Restriction calorique: mirage de jouvence?

Le 05 septembre 2012 par Romain Loury
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Les régimes hypocaloriques sont-ils vraiment sains ?
Les régimes hypocaloriques sont-ils vraiment sains ?

Les régimes hypocaloriques, censés accroître la longévité, viennent d’obtenir des résultats plutôt mitigés chez le singe, lors d’une étude publiée fin août dans la revue britannique Nature.

L’hypothèse remonte aux années 1930, lorsque l’Américain Clive McCay est parvenu à allonger de 40% la durée de vie de rats sous régime hypocalorique. Des résultats étendus par la suite à d’autres espèces, jusqu’au macaque en 2009. Dans cette étude menée au Wisconsin National Primate Research Center (WNPRC) de Madison, seuls 13% des singes ayant reçu un régime restreint en calories (-30%) sont décédés d’une maladie liée à l’âge, contre 37% de ceux nourris normalement. De quoi en espérer autant chez d’autres primates, dont l’homme.

Cet espoir, Julie Mattison, du National Institute on Aging (NIA) à Dickerson (Maryland), et ses collègues viennent de le doucher, avec une étude dont les résultats vont à l’encontre de ceux du WNPRC. Aucune hausse de longévité parmi leurs macaques, qu’ils aient commencé leur régime (également réduit de 30% en calories) à un jeune âge (entre 1 et 14 ans) ou plus tard (entre 16 et 23 ans).

Ces résultats, à première vue mitigés, pourraient toutefois s’expliquer par des différences méthodologiques. Malgré un apport similaire en glucides, lipides et protéines, la source des nutriments divergeait d’une étude à l’autre. Dans celle du WNPRC, le régime contenait ainsi 28,5% de sucrose, contre seulement 3,9% dans celle du NIA –ce qui s’est traduit par un plus fort taux de diabète dans la première.

Autre différence: dans l’étude du WNPRC, les animaux-contrôles pouvaient manger à volonté, tandis que ceux du NIA recevaient un régime certes normal, mais strictement dosé, afin d’empêcher l’obésité [1]. Or la dose calorique choisie pour ces animaux-contrôles pourrait elle-même correspondre à une restriction certes légère, mais suffisante pour améliorer la survie. Et en effet, les singes-contrôles de l’étude du NIA vivaient plus longtemps que dans celle du WNPRC, tout en présentant un moindre poids.

«Les restrictions caloriques n’ont-elles pas plus d’effet que d’éliminer les graisses en excès? C’est ce qu’il semble, si l’on considère que les animaux-contrôles [de cette nouvelle étude] ont été maintenus à un poids sain, et que toute restriction plus poussée n’apporterait rien à la longévité», commente un spécialiste du sujet, Steven Austad (University of Texas, San Antonio), dans un éditorial.

Tout n’est pas pour autant perdu: les chercheurs du NIA n’ont observé aucun cancer chez les macaques sous régime hypocalorique, contre cinq cas mortels chez les six singes-contrôles. Sans compter quelques bienfaits métaboliques, dont une baisse du cholestérol, du glucose à jeun et des triglycérides, surtout chez les singes ayant débuté leur régime à l’âge adulte, mais seulement chez les mâles.

[1] Et ce afin d’empêcher que les résultats ne soient biaisés, pour n’étudier que l’effet du nombre de calories, et non celui de l’obésité, qui réduit la durée de vie.



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