Restaurants: une transparence de violette

Le 26 février 2015 par Romain Loury
Imprimer Twitter Facebook Linkedin Google Plus Email
A New York, sur la vitrine
A New York, sur la vitrine
DR

A partir de juillet 2015, les résultats des contrôles sanitaires des restaurants seront rendus publics, du moins à Paris et Avignon dans le cadre d’une expérimentation, a annoncé le ministère de l’agriculture lundi 23 février. Et ce sous une forme pour le moins simplifiée.

C’était l’une des mesures de la loi d’avenir pour l’agriculture, l’alimentation et la forêt, promulguée en octobre 2014: les résultats des contrôles officiels de sécurité sanitaire des aliments seront rendus publics, pour toutes les entreprises agroalimentaires, restaurants compris.

Pour ceux-ci, une expérimentation va être lancée le 1er juillet 2015 à Paris et Avignon. Pourquoi elles? «Le choix s’est porté sur deux villes touristiques, où certains consommateurs étrangers vont retrouver un dispositif dont l’esprit leur est déjà familier soit parce qu’il est en place dans leur pays d’origine, soit parce qu’ils y ont été confrontés lors de précédents voyages», explique le ministère.

Délicate attention pour nos amis touristes… du moins ceux qui auront l’idée d’aller consulter le site internet du ministère de l’agriculture. Car c’est uniquement là que les résultats de contrôles seront rendus publics, et non sur la devanture des restaurants, comme c’est obligatoire à New York.

Surtout pas de pastille rouge

«Le restaurateur a néanmoins la possibilité d’apposer sur sa devanture une affiche contenant un QR-Code qui, après avoir été flashé, redirige sur la page internet des résultats», précise aussitôt le ministère. Une page internet plutôt chiche d'information.

Le visiteur du site pourra savoir si le niveau d’hygiène d’un restaurant a été jugé soit «bon», soit «acceptable», soit «à améliorer, mesures correctives requises». Un message sobre accompagné d’une pastille toujours bleue, tout de même plus ou moins claire afin de mieux comprendre.

S’il est relativement simple à saisir, le message n’en demande pas moins de bons réflexes de rapidité. Surtout à Paris: les restaurants y sont inspectés en moyenne tous les 3 ans, mais le résultat du contrôle ne restera publié sur internet que pendant 3 mois. Comme on est moins pressé en province, ce sera 1 an pour Avignon. «Au-delà de ces périodes, seule figure la date de la dernière inspection», indique le ministère. En d'autres termes, le consommateur parisien aura théoriquement 11 chances sur 12 de tomber sur un os, l'Avignonnais 2 chances sur 3.

En Belgique, un système plus informatif

Le système n’est pas sans rappeler celui actuellement mis en place par la Belgique, également accessible sur internet. Initialement réticente à la publicité des résultats, l’Agence fédérale pour la sécurité de la chaîne alimentaire (Afsca) a dû céder suite à un arrêt du Conseil d’Etat, saisi en 2012 par l’association Test-Achats. Malgré cette naissance difficile, le système belge s’avère pourtant plus informatif que celui choisi en France.

Il comprend sept mentions: «excellent», «très bien», «bien» (après recontrôle et problèmes corrigés), «satisfaisant, en attente d’un recontrôle» (après avis défavorable et avertissement), «à améliorer, en attente d’un recontrôle» (après avis défavorable et procès verbal), «à améliorer» (recontrôle défavorable, procès verbal) et «pas d’inspection récente».

Cette dernière est apposée lorsque le restaurant n’a pas été inspecté depuis au moins trois ans. D’ici là, le résultat restera bien accessible sur internet, sans limite de temps comme en France.

Pour l’Umih, trois niveaux c’est trop

Sous réserve que l’expérimentation soit un jour généralisée, le système a bien peu de chances, dans le contexte politique actuel, d’évoluer vers une version un peu plus nerveuse. En témoigne la réaction de l’Union des métiers et des industries de l’hôtellerie (Umih).

Dans un courrier adressé début janvier à la direction générale de l’alimentation (DGAL), ses responsables se montrent très remontés contre le système à trois niveaux : «le message doit être clair pour le consommateur: soit le niveau d'hygiène est correct, soit il ne l'est pas».

Quant à la publicité des résultats, trois mois c’est déjà trop: «si les résultats disparaitront du site de l'administration au bout d'un temps permettant au restaurateur d'apporter la preuve de la mise en conformité de son établissement, ils subsisteront sur les sites d'avis et les réseaux sociaux. La mention ‘acceptable’ risque de jeter l'opprobre et la suspicion sur des établissements pendant des années, en attendant le prochain contrôle».



Les cookies assurent le bon fonctionnnement de nos sites et services. En utilisant ces derniers, vous acceptez l’utilisation des cookies.

OK

En savoir plus