Ressources minérales en Polynésie française: du cobalt, avec modération

Le 10 mai 2016 par Marine Jobert
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Un nodule polymétallique.
Un nodule polymétallique.
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Pas de terres rares, ni de nodules polymétalliques, mais du cobalt. Les fonds de la deuxième zone économique exclusive du Pacifique Sud aiguiseront-ils un jour les appétits des chercheurs de minerais? Attention, préviennent des chercheurs: les impacts sur les écosystèmes sont à étudier davantage.

Ni terres rares, ni nodules polymétalliques en quantité suffisante pour présenter un intérêt économique, mais des encroûtements polymétalliques riches en cobalt (mâtinés de platine)[1]. Voici les conclusions de l’expertise collégiale menée par l’Institut de recherche pour le développement (IRD), a? la demande conjointe de l’Etat français et du gouvernement de la Polynésie française. Intitulée «Les ressources minérales profondes en Polynésie française», cette expertise a consisté en une revue exhaustive de la littérature scientifique et de la littérature grise, d’analyses comparatives et d’entretiens avec des acteurs publics et privés, sous la houlette d’une équipe de 10 chercheurs venus d’horizons divers (anthropologie, biologie, droit, économie, géographie, géosciences, technologie). Objectif: cerner les ressources minérales sous-marines de la deuxième plus grande zone économique exclusive (ZEE) du Pacifique Sud (après l’Australie), qui représente un peu plus de 47% des ZEE françaises.

Incertitudes à lever

S’ils étaient un jour objets de convoitise, ces encroûtements polymétalliques situés entre 800 et 4.000 mètres de profondeur dans des zones de montagnes sous-marines a? faible sédimentation devront être appréhendés avec précaution. «Des incertitudes concernent notamment les écosystèmes environnants, la question des usages et représentations culturelles des espaces marins hauturiers, les paramètres géologiques des encroûtements, les techniques d’extraction potentielles....», prévient l’IRD. Il est donc indispensable de mieux connaître les impacts sur les écosystèmes qu’aurait une exploitation éventuelle.

En juin 2014, le Centre national de la recherche scientifique (CNRS) et l’Institut français de recherche pour l’exploitation de la mer (Ifremer) avaient listé les nombreux impacts délétères de l’exploitation de ces ressources minérales sur le milieu sous-marin, comme la destruction de l’habitat et des espèces ou le rejet de composés toxiques.
 
Sur la pointe des pieds

Message reçu par le ministre polynésien de la recherche, lors de la restitution de l’étude le 6 mai à Papeete. «Ce genre d’exploitation ne pourra se faire que dans la mesure où nous aurons une bonne étude de son impact, car les poissons sont importants. Ils sont la base de l’alimentation insulaire et font partie de notre économie, a déclaré Patrick Howell, cité par La dépêche de Tahiti. D’autant plus que nous avons un poisson de haute mer de très grande qualité qui intéresse beaucoup les pays environnants. Nous avançons sur le sujet sur la pointe des pieds.» Une prudence à mettre en regard des déclarations volontaristes du président de la Polynésie française, lors d’une réunion du comité de pilotage avec l’IRD en janvier 2015. «Les piliers traditionnels de l’économie polynésienne (tourisme, perliculture et pêche) reposent d’ores et déjà sur l’océan. Aujourd’hui, ce dernier nous offre de nouvelles perspectives économiques grâce au réservoir potentiel de ressources minérales», estimait alors Edouard Fritch. La Polynésie française détient la compétence sur ses ressources minérales, ainsi que l’a rappelé en novembre 2015 la ministre des Outre-mer.

 


[1] Il s’agit de précipitations chimiques à partir de l'eau de mer, pouvant atteindre 20 à 25 cm, se formant sur les sommets et les flancs des guyots, reliefs sous-marins vestiges d'anciens atolls. Ils sont riches en fer et en manganèse. Les encroûtements polynésiens connus sont riches en cobalt et peuvent localement contenir des teneurs significatives en platine.

 



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