Ripoliner nos villes en blanc?

Le 28 octobre 2011 par Valéry Laramée de Tannenberg
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Faut-il peindre son toit en blanc pour lutter contre le changement climatique? Question stupide? Pas si sûr. Du moins si l’on en croit la littérature scientifique.
 
Dans leur bureau du laboratoire californien Lawrence Berkeley, Hashem Akbari et Surabi Menon se sont livrés à un amusant calcul[1]. Forts de leurs expériences sur les îlots de chaleur urbains, les deux chercheurs se sont demandés si l’on ne pouvait pas «compenser» en partie le réchauffement climatique en accroissant l’albédo des zones urbaines denses.
L’aire de la planète est d’environ 508 millions de kilomètres carrés. Sachant que les terres émergées représentent 29% de cette surface, nous voilà à la tête de 147 millions de kilomètres carrés. Dans cette vaste étendue, les zones densément peuplées ne s’étalent que sur un tout petit peu plus de 1%: 1,5 Mkm2 ou trois fois la surface de l’Hexagone. Nos deux titulaires du Nobel de la paix (comme coauteurs du 4e rapport du Giec[2]) estiment que les toitures occupent le quart de la surface d’une ville dense et les rues bitumées 35%.
 
Dans l’idée d’Hashem Akbari et Surabi Menon, les surfaces noires des villes seraient recouvertes d’une belle couche de peinture blanche. Climatiquement, l’opération n’est pas inintéressante. De presque rien, lorsqu’ils sont sombres ou noirs, l’albédo des toits et des routes atteint, respectivement, 0,25 et 0,15, après leur ripolinage. Chaque mètre carré de toiture blanchie réfléchirait suffisamment de lumière solaire pour «compenser» les effets climatiques de 64 kilogrammes de CO2. Pour la voirie, c’est un peu moins bien: 38 kg de CO2 par mètre carré repeint.
 
Présenté autrement, il faut blanchir 16 m2 de toit ou 26 m2 de bitume pour annuler les effets climatiques d’une tonne de gaz carbonique. Rapporté aux surfaces totales de toitures et de rues, le potentiel anti carbonique des villes blanches est considérable. Les «cool roofs» (les toits frais) pourraient compenser 24 milliards de tonnes d’émissions CO2 (GtCO2), soit 4 GtCO2 de plus que les «cool pavements». Chauler nos villes compenserait donc 44 GtCO2, voire 57 GtCO2 en y ajoutant les bénéfices énergétiques imputables à une moindre utilisation de la climatisation dans les immeubles blanchis.
 
Tout le monde n’est pas d’accord avec ces estimations. Dans un article publié en fin de semaine par Journal of Climate, Mark Jacobson and John Ten Hoeve affirment que le blanchiment des villes ne contribuerait pas à refroidir le climat, mais à le réchauffer. La théorie des deux chercheurs de l’université Stanford est simple: en revoyant plus de lumière vers l’atmosphère, les toitures immaculées permettraient aux particules de carbone (les suies, par exemple) d’absorber plus d’énergie et donc de renforcer le Global Warming. Pas simple de choisir son camp.
 
A moins que l’on n’évalue la possibilité de rendre nos zones urbaines plus blanches que blanches.
 
Marck Sheldricks, un scientifique britannique, s’est amusé à estimer le prix de l’opération. En prenant comme base 0,2 euro par mètre carrépeint, le montant de son devis atteint les 512 milliards d’euros par an. Car, pour que le blanc contribue efficacement à compenser nos émissions de GES, il faudra en remettre une couche chaque année pendant un siècle. Bagatelle!


Les résultats affinés sont consultables au http://iopscience.iop.org/1748-9326/5/1/014005/fulltext
 
[2] Giec: Groupe intergouvernemental d'experts sur l'évolution du climat


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