Ressusciter des espèces éteintes… au détriment des espèces menacées?

Le 27 février 2017 par Romain Loury
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L'huia dimorphe, sous forme empaillée
L'huia dimorphe, sous forme empaillée

La résurrection d’espèces éteintes, ou «dé-extinction», pourrait indirectement appauvrir la biodiversité, selon une étude publiée lundi 27 février dans Nature Ecology & Evolution. En cause, le coût élevé de telles réintroductions, autant de moyens financiers qui n’iraient pas à la sauvegarde d’espèces menacées.

Sans aller jusqu’à Jurassic Park, parviendra-t-on à recréer des espèces disparues? Après le néo-aurochs, obtenu par croisement de races bovines domestiques, d’autres projets sont en cours. En Afrique du Sud, des chercheurs tentent ainsi de ressusciter le quagga (Equus quagga quagga), sous-espèce de zèbre disparue en 1883, par croisement de zèbres des plaines (Equus quagga). D’autres sont en cours de réflexion, via le clonage ou la manipulation génétique, afin de redonner vie au tigre de Tasmanie, au pigeon migrateur, voire au mammouth.

Une approche controversée

Au-delà du sensationnalisme, plusieurs experts plaident pour une telle approche, y voyant une solution à la fonte de la biodiversité, voire un devoir éthique de réparer les erreurs passées des humains[i]. D’autres craignent que ces espèces recréées fragilisent des écosystèmes qui se sont habitués à leur absence (compétition, hybridation avec des espèces sauvages, etc.), voire qu’elles se comportent en espèces envahissantes ou en vecteurs de maladies.

Joseph Bennett, biologiste à l’université Carleton (Ottawa, Canada), et ses collègues se sont quant à eux intéressés à l’aspect économique: en mobilisant des ressources publiques pour la réintroduction et la surveillance de ces espèces recréées, celles-ci ne vont-elles pas appauvrir le maigre budget consacré à la sauvegarde d’espèces menacées, mais encore en vie? Dans la grande majorité des cas, la réponse est positive.

Au détriment des espèces vivantes

Les chercheurs ont évalué l’impact financier qu’aurait la dé-extinction de 16 espèces disparues, dont 11 néo-zélandaises et 5 de la province australienne de Nouvelle-Galles du Sud. Parmi elles, l’huia dimorphe (Heteralocha acutirostris, un oiseau néozélandais éteint au début du 20ème siècle) et le bettong Bettongia gaimardi gaimardi, petit marsupial disparu du continent australien dans les années 1920.

Pour la Nouvelle-Zélande, la réintroduction des 11 espèces reviendrait, à budget constant, à sacrifier les efforts de sauvegarde de 31 espèces existantes. Pour la Nouvelle-Galles du Sud, le prix est encore plus lourd: 42 espèces vivantes abandonnées pour 5 recréées, soit un ratio supérieur à 8.

Parmi les arguments des partisans de la dé-extinction, les efforts de sauvegarde d’une espèce ressuscitée pourraient bénéficier à d’autres encore en vie, par exemple en contrôlant un prédateur commun. Or sur les 16 espèces analysées par l’équipe, une seule entre dans ce cas de figure: l’oiseau néozélandais Coenocorypha chathamica, dont le retour pourrait favoriser 39 autres espèces. C’est ainsi la seule qui pourrait entraîner un gain net de biodiversité, à moyens financiers constants.

Pour les chercheurs, cette stratégie s’avère donc largement contre-productive: «les ressources financières consacrées à la préservation des espèces sont limitées, et doivent être employées à bon escient. Nos résultats montrent que leur emploi pour la sauvegarde à long terme d’espèces ressuscitées, plutôt que pour celle d’espèces actuellement menacées, pourrait entraîner une perte nette de biodiversité».

D’autres aspects à considérer

Dans un éditorial, Ronald Sandler, du département de philosophie de l’université Northeastern de Boston (Massachusetts), estime que l’aspect financier n’est qu’un argument parmi d’autres, éthiques, culturels ou tout simplement esthétiques. D’autant que certains projets sont financés sur fonds privés.

C’est le cas de celui visant à recréer Tympanuchus cupido cupido, une sous-espèce du tétras des prairies disparue en 1932, et à le réimplanter sur l’île de Martha’s Vineyard (Massachusetts): utile ou non, cette tentative a été lancée dans le cadre plus large d’une restauration de l’écosystème insulaire.



[i] L’Union internationale pour la conservation de la nature (UICN) a consacré en mai 2016 un document consacré à ce sujet, regroupant diverses recommandations, notamment dans le choix des espèces, l’évaluation des risques et le suivi après lâcher.

 



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