Réserves d’eau: le Sénat relance le débat

Le 08 juin 2016 par Valéry Laramée de Tannenberg
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Henri Tandonnet s'était montré virulent à l'encontre des Zadistes de Sivens.
Henri Tandonnet s'était montré virulent à l'encontre des Zadistes de Sivens.
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Pour réduire les contraintes climatiques qui pèseront sur le cycle de l’eau, deux sénateurs proposent de construire de nouvelles réserves d’eau. 

La délégation à la prospective présentait, ce mercredi 8 juin, son dernier rapport, intitulé: Eau, urgence déclarée. «C’est un rapport qui a beaucoup interpelé les sénateurs, dont beaucoup ont découvert qu’il pourrait y avoir des problèmes d’eau en France», annonce d’emblée Roger Karoutchi, président de la délégation. Cosigné par les sénateurs Henri Tandonnet (UDI, Lot-et-Garonne) et Jean-Jacques Lozach (PS, Creuse), le rapport n’invente pourtant pas l’eau tiède.

Anticiper des besoins supplémentaires

Reprenant à son compte les projections des derniers rapports du Giec, de l’Onerc ou du CGEDD[1], le document annonce l’évidence: le changement climatique perturbera le cycle de l’eau, y compris dans l’Hexagone. «Il pleuvra plus en hiver, souvent de façon violente, et moins en été», résume Henri Tandonnet. Les conséquences de ce phénomène seront amplifiées, souligne le sénateur-maire de Moirax, par la croissance démographique qui frappera surtout les régions du Sud. «Nous devons anticiper des besoins supplémentaires pendant la période estivale, durant laquelle la ressource sera plus rare.»  

Hiérarchiser les usages

Première action recommandée: hiérarchiser les usages. Reconnaissant qu’il s’agit-là d’un débat politique, Jean-Jacques Lozach se risque à l’exercice: alimentation humaine, production d’énergie, surtout nucléaire, agriculture. «Il ne faut pas opposer les différents usages», estime l’ancien maire de Bourgagneuf. Acteur de terrain, l’élu creusois défend aussi les intérêts des pays où la sécheresse frappera. «Il est plus dans l’intérêt de la Tunisie d’utiliser son eau pour elle plutôt que d’exporter des tomates. Tout cela produit de l’eau virtuelle, dont la France est importatrice à hauteur de 8,4 milliards de mètres cubes par an.»[2]

Le sénateur ne va pas jusqu’à préconiser l’abandon de l’élevage bovin, très gros consommateur d’eau.[3]

Un sujet tabou

Pour Henri Tandonnet, toutes les solutions à notre disposition doivent être mises en œuvre: rénovation des réseaux d’adduction, changement de pratiques agricoles, sensibilisation des ménages, dessalement d’eau de mer, recyclage des eaux usées, stockage des eaux pluviales (pour rafraichir les villes en été) et réalimentation des nappes phréatiques. Très impliqué dans le dossier du ‘barrage’ de Sivens, le vice-président de la communauté d’agglomération d’Agen n’oublie pas la création de réserves d’eau. «C’est un sujet tabou aujourd’hui. Il faut y réfléchir à nouveau», martèle le défenseur de la maïsiculture. Et le rapport de compléter avec l’irrigation, terreau le plus fertile des partisans des réserves: l’irrigation «est indispensable à la préservations des cultures et à la survie du monde agricole. L’irrigation raisonnée participe aussi à la lutte contre l’élévation de la température en milieu urbain et rural, grâce à l’évapotranspiration.»

Tout le pouvoir au local

Outre une relance de la construction de réserves, les deux signataires entendent rénover la gouvernance de l’eau. La politique étatique étant jugée «trop centralisatrice», Henri Tandonnet recommande de la transférer au niveau le plus pertinent. Comprendre au trio: conseil régional, intercommunalité et agence de bassin. Cette dernière institution aurait d’ailleurs bien besoin d’un toilettage institutionnel. «Dans le comité de bassin, la société civile est assez représentée. Et le consommateur a tendance à s’obnubiler sur des faits de pollution. Or, on ne fera pas partager les objectifs d’une politique de l’eau sans l’aval des agriculteurs», souligne Henri Tandonnet.

Les deux sénateurs aquitains ne comptent pas en rester là. à la rentrée, la Haute chambre devrait organiser un débat, «avec présence obligatoire des ministres concernés». Une façon de voir si les idées du rapport sont partagées par le gouvernement.

 



[1] Giec: Groupe international d’experts sur l’évolution du climat; Onerc: Observatoire national sur les effets du réchauffement climatique; CGEDD: Conseil général de l'environnement et du développement durable;

[2] Près du triple du volume annuel d’eau prélevé en France pour l’irrigation.

[3] Il faut 13,5 tonnes d’eau pour produire un kilogramme de bœuf.

 



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