Rhin et Danube bientôt à sec?

Le 05 décembre 2011 par Geneviève De Lacour
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Le niveau du Danube baisse dangereusement. A tel point que la navigation devient difficile. Ainsi, l'Agence bulgare d'exploration du Danube a fait état de plusieurs sections très problématiques sur ce cours d'eau d'une longueur de 2.860 kilomètres, le plus long fleuve d'Europe après la Volga. Un fleuve qui abrite de nombreuses zones humides, des écosystèmes et une faune uniques qui souffrent déjà des activités humaines comme l'extraction de gravier et la construction de barrages. Le Fonds mondial pour la nature (WWF) a appelé cette semaine à une attention accrue pour préserver les écosystèmes menacés.

A l’origine de ce phénomène, une sécheresse sans précédent sévit dans toute la région. «Il n'y a pas d'eau! La situation est critique: non seulement ici sur le Bas-Danube, mais aussi plus haut: en Hongrie, en Autriche, en Allemagne», a déclaré Ivan Ivanov, directeur adjoint de la Compagnie bulgare de navigation fluviale. «Nous chargeons les barges bien en dessous de leur capacité. Le chenal est par endroit si étroit que les remorqueurs y passent avec une seule barge au lieu de 6. Je ne peux même pas calculer nos pertes.»

Les ports fonctionnent aussi à capacité réduite. Deux lignes de ferries qui opèrent des liaisons d'une rive à l'autre entre la Bulgarie et la Roumanie sont près de fermer.
 
En Roumanie, les autorités du port de Galati (sud-est) ont fait état «d'opérations intenses de dragage pour maintenir les niveaux de profondeur minimum» permettant la navigation. Bucarest craint par ailleurs de devoir fermer une unité de sa seule centrale nucléaire à Cernavoda (est), si le niveau de l'eau baisse encore. Ce réacteur, qui puise de l'eau du Danube pour son refroidissement, a été arrêté en 2003, au moment où le niveau du fleuve a enregistré une chute record.
 
La compagnie publique roumaine Hidroelectrica, dont 40% de la production dépend du Danube, a annoncé une réduction de ses livraisons d'électricité. La pluie se faisant toujours attendre, les experts prévoient une stagnation ou une nouvelle baisse du niveau des eaux. Le Danube est déjà en dessous du niveau minimum de navigation sur la section de 200 km entre Bezdan, à la frontière serbo-hongroise, et Pancevo, près de Belgrade.
 
Si les pays proches de l'embouchure du fleuve souffrent le plus, le transport de marchandises est également perturbé en amont, en Autriche et en Allemagne. L'institut météorologique autrichien Zamg a annoncé que ce mois de novembre était le plus sec depuis le début des mesures en 1858.
 
Seul un quart du volume habituel des cargaisons transite par le fleuve, le reste passe dorénavant par voie routière ou ferroviaire, a indiqué l'organisation autrichienne de navigation «Via Donau».
 
Une section du fleuve de 69 km entre les ports allemands de Straubing et Vilshofen, interdite aux péniches, est également desservie par des trains et des poids lourds, selon l'administration fluviale. La navigation sur le canal Rhin-Main-Danube vers la mer du Nord a été sensiblement réduite au cours des dernières semaines. Or l'arrivée de l'hiver fait peser une nouvelle menace: «Aucune précipitation n'étant prévue, les eaux du Danube gèleront quand le froid viendra», estime Ivan Ivanov.
 
Sur le Rhin, la situation n’est pas meilleure. Le manque de précipitations dans l'est de la France ces dernières semaines, après un printemps déjà très sec, perturbe fortement la navigation des péniches de marchandises sur le Rhin. «Depuis trois mois, il n'y a presque plus d'intempéries dans nos régions, dans le nord de la Suisse et en Alsace, du coup le niveau du Rhin est très bas», constate Jean-Laurent Hermann, un représentant des professionnels du transport fluvial en Alsace.
 
Chaque année environ 25.000 bateaux empruntent le «Rhin franco-allemand», entre Bâle (Suisse) et Lauterbourg (Bas-Rhin), qui transportent 30 millions de tonnes de marchandises.
 
«Aujourd'hui les bateaux chargent au tiers de leur capacité totale, cela représente une perte de 30 à 40% de notre chiffre d'affaires», poursuit Jean-Laurent Hermann.
 
Les techniciens de Météo France à Strasbourg ne sont guère surpris par la situation. «Le printemps a été exceptionnellement sec, en juin on était déjà en situation de sécheresse. Les pluies du mois d'août ont un peu rattrapé la situation mais le niveau de précipitations a de nouveau baissé depuis septembre», note ainsi un climatologue de Météo France.
 
«Le drame c'est novembre: il n'y a pas eu de pluie. A la station de l'aéroport de Strasbourg-Entzheim on a eu moins d'un millimètre de précipitations sur l'ensemble du mois. Les niveaux du Rhin sont donc très bas, fatalement», ajoute le climatologue selon qui, il tombe d’habitude nentre 40 et 60 mm à pareille époque.
 
«En ce moment les chargeurs passent plutôt par la route ou par le train au lieu de passer par la voie maritime», explique Jean-Laurent Kistler, des Voies navigables de France (VNF).



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