Rio+20: le bilan s’annonce maigre

Le 07 juin 2012 par Stéphanie Senet
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La solution du président colombien pourrait avancer à Rio
La solution du président colombien pourrait avancer à Rio

Deux semaines avant l’ouverture de Rio+20, le sommet s’annonce d’ores et déjà comme un flop diplomatique, notamment sur l’économie verte. Les avancées sont plutôt attendues du côté des objectifs mondiaux du développement durable et d’un renforcement de l’institution onusienne.

Selon les «proches du dossier», l’avancée la plus importante de Rio+20 sera à inscrire au bilan de la Colombie. Bogota propose, en effet, de s’engager sur des objectifs de développement durable (ODD). «C’est un peu la seule idée concrète à se mettre actuellement sous la dent», résume Laurence Tubiana, directrice de l’Institut du développement durable et des relations internationales (Iddri) à L’Institut des sciences politiques de Paris, lors d’une conférence organisée ce 7 juin.

Cette proposition, à laquelle se sont ralliés le Guatemala et le Pérou, fixe des priorités en matière de développement durable. A charge pour les négociateurs de les graver dans le marbre, à Rio+20. S’en suivront ensuite de nouvelles négociations qui pourraient s’achever lors de l’assemblée générale des Nations unies de 2013. De sorte que la partie opérationnelle débute en 2015, c’est-à-dire à la conclusion des Objectifs du millénaire du développement (OMD).

Les 10 thèmes chers au président Santos sont calqués sur les priorités mondiales actuelles: sécurité alimentaire, accès à l’énergie pour tous, océans (pêche comprise), forêts, villes durables, gestion intégrale de l’eau, développement durable comme réponse à la crise économique et à la pauvreté, accès à l’emploi et à un travail décent, mode de production et de consommation durables.

Les organisateurs de Rio+20 ont voulu innover sur le plan de la démocratie participative en soumettant ces thèmes à la société civile lors des «sandwich days» organisés du 16 au 19 juin, avant l’ouverture de la conférence intergouvernementale, qui se tiendra du 20 au 22 juin.

Concrètement, l’exercice sera périlleux. Chaque thème sera en effet discuté en trois heures chrono (une heure de présentation d’experts et deux heures de dialogue avec la société civile). Trois recommandations seront alors retenues pour chacune des thématiques et transmises aux délégations des gouvernements.

Ensuite, l’économiste américain Jeffrey David Sachs, qui œuvre comme consultant spécial auprès du secrétaire général des Nations unies Ban Ki-Moon, aura la lourde tâche d’élaborer des objectifs précis et de procéder à leur chiffrage, comme il l’a déjà fait pour les OMD.

Autre lieu de discussion et d’avancée possible pour ces ODD: la future institution onusienne dédiée à l’environnement. La réforme de la gouvernance mondiale est en effet au programme de Rio+20. S’il est quasi acquis qu’aucune organisation mondiale ne verra le jour –malgré le lobbying actif de la France et de l’Union européenne- un consensus pourrait être trouvé sur un renforcement du Programme des Nations unies pour l’environnement (Pnue), explique Lucien Chabason, conseiller auprès de la direction de l’Iddri et expert auprès du programme onusien pour l’environnement et de l’OCDE.

«Au minimum, les adhésions au Pnue devraient être renforcées. On pourrait même se diriger vers une participation universelle des Etats et un système de cotisation obligatoire. Mais ce sera sans doute à mandat inchangé, c’est-à-dire que le Pnue n’aura aucun pouvoir supplémentaire alors qu’une fonction de surveillance et de contrôle, comme en dispose l’Agence internationale de l’énergie atomique par exemple, serait pertinente», observe l’ancien conseiller de Brice Lalonde… coordinateur de Rio+20.

Au final, la grande perdante de ce nouveau sommet de la terre sera sans doute l’économie verte, pourtant présentée comme l’une des deux priorités du sommet avec la réforme de la gouvernance mondiale de l’environnement. Cette notion fait en effet les frais d’un blocage profond entre le Nord et le Sud. «Achim Steiner, le directeur exécutif du Pnue, a poussé jusqu’au bout cette idée alors qu’elle n’est jamais passée auprès des pays du Sud», note Sébastien Treyer, directeur des programmes de l’Iddri. «Les pays du G77 ont tout de suite émis des doutes sur le contenu de l’économie verte, craignant des barrières éventuelles et un protectionnisme accru des pays occidentalisés», ajoute Maxime Combes, d’Attac France. La présidente du Brésil, Dilma Rousseff, a même affirmé en novembre dernier qu’il serait judicieux d’abandonner cette idée, selon Lucas Chancel, chargé d’études en économie du développement durable à l’Iddri.

Le blocage sur le pilier économique s’avère difficile à surmonter. Sur les 20% du texte qui ont été adoptés lors des précédents comités préparatoires (Prep-Com), aucune phrase ne concerne l’économie verte. «Cette notion a été très mal portée dès le départ. Du coup, elle a été comprise comme une marchandisation de la nature», explique Tancrède Voituriez, directeur du programme gouvernance à l’Iddri. «Il s’agit à mon avis d’un procès d’intention contre les pays occidentaux puisque la seule mesure protectionniste récente est l’intégration de l’aviation dans le marché carbone», juge pour sa part Laurence Tubiana. La directrice de l’Iddri reconnaît toutefois que cette notion est également trop limitée, surtout «au regard du besoin de transformation de nos sociétés en matière d’utilisation et de répartition des ressources».

 



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