Résidus de médicaments: des poissons asociaux et hyperactifs

Le 20 février 2013 par Romain Loury
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Les antidépresseurs rendent les poissons asociaux
Les antidépresseurs rendent les poissons asociaux

Les résidus d’antidépresseurs présents dans l’eau altèrent le comportement des poissons, au risque de fragiliser l’écosystème, révèle une étude suédoise publiée dans la revue Science.

Si plusieurs études se sont penchées sur l’éventuel risque sanitaire qu’engendrent ces résidus de médicaments dans la population, celle publiée par Tomas Brodin, de l’université d’Umea (Suède), et ses collègues, est l’une des rares à analyser leur effet sur les premiers exposés, à savoir la faune sauvage.

Pour cela, les chercheurs ont placé des perches communes (Perca fluviatilis) dans des aquariums dont l’eau contenait l’un des médicaments les plus abondants dans l’environnement, à savoir l’antidépresseur oxazepam, à une concentration de 1,8 microgramme par litre (µg/l), niveau retrouvé dans des eaux de rivière suédoises.

Selon l’analyse des enregistrements vidéo, ces poissons présentent un comportement perturbé, développant une plus grande activité et une moindre sociabilité que leurs congénères non exposés. Mis en présence de zooplancton, ils mettent aussi moins de temps à l’ingérer.

A l’état sauvage, cet appétit redoublé pourrait chambouler la chaîne alimentaire, avancent les chercheurs. Selon eux, il demeure toutefois difficile de prévoir l’impact global de ces médicaments: si les poissons imprégnés d’oxazepam sont plus gourmands, le fait qu’ils soient plus actifs et moins sociables pourrait en faire des proies plus faciles pour leurs prédateurs.

Ainsi que l’a montré l’Agence nationale de sécurité sanitaire de l’alimentation, de l’environnement et du travail (Anses) en 2009, les eaux, qu’elles soient brutes ou traitées, contiennent tout un cocktail de résidus médicamenteux: l’oxazepam y figure en deuxième position, derrière l’anti-épileptique carbamazépine et devant le paracétamol et l’ibuprofène. Autant de signaux alarmants qui ont poussé le ministère de la santé à lancer un plan national sur les résidus de médicaments dans les eaux (PNRM) pour la période 2010-2015.

Lors d’une étude publiée en 2012, une équipe américaine avait mis en évidence chez le poisson une surexpression de plusieurs gènes, qui chez l’homme sont liés à l’autisme (voir le JDLE). Au-delà de l’impact sur l’animal, les chercheurs affirmaient même y voir l’une des raisons de l’explosion des cas d’autisme chez l’enfant, phénomène qui demeure inexpliqué.



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