (4,2 milliards de livres pour le seul scandale de la vache folle!) et engendré une défiance durable entre les citoyens et les «experts».

Douze ans plus tard, l’AEE s’est livré au même exercice rétrospectif dans une étude actualisée. A la question: «avons-nous appris de nos erreurs», la réponse est, malheureusement, non. Dans ce second tome, l’AEE fait l’historique de l'empoisonnement au mercure industriel, des problèmes de fertilité causés par les pesticides, des perturbateurs endocriniens présents dans les plastiques, des produits pharmaceutiques modifiant les écosystèmes, des impacts sanitaires de la téléphonie mobile, des OGM et des nanotechnologies.

Encore une fois, se lamentent les auteurs, «les avertissements ont été ignorés ou écartés jusqu'à ce que les dommages pour la santé et l'environnement ne deviennent inéluctables.»

Dans certains cas, «les entreprises ont privilégié les profits à court terme au détriment de la sécurité du public, en cachant ou en ignorant l'existence de risques potentiels.» Dans d'autres, «les scientifiques ont minimisé les risques, parfois sous la pression de groupes d'intérêts.»

Ces phénomènes ne sont certes pas nouveaux. Toutefois, rappellent les rapporteurs, le principe de précaution semble moins que jamais pris en compte, contrairement à une idée reçue.

«Le monde a évolué depuis la publication du premier volume des Signaux précoces. Les technologies sont désormais approuvées plus vite que par le passé, et sont souvent adoptées rapidement dans le monde entier. Cela signifie, selon le rapport, une possibilité de propagation rapide et accrue des risques, dépassant la capacité de la société à comprendre, reconnaître et réagir à temps pour éviter les conséquences néfastes.»

Et les fausses alertes? se demanderont les sceptiques. Elles existent, concèdent l’AEE. Sur 88 cas supposés, seuls 4 se sont révélés être de «faux» problèmes: la grippe porcine américaine, la saccharine, l’irradiation des aliments et l’helminthosporiose.

Au final, le tome 2 des «Signes» fait quatre recommandations: les scientifiques doivent prendre en compte la complexité des systèmes environnementaux et biologiques, les décideurs politiques doivent réagir rapidement aux signaux avant-coureurs, l’évaluation des risques doit être améliorée.

Enfin, l’AEE préconise d’impliquer plus fréquemment le public dans les choix effectués en matière d’innovation et d’analyses des risques. «Une plus grande interaction entre les entreprises, les gouvernements et les citoyens pourraient favoriser des innovations plus solides et variées avec un coût moindre pour la santé et l'environnement.»



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