Rio: chacun voit midi à sa porte

Le 25 juin 2012 par Valéry Laramée de Tannenberg
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Pays du Sud, du Nord, ONG, entrepreneurs, toutes les parties prenantes au 5e Sommet de la terre jugent le résultat à l’aune de leurs préoccupations.

Chacun a trouvé, à Rio, ce qu’il était venu chercher. Après avoir suivi avec inquiétude les mois de négociations entre les 190 Etats finalement présents dans la cité carioca, les ONG s’attendaient à un échec. Il ne leur a pas manqué. «Les responsables politiques veulent nous faire croire, par un coup de baguette magique verte, que cet accord minimaliste scandaleux est une avancée, alors que c’est un permis de saccager la planète», s’indigne Nnimmo Bassey, président de la fédération internationale des Amis de la terre.

Les gouvernements occidentaux sont plus nuancés dans la forme. Commentant le contenu du document final du Sommet Rio+20 (intitulé "Le Monde que nous voulons"), lequel ressemble furieusement à sa première mouture [JDLE], le président français n’a pas masqué sa déception. Saluant des avancées sur la feuille de route pour les objectifs du développement durable, le renforcement du Programme des Nations unies pour l’environnement (Pnue), l’appel à la préservation des océans, le débat sur l'économie verte et l’accent mis sur la lutte contre la pauvreté, François Hollande a exprimé quelques regrets.

«Ces résultats, aussi appréciables soient-ils, sont en dessous de nos responsabilités et de nos attentes. Je regrette d'abord que nous n'ayons pas abouti à la création d'une agence spécialisée des Nations unies sur l'environnement. C'est un projet auquel la France est très attachée. Parce que c'est la condition du multilatéralisme, parce que c'est la meilleure façon de pouvoir mettre tous les sujets dans la même organisation et de les traiter en même temps et dans le même lieu, et enfin parce que cette agence pourrait se situer à Nairobi, en Afrique, et l'Afrique doit avoir la confirmation de son rôle dans le monde. Je regrette également que la proposition d'instaurer des financements innovants, même si le communiqué final en fait mention, n'ait pas trouvé de traduction concrète.»

Hillary Clinton, secrétaire d’Etat américaine tourne les choses autrement: «Le document final contient d’importants principes et des propositions. Mais les résultats les plus convaincants de cette conférence sont ces nouvelles façons d’appréhender les problèmes, lesquelles guideront nos actions futures. On dira de Rio, comme le disait Steve Jobs, qu’ici nous n’avons pas eu de grandes idées, mais que nous avons pensé différemment.»

Seule, dans le concert des nations, la Chine se montre satisfaite de ce 5e Sommet de la terre. «L’un des succès de Rio, se félicite Du Ying, l’un des principaux négociateurs chinois, est de n’être pas revenu sur les acquis de 1992, et notamment le principe de responsabilité commune mais différentiée.» Traduction: si nous en sommes là, c’est essentiellement de la faute des pays les plus industrialisés. Lesquels doivent maintenant apurer leur dette environnementale. Ce qui ne sera pas simple en période de récession et de crise de l’euro.

Economie, argent, deux idées qui renvoient au monde de l’entreprise. Lequel a été très actif durant ce sommet. «L’accord du Sommet de Rio+20 a superbement ignoré les demandes des 50.000 représentant du Sommet des peuples qui ont manifesté dans les rues de Rio. Seuls les intérêts des multinationales prévalent. L’accord prévoit même que des pays puissent vendre leur ‘capital naturel’ à de grandes entreprises internationales, sans le moindre règlement exigeant que ces entreprises puissent être tenues responsables des dégâts qu’elles causent», s’emporte Lucia Ortiz, coordinatrice du programme sur la justice économique des Amis de la terre International.

L’échec de Rio, la faute au big business, alors? Gro Harlem Brundtland n’est pas loin de le penser. L’ex-Première ministre norvégienne, mère du concept de développement durable, considère qu’en protégeant leurs intérêts les multinationales freinent l’avancée de la négociation. «Cette allégation est justifiée. Ce n’est pas la cause de tout, mais c’est une partie du problème», déclare, sur les ondes de la BBC, l’ancienne patronne de l’OMS.

Faux, clament c en chœur les patrons des leaders du CAC 40, du Nasdaq et autre Nikkei. Et les grands patrons de rappeler que si l’ONU a obtenu, lors de Rio +20, 692 promesses portant sur l’éducation, les énergies renouvelables, la protection des montagnes, les villes durables ou la lutte contre le changement climatique, une bonne moitié de cette addition (dont le montant atteint 513 milliards de dollars -410 milliards d’euros) sera réglée par les entreprises. «Sans le secteur privé, ça ne marchera pas», concède Jose-Angel Gurria, le secrétaire général de l’OCDE.

Alors, synthèse impossible? Pas sûr. «Personne n’est satisfait du résultat final de ce sommet. Notre travail, c’est de faire en sorte que tout le monde soit également insatisfait. Car une égale insatisfaction, c’est aussi une satisfaction également partagée», ironise Sha Zukang, le patron (chinois) du département des affaires économiques et sociales de l’ONU. Audacieux.

Les scientifiques sont nettement moins optimistes. «On ne peut que regretter que le texte comporte 64 ’réaffirmons’, 161 ’reconnaissons’, ’constatons’, ‘insistons’, ‘sommes conscients’ et ‘prenons acte’ et seulement 5 ‘décidons’ (dont 2 sans grands détails) et 7 ‘convenons’! Manque de courage et égoïsme demeurent flagrants. Il est surprenant, alors que la lutte contre la pauvreté est un thème récurrent de la déclaration, qu’il ne soit pas fait mention du quart monde et que de nombreux paragraphes se limitent à traiter de la pauvreté dans les pays en développement. Les problèmes évoquées pendant le Sommet ne sont pas suffisants: au-delà des questions liées au réchauffement climatique, même ceux liés à l’érosion de la biodiversité, il est urgent de s’attaquer, ici et maintenant, à la pollution de l’air et de l’eau, qui nous empoisonnent tous au-delà des frontières nationales. La place anecdotique faite à la diversité biologique, au début de la décennie des Nations unies pour la biodiversité, et alors que toute la communauté scientifique reconnaît qu’elle est un élément essentiel pour la survie de l’espèce humaine et de la planète, ne peut que provoquer de grandes inquiétudes sur le niveau de prise de conscience sur les problèmes essentiels et l’urgence à agir», estiment, dans un communiqué, Gilles Bœuf et Jean-Patrick Leduc, du Muséum national d’histoire naturelle.

 



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