Réseaux de froid: les oubliés des Grenelle

Le 04 janvier 2010 par Sonia Pignet
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Les réseaux de chaleur ont leurs appels d’offres spécifiques, leur fonds de l’Ademe, et sont l’objet de plusieurs articles dans la loi Grenelle I et le projet de loi Grenelle II. Grâce à quoi, leur développement s’est accéléré. A contrario, les réseaux de froid sont quasiment inexistants dans ces mesures. Ils permettraient pourtant de réaliser des économies énergétiques non négligeables.

Sur les 427 réseaux thermiques recensés par la dernière enquête du Syndicat national du chauffage urbain et de la climatisation urbaine (CNCU), réalisée sous l’égide du Service de l’observation et des statistiques (SOeS), seuls 13 fournissent du froid en France. Aucune enquête de l’Ademe n’est consacrée au sujet, et bien qu’une personne au ministère de l’écologie (Meeddm) suive le sujet, il n’existe pas pléthore de documents sur ces réseaux. La raison? «C’est un concept récent. Les réseaux de froid sont apparus il y a 10 ou 15 ans, tandis que les réseaux de chaleur datent de plus de 50 ans», explique François Dupoux, président de la Fédération des services énergie-environnement (Fedene).

Liés au développement du secteur tertiaire, les réseaux de froid sont essentiellement situés dans les zones urbaines très denses. On en trouve notamment à la Défense, dans une zone industrielle de Montpellier ou encore à Monaco. Le plus important réseau de chaleur européen est d’ailleurs celui de Paris intra-muros, géré par la société Climespace. Celle-ci, avec l’aide de l’Ecole des mines de Paris et de la Drire Ile-de-France, vient de réaliser le premier audit environnemental des réseaux de froid, qui montre les avantages environnementaux de ces installations. En termes d’efficacité énergétique, les réseaux de froid permettent en effet de mutualiser la production pour un gain énergétique compris entre 40 et 50% et une réduction de 70% des émissions de gaz à effet de serre. Les pertes de fluides frigorigènes sont divisées par 10, et la consommation d’eau est réduite. De plus, à Paris, comme pour d’autres installations, c’est l’eau de la Seine qui remplace les tours aéroréfrigérantes, évitant les problèmes de légionellose et d’impact visuel. «Sans oublier la réduction du bruit, facilitée par la concentration des installations sur un même lieu», souligne Isabelle Migliore, chargée des réseaux de chaleur à l’Ademe.

Le développement de ces réseaux, «en essor», selon Damien Terouanne, directeur général adjoint de Climespace, n’est pourtant pas autant aidé que celui des réseaux de chaleur. Si le fonds Chaleur de l’Ademe inclut les réseaux de froid, aucun projet n’a pour l’instant été financé par ce biais. Le Grenelle de l’environnement ne fixe pas non plus d’objectif pour les réseaux de froid. Pire, «soumis à la taxe hydraulique lorsqu’ils utilisent de l’eau de rivière, ils risquent d’être lourdement pénalisés par rapport à des productions de froid autonomes», rappelle François Dupoux. Un amendement adopté par les députés et les sénateurs dans le projet de loi de finances pour 2010 propose que, «au vu de l'efficacité et de la sobriété environnementale et sanitaire des centrales hydrauliques produisant, transportant et distribuant de l'énergie frigorifique à un réseau urbain dans le cadre d'une délégation de service public en utilisant comme process industriel de climatisation le refroidissement par eau de rivière […], celles-ci soient exclues de l'assiette de la taxe». Cette disposition a été conservée après avis de la commission mixte paritaire dans le texte de loi publié au Journal officiel du 31 décembre (art.106).

Pour l’Ademe, «les réseaux de froid ne sont pas la priorité. Il y a peu de besoins, donc peu de demandes», estime Isabelle Migliore, qui note cependant une augmentation de l’intérêt porté à ces installations, due aux demandes plus nombreuses de climatisation. Du côté des professionnels, ils prévoient de demander des certificats d’énergie pour ces réseaux. «Grâce à l’étude de Climespace, on commence à prendre conscience des avantages environnementaux et énergétiques», souligne François Dupoux, qui estime que les réseaux de froid en sont au début du processus et que la réglementation va évoluer.

Malgré le peu d’intérêt actuel des pouvoirs publics pour ces réseaux, la France est le premier pays européen, devant la Suède, avec 600 mégawatts (MW) de puissance installée et 100 gigawattheures (GWh) d’énergie produite (1). A l’échelle européenne, les réseaux de froid représentent pour l’instant seulement 1 à 2% du marché du froid.

(1) Voir les chiffres de l’association européenne Euroheat&Power


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