Résidus d'antidépresseurs: un robinet à autisme?

Le 13 juin 2012 par Romain Loury
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On en trouve aussi dans l'eau.
On en trouve aussi dans l'eau.

La présence de résidus d'antidépresseurs dans l'eau potable pourrait en partie expliquer l'augmentation des cas d'autisme dans la population, selon une étude publiée dans la revue PLoS ONE.

Plusieurs de ces antidépresseurs ont été liés à un risque d'autisme chez l'enfant exposé in utero, principalement lorsque le traitement est pris au cours du premier trimestre de grossesse. Mais cet usage, marginal, peine à expliquer la hausse inquiétante de ce trouble du comportement: à l'âge de 8 ans, l'autisme concernait 1 enfant américain sur 88 en 2008, contre 1 sur 150 en 2000.

Plus inquiétante que le médicament lui-même, sa présence dans l'eau pourrait suffire à déclencher l'autisme chez les enfants génétiquement disposés, selon l'étude publiée par Michael Thomas, de l'Idaho State University School, et ses collègues. Les chercheurs ont utilisé un modèle génétique simple, le poisson appelé vairon à grosse tête (Pimephales promelas), plongé dans une eau contenant trois substances psychoactives bien connues: deux antidépresseurs, la fluoxétine et la venlafaxine, et un antiépileptique, la carbamazépine [1].

Selon une analyse d'expression génétique, les 10 ensembles de gènes associés à l'autisme chez l'humain se trouvaient surexprimés chez le poisson, dont 5 de manière statistiquement significative. Même constat pour un lot de gènes associés à la maladie de Parkinson, à la différence d'autres maladies (Alzheimer, troubles de déficit de l'attention avec hyperactivité, schizophrénie, etc.), qui ne montraient pas d'effet particulier.

«Si d'autres chercheurs ont suggéré un lien de causalité entre les médicaments psychotropes et l'autisme, nous avons été très surpris de voir que cela pourrait survenir à de très faibles niveaux, tels que ceux trouvés dans le milieu aquatique», commente Michael Thomas, cité par un communiqué de PLoS ONE.

S'ils restent prudents quant à la réalité du phénomène chez l'homme, les chercheurs rappellent que l'autisme a déjà été lié à un taux sanguin élevé de sérotonine. Or la fluoxétine et la venlafaxine agissent toutes deux en inhibant la dégradation de ce neurotransmetteur. Et leur mise sur le marché -en 1987 pour la première, en 1994 pour la seconde- coïncide avec l'envolée des cas d'autisme.

Lors de travaux publiés en 2011 sur les résidus de médicaments dans l'eau, l'Agence nationale de sécurité sanitaire de l'alimentation, de l'environnement et du travail (Anses) a montré que la carbamazépine était le médicament le plus souvent détecté dans l'eau, suivi de l'antidépresseur oxazepam. La fluoxétine et la venlafaxine n'ont en revanche pas été analysées.

 

[1] Si toutes ces molécules disposent de médicaments génériques, la fluoxétine est plus connue sous le nom de marque Prozac (laboratoire Lilly), la venlafaxine sous celui d'Effexor (laboratoire Wyeth, groupe Pfizer).



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