Réserves marines: «les choses bougent, mais trop lentement»

Le 07 octobre 2015 par Romain Loury
Imprimer Twitter Facebook Linkedin Google Plus Email
Dona Bertarelli
Dona Bertarelli
DR

A quelques semaines de la COP21, les annonces de nouvelles aires marines protégées (AMP) s’enchaînent. Dernier projet en date, le Chili prévoit la création de l’une d’entre elles à l’île de Pâques, a annoncé sa présidente Michelle Bachelet lors d’une conférence sur les océans à Valparaiso. Mais le chemin est encore long pour protéger 10% des océans d’ici 2020, l’un des objectifs d’Aïchi.

La nouvelle est tombée lundi 5 octobre: le gouvernement chilien va mettre en place une AMP de grande envergure autour de l’Ile de Pâques, d’une superficie de 630.000 km2. Parmi ses objectifs, protéger les 142 espèces endémiques, dont 27 menacées ou en danger d’extinction, victimes de la pêche illégale qui fait rage dans ces eaux. Parmi les acteurs à l’origine du projet, Pew Charitable Trusts et la Fondation Bertarelli, dont la coprésidente, Dona Bertarelli, a accordé un entretien au JDLE.

JDLE: Comme s’est déroulée la mise en place de ce projet, avez-vous rencontré des résistances?

Dona Bertarelli: Nous avons commencé à travailler sur le sujet il y a 4 ans, avec Pew Charitable Trusts. Nous avons d’abord rencontré l’ancien président chilien [Sebastián Piñera] et la communauté rapanuie [ethnie polynésienne de l’île de Pâques], qui sont les meilleures personnes pour défendre un tel projet, et les avons écoutés sur le sujet de la pêche illégale. La fondation a lancé des études scientifiques pour mieux connaître les fonds marins, et nous avons soutenu la communauté.

Nous avons rencontré deux types de résistance: d’une part, de la part des Rapanui eux-mêmes, qui craignaient que [les autorités chiliennes] leur laissent peu de place dans le projet. Nous les avons aidés à prendre la place qu’ils méritent, en les aidant à mettre en place une coalition. Ce projet est une grande victoire pour eux. D’autre part, il existait une peur de la part du gouvernement, qui craignait que le projet serve d’exemple à d’autres natifs le long de la côte, et qu’il se verrait obligé de leur accorder de nouveaux droits.

JDLE: Une fois le projet annoncé, comment s’assurer que cette AMP «fonctionne»?

Après l’annonce d’une réserve marine britannique aux îles Pitcairn (835.000 km2) en mars, la Nouvelle-Zélande s’est engagée fin septembre à en créer une dans les îles Kermadec, de 620.000 km2. Outre l’île de Pâques, le Chili va en installer d’autres autour des îles d’Infortune (300.000 km2), ainsi qu’en Patagonie (100.000 km2). Le vice-président américain John Kerry a annoncé à Valparaiso que les Etats-Unis en envisageaient une en commun avec Cuba. Plus grand projet à ce jour, les Etats-Unis devraient agrandir leur «Pacific Remote Islands marine national Monument», centrée sur les îles de la Ligne, qui devrait passer de 225.000 km2 à 2 millions de km2. Il devrait ainsi dépasser le Parc naturel de la mer de Corail, AMP française d’une superficie de 1,3 million de km2 en Nouvelle-Calédonie.

Dona Bertarelli: Ce qui nous importe, c’est que ce ne soit pas une réserve sur le papier. Nous avons déjà effectué beaucoup de travail à l’archipel de Chagos [territoire britannique de l’Océan indien, où la fondation a aussi contribué à la mise en place d’une réserve marine]. Particulièrement en termes de recherche scientifique, sur les raies manta, les thons et les requins, c’est un travail de très longue haleine. Pour l’île de Pâques, nous faisons la promesse que la réserve sera forte: nous mettons en place un centre d’éducation marine, où l’on parlera de la mer mais aussi de la terre, et qui comportera un musée. Et nous continuerons à faire de la recherche scientifique afin d’observer les effets de la réserve sur la biodiversité.

En matière de pêche, les Rapanui pourront pêcher jusqu’à 50 milles des côtes, et dans un couloir allant jusqu’à l’île Sala y Gómez, selon leurs méthodes ancestrales. De 50 milles à 200 milles, limite de la réserve, toute pêche sera interdite. Il s’agira alors de repérer et de traquer par satellite les bateaux venus pêcher de manière illégale dans les eaux territoriales.

JDLE: Les objectifs d’Aïchi prévoient la protection d’au moins 10% des zones marines et côtières d’ici 2020, et nous n’en sommes qu’à environ 3%. Y a-t-il espoir d’atteindre ce seuil à temps?

Dona Bertarelli: On peut y arriver, mais il faut du courage politique. Il faut que les pays et les Nations unies mettent la question à l’agenda, qu’ils ne se contentent plus de promesses mais passent vraiment à l’acte. Les choses bougent, mais trop lentement: tout le monde agit comme s’il n’y avait pas de lien entre le climat et les océans, alors que tous les problèmes climatiques sont liés à eux.

Il y a plein d’autres endroits à protéger, mais le fait que l’on commence enfin à protéger de grands morceaux d’océan va leur permettre de souffler un peu. Dans l’immédiat, nous sommes un peu comme des pompiers, nous venons aider les pays qui ont le courage de mener de tels projets. En Méditerranée, ce serait par exemple fantastique de créer une telle réserve, mais il faudra probablement des années avant que cela arrive, les intérêts y sont tellement importants. Je suis évidemment très heureuse de venir aider les Rapanui, mais concrètement, qu’est-ce que l’Europe fait à côté de chez elle?



A suivre dans l'actualité :

Sites du groupe

Le blog de Red-on-line HSE Compliance HSE Vigilance HSE Monitor

Les cookies assurent le bon fonctionnnement de nos sites et services. En utilisant ces derniers, vous acceptez l’utilisation des cookies.

OK

En savoir plus