Renouvelables: le miracle français n’a pas eu lieu

Le 10 janvier 2019 par Valéry Laramée de Tannenberg
Imprimer Twitter Facebook Linkedin Google Plus Email
ajouter à mes dossiersRéagir à cet article
Les centrales hydroélectriques restent les premières productrices françaises d'électricité renouvelable.
Les centrales hydroélectriques restent les premières productrices françaises d'électricité renouvelable.
VLDT

2018 aurait dû être un bon millésime pour les énergies renouvelables françaises. Il n’en a rien été, témoigne le baromètre des énergies renouvelables électriques, publié ce jeudi 10 janvier par Observ’ER.

 

Tout avait pourtant bien commencé. En janvier 2018, le groupe de travail, présidé par le secrétaire d’Etat Sébastien Lecornu, rendait ses recommandations pour accélérer le déploiement de parcs éoliens terrestres. Le résultat de concertations similaires allait suivre pour le photovoltaïque et la méthanisation. Les appels d’offres se sont succédé. Le gouvernement a publié un vaste plan solaire. De nouveaux acteurs sont apparus, comme Total ou la grande distribution. Bref, voilà bien des années que la France ne s’était autant mobilisée en faveur des énergies électriques vertes. Et pourtant, les résultats ne sont pas à la hauteur des objectifs fixés par le paquet Energie Climat européen 2020 (PEC 2020).

2 GW/an

En raison des opposants de toujours et de la longue absence d’autorité environnementale, le secteur de l’éolien a considérablement ralenti. Au troisième trimestre 2018, les opérateurs n’avaient mis en service que 676 mégawatts (MW): moins de la moitié des puissances raccordées durant 2017. Toujours en attente des chiffres définitifs, le secteur éolien espère néanmoins avoir franchi la barre des 15 gigawatts (GW) en service, soit l’objectif fixé pour 2018 par la programmation pluriannuelle de l’énergie (PPE) –de 2016. Pour la suite, c’est sans espoir. «Pour que nous puissions produire 21% d’électricité à partir des énergies renouvelables, comme demandé par le PEC 2020, il faudra installer 2 GW d’éolien terrestre par an: cela n’a jamais été fait», résume Frédéric Tuillé, l’un des auteurs de l’étude. On peut toujours y croire.

Autoconsommation

Autre raté annoncé: le photovoltaïque (PV). L’an passé, seuls 700 MWc ont été raccordés au réseau: l’une des plus mauvaises performances observées depuis 8 ans. Si le parc français affiche désormais 8,7 GWc de capacité, il peinera à atteindre l’objectif fixé par la PPE: 10,2 GWc en 2023. Il faudra, là aussi, installer 2 GWc/an. Du jamais vu. Seule consolation: le développement de l’autoconsommation, qui a beaucoup contribué à l’activité des installateurs. «Aujourd’hui, 90% des demandes de raccordement au réseau de distribution de centrales photovoltaïques concernent l’autoconsommation», se réjouit Vincent Jacques le Seigneur, président d’Observ’ER.

éolien et photovoltaïque

Voilà pour l’essentiel. Car c’est une particularité du bouquet énergétique renouvelable français, éolien et photovoltaïque y sont archi prédominants. L’an passé, ces deux sources d’énergie ont capté 92% des investissements tricolores en faveur des ENR, contre 86% en Allemagne, 87% en Italie et 50% en Espagne.

Biomasse, géothermie, énergies marines n’ont pas –ou très peu– suscité d’investissement. Et pèsent peu dans le bouquet électrique national. Contrairement à l’hydraulique. Qui, certes, n’a quasiment pas accru ses capacités de production l’an dernier (25,7 GW), mais génère tout de même près de deux fois plus d’électrons que l’éolien et le photovoltaïque cumulés.

Objectifs ambitieux

La situation est-elle désespérée? Tout dépend. Le gouvernement peut mettre en œuvre les recommandations formulées par les groupes de travail de 2018, poursuivre la publication des appels d’offres, garantir la pérennité de sa politique aux opérateurs et aux investisseurs. C’est sans doute à ce prix que les objectifs de la future PPE seront atteints. Elle se propose tout de même de disposer, en 2028, de 112 GW de capacités renouvelables, contre 49 GW en 2018. Pas encore gagné.

 

Sécurité d'approvisionnement. La centrale nucléaire de Flamanville ne produit plus d'électricité. Son EPR inconstructible n’injectera aucun électron avant 2020 et ses deux réacteurs de 900 MW sont en révision. Résultat: RTE demande que la centrale au charbon de Cordemais soit urgemment redémarrée pour sécuriser l'approvisionnement électrique du Grand Ouest. Problème : son personnel est en grève depuis le 2 janvier. Après avoir été reçue par le ministre chargé de l’énergie, ce jeudi l’Intersyndicale de Cordemais a voté la reprise de la production.


Les cookies assurent le bon fonctionnnement de nos sites et services. En utilisant ces derniers, vous acceptez l’utilisation des cookies.

OK

En savoir plus