Retard à l'allumage pour le Plan Climat

Le 16 novembre 2005 par Valéry Laramée, pour Enerpresse
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Le gouvernement a fait un point sur l'application de sa stratégie de lutte contre le changement climatique. À l'évidence, beaucoup reste encore à faire.

À quelques jours de l'ouverture du sommet climatique de Montréal, le rendez-vous était inratable. Aussi, malgré les dépêches d'agence de presse le portant déjà manquant, le Premier ministre a tenu, lundi, malgré un conseil des ministres avancé, à honorer de sa présence le premier Rendez-Vous Climat. Institué l'an dernier, ce colloque - qui devrait être reconduit chaque année - vise à dresser un état de l'avancement de la stratégie française de lutte contre le changement climatique, synthétisée dans le désormais célèbre Plan Climat 2004.

La réunion s'est très vite révélée indigne d'un pays qui fut longtemps l'un des leaders mondiaux du sujet. Le dossier de presse le reconnaît d'ailleurs, en des termes plus policés. «On ne dispose pas des dernières données d'inventaire 2004 alors même que ces données constituent l'arbitre majeur d'un bilan. Toutes les mesures n'ont pas été mises en oeuvre [...]: le bilan peut dès lors parfois générer quelques insatisfactions».Doux euphémisme. Critiqué par les organisations non gouvernementales (ONG), le Plan Climat 2004 est pourtant ambitieux. Moyennant plusieurs dizaines de grandes mesures, il ambitionne de faire redescendre, en 2010, le niveau annuel d'émissions français de gaz à effet de serre (GES) à celui de 1990, soit 564 millions de tonnes équivalent CO2 (Mtéq.CO2). Une stabilisation qui n'est jamais que l'objectif alloué à la France par le protocole de Kyoto.

Hélas, 18 mois après sa naissance, le Plan Climat est presque encore dans les limbes. Prenons, par exemple, les actions devant être lancées par les collectivités territoriales. Des communes et institutions intercommunales qui émettent tout de même 12% des émissions de GES. Et bien, rien ou presque n'a été véritablement engagé. Hormis la publication prochaine d'un guide de réalisation de plans climat territoriaux, réalisé par la Mission interministérielle sur l'effet de serre (Mies) et l'Agence de l'environnement et de maîtrise de l'énergie (Ademe), aucune autre action n'a été initiée. Il est vrai aussi qu'aucun budget n'avait été prévu pour les financer. Ne parlons pas du chapitre de l' «État exemplaire». Il ne l'est en rien.

Sauf peut-être pour ce qui concerne la sensibilisation du grand public. Généreusement, le gouvernement a permis à d'engager l'Ademe, 3 années durant, 3 millions d'euros pour diffuser des spots radio et télé. Pas si mal, si l'on ajoute le peu reluisant défi lancé avec la fondation Nicolas Hulot et la formidable «session de formation aux changements climatiques» accordée, en novembre 2004, aux journalistes de France 3. Non, il n'y a pas à dire, l'État veut faire savoir, comme le confirme Dominique de Villepin, «que la priorité, c'est le changement climatique».

D'ailleurs, il suffit pour s'en convaincre de lire les réalisations faites dans le secteur du bâtiment. Certes, l'on trouve quelques avancées, comme le crédit d'impôt sur les appareils utilisant des énergies renouvelables, les certificats d'économie d'énergie (dont on attend les décrets d'application pour le second trimestre 2006) ou le diagnostic énergétique. Mais quid des décisions vraiment structurantes comme l'intégration de la haute qualité environnementale (HQE) dans le programme gouvernemental de construction d'habitats sociaux, l'exonération d'impôts locaux pour travaux d'économie d'énergie ou l'utilisation des prêts à l'immobilier pour réaliser de travaux ? On crée des groupes de travail et on réfléchit.

Les résultats sont aussi d'inégale qualité pour l'énergie. Dans ce secteur, on oscille de la réalisation pleine et entière (mise en place du marché de quotas), à l'accélération du programme (les biocarburants), en passant bien évidemment par de nombreuses mesures qui n'ont pas encore le moindre début de commencement d'application: éco-conception des appareils électriques, maîtrise de consommation des systèmes de climatisation, fiscalisation de l'énergie en fonction de son «contenu carbone», etc. Le soutien aux énergies renouvelables est réel. Le Premier ministre a annoncé, lundi, une revalorisation des tarifs d'achat de l'électricité d'origine photovoltaïque. Mais l'aide à l'implantation de projets sur le terrain se limite, pour le moment, à la constitution d'un comité «Éolien» au sein du Conseil supérieur de l'électricité et du gaz. L'État est, en revanche, très actif sur le plan des transports. Avec la multiplication des radars automatiques, la France pourrait indirectement réduire les émissions du secteur le plus dynamique de 3 Mtéq.CO2 par an. Pour le reste, Paris s'en remet aux accords volontaires conclu avec les constructeurs automobiles (sur les émissions moyennes de leur gamme), aux directives européennes (sur l'étiquetage des émissions de CO2 des véhicules neufs) et, bien sûr aux nombreux groupes de travail, dont les membres phosphorent sur les «projets domestiques transports» ou la sensibilisation à l' «éco-conduite». En revanche, la première expérience de «merroutage»(entre Fos et Savone) a échoué. Gageons que les prochaines (Toulon-Rome, par exemple) aient plus de succès. Le Plan Climat? Une merveilleuse stratégie. Dommage qu'on ne l'ait pas (encore) appliquée.




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