Renouvelables: la France n’a aucune chance d’atteindre ses objectifs

Le 09 février 2015 par Valéry Laramée de Tannenberg
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Les énergies marines : une énergie d'avenir et qui le restera ?
Les énergies marines : une énergie d'avenir et qui le restera ?
VLDT

Crise financière, réforme des collectivités, barrière réglementaire: autant de causes qui expliquent l’échec annoncé de la politique française en matière d’énergies renouvelables.

Un bon sujet de réflexion pour les experts qui vont prochainement plancher sur les futures programmations pluriannuelles de l’énergie (PPE): comment la France pourra-t-elle atteindre ses objectifs en matière d’énergies renouvelables?

Pour mémoire, suite au paquet Energie Climat de 2008 et à la programmation pluriannuelle des investissements électriques de 2009 (PPI), nous devons, à l’horizon 2020, avoir mis en service 25 gigawatts d’éolien, 28 GW d’hydraulique, 800 mégawatts d’énergies marines, 5.400 mégawatts crête de photovoltaïque, 80 MW de géothermies et 540 MWc de solaire thermodynamique. Sans oublier la valorisation énergétique de nos déchets.

En résumé, pour la seule production d’électricité, nous devrons, en 2020, produire 13,24 millions de tonnes équivalent pétrole (Mtep) à partir d’énergies renouvelables. Or, au dernier pointage effectué par Observ’ER, nous n’en sommes qu’à 8,57 Mtep! Bien sûr, en 5 ans, la situation peut s’améliorer.

Fiasco annoncé

Dans son Baromètre des énergies renouvelables électriques 2014, Observ’ER estime que les tendances actuelles portent «le pays à une production comprise entre 10 et 11 Mtep (soit entre 20 et 22% de la consommation finale d’électricité)». Pas si mal. Mais insuffisant.

Comment expliquer ce fiasco annoncé? La crise financière et surtout les barrières législatives et réglementaires, levées seulement récemment, ont entravé le développement de l’énergie éolienne. Les puissances raccordées au réseau n’ont cessé de diminuer entre 2010 (1.257 MW) et 2013 (581 MW). Et malgré le bon résultat observé l’an passé (1.024 MW), le rythme reste insuffisant. Pour l’atteindre l’objectif 2020, les industriels doivent mette en batterie 1.600 MW/an, un chiffre jamais encore atteint, rappelle France Energie Eolienne.

Mention spéciale au PV

Le photovoltaïque (PV) est la seule source d’énergie renouvelable à avoir déjà atteint son but. En septembre 2014, la puissance du parc installé atteignait 5.412 MWc: 12 MWc de plus que l’objectif 2020. Cependant, l’avenir de la filière n’est pas ensoleillé. En cause, la forte dégressivité de la grille tarifaire, instaurée en 2011, qui pousse de nombreux promoteurs à ne pas aller jusqu’au bout de leur projet. Un bilan réalisé par ERDF estime à 50% le taux d’abandon des projets photovoltaïques de petite puissance en attente de raccordement. Le projet de loi sur la transition énergétique pour la croissance verte (PLTECV) doit réviser les systèmes de soutien à l’électricité «verte».

Le feuilleton des concessions

L’hydroélectricité est la principale source de production d’électrons écolos. Ses 25.700 MW de capacité ont produit, en 2013, 75 térawattheures: près de 14% de la production totale d’électricité (contre 3% pour l’éolien). La PPI prévoyait d’accroître d’environ 10% la capacité du parc, notamment par des travaux de remise à niveau des installations. Las, le chantier a été retardé d’environ 5 ans par l’interminable feuilleton du renouvellement des concessions hydroélectriques. Appartenant à l’état, ces concessions auraient, dans un premier temps, dû être reconduites tacitement. Ce qui s’est révélé contraire au droit européen. Paris s’est alors engagé à ouvrir à la concurrence ce renouvellement, avant que Delphine Batho, alors ministre de l’environnement, ne revienne en arrière au nom de la sécurité d’approvisionnement. Le PLTECV prévoit la création de sociétés d’économie mixte (SEM), dont l’objet est d’exploiter des contrats de concessions hydroélectriques sur une vallée. L’avenir dira si ces SEM d’un nouveau type sauront faire redémarrer le turbinage des eaux douces.

Le désastre biomasse

Incontestablement, le dossier biomasse est un désastre. Six années avant l’échéance, seule 12% de la puissance prévue pour 2020 est en service. En cause: la conjoncture économique, l’inadéquation des appels d’offres lancés par la Commission de régulation de l’énergie (CRE), la difficulté à s’assurer un approvisionnement fiable en combustible. Sans oublier la fin du tarif d’achat pour les projets neufs, en 2015.

Energie d’avenir

Les énergies marines sont une énergie d’avenir. Et risquent de le rester. Après un faux départ en 2005, l’éolien marin posé devrait pouvoir injecter ses premiers électrons, grâce aux appels d’offres gouvernementaux et au PLTECV qui limitent les recours des opposants à l’éolien offshore, mais pas avant 2020. L’avenir de l’éolien flottant est encore plus lointain. Les premiers essais de fermes hydroliennes doivent démarrer en 2016. Pour autant, aucun parc de taille industrielle n’est actuellement programmé. L’objectif de la PPI n’a donc aucune chance d’être tenu.

Impossible est français

Le solaire thermodynamique, la France connaît. Dans les années 1980, elle avait inauguré l’une des premières centrales du monde, à Targassonne, dans les Pyrénées-Orientales. Hélas, les technologies ont été mises en œuvre par des industriels américains ou espagnols. En août dernier, Areva a définitivement abandonné son activité dans le solaire thermodynamique. Résultat: malgré la construction d’un démonstrateur en Corse, il paraît impossible d’atteindre, en 2020, une puissance solaire de 540 MWc. Actuellement, le parc tricolore atteint péniblement 1 MWc.

Les schémas se suivent

Peut-on combler le retard pris par les renouvelables françaises? Peu probable. D’une part, il est invraisemblable d’espérer mobiliser les investissements considérables nécessaires à la construction et à la mise en œuvre de 16 GW éoliens et de 3 GW hydroélectriques en moins de 5 ans. D’autre part, la réforme des collectivités territoriales va plomber un peu plus l’avenir des renouvelables. Jusqu’à présent, les régions devaient planifier leur stratégie énergétique dans un schéma régional Climat Air Energie (SRCAE). A la fin de l’année passée, toutes les régions avaient enfin adopté leur SRCAE. Hélas, avec la disparition de la moitié des régions, ces textes devront être remplacés par des schémas régionaux d’aménagement et de développement durable du territoire, qui devront être soumis à enquête publique avant d’être adoptés par les nouveaux conseils régionaux. Ça n’est pas demain la veille.

 



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