Renouvelables: l’AIE veut une pause législative

Le 29 août 2014 par Valéry Laramée de Tannenberg
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La capacité installée des énergies renouvelables électriques pourrait atteindre 2555 GWe, en 2020.
La capacité installée des énergies renouvelables électriques pourrait atteindre 2555 GWe, en 2020.
Solucar

Audacieuse, l’Agence internationale de l’énergie (AIE). Alors que l’Assemblée nationale française s’apprête à s’emparer du projet de loi «relatif à la transition énergétique pour la croissance verte», l’organisme de l’OCDE lance un appel solennel aux gouvernements de ses 29 pays membres. Indispensables pour réduire nos émissions de gaz à effet de serre (GES), les énergies renouvelables connaissent la crise. Et les politiques publiques ont leur part de responsabilité.

A l’appui de son propos, développé dans un rapport de 260 pages publié jeudi 28 août, l’agence, dirigée par la Néerlandaise Maria van der Hoeven convoque les statistiques. Ces tombereaux de chiffres et de graphiques nous présentent un secteur extrêmement dynamique mais qui semble avoir mangé son pain blanc.

5.000 TWh/an

L’an passé, éoliennes, centrales photovoltaïques et centrales hydroélectriques ont injecté sur les réseaux quelque 5.000 térawattheures, soit 22% des électrons consommés dans le monde. Et surtout 5% de mieux que l’année précédente.

Dans la même veine, les fabricants d’agrocarburants ont accru de 7% leurs livraisons d’éthanol et de biodiesel. La production de chaleur à partir de biomasse n’a, elle, progressé que de 2% durant la même année. Avec les objectifs annoncés par de nombreux états de réduction d’émissions de GES, l’avenir semble tout tracé pour les renouvelables. Pas si sûr.

Un rythme insuffisant

Car, sous le double effet de la crise financière et de l’incertitude juridique créée par moult parlements et gouvernements, les renouvelables se financent moins bien. L’an passé, 120 gigawatts électriques d’énergies renouvelables électriques ont été mis en service. C’est moins qu’en 2013. C’est surtout la capacité moyenne qui sera désormais installée chaque année dans le monde jusqu’à la fin de la décennie. Un rythme très insuffisant pour nous permettre de réduire de moitié nos émissions de GES à la moitié du siècle.

L’OCDE réduit la voilure

Pis, dans les pays de l’OCDE (dont la France), le rythme diminue sensiblement. Dès 2017, ces «pays les plus riches du monde» ne devraient pas raccorder aux réseaux plus de 40 GWe d’éoliennes, de barrages ou de panneaux solaires: 30% de moins qu’en 2012. Dans le monde, les industriels ne devraient plus investir «que» 230 milliards de dollars (175 Md€) par an. On est loin du pic observé en 2011: 280 Md$(213 Md€).

En 2020, les électriciens devraient produire 7.310 TWh d’électricité renouvelable. C’est 45% de mieux qu’en 2013, certes, mais c’est moins que nécessaire pour décarboner le système électrique mondial suffisamment vite pour stabiliser le réchauffement à 2°C.

Retrouver la confiance

Paradoxalement, c’est au moment où certaines filières deviennent compétitives par rapport à des technologies classiques de production d’électricité que l’argent devient rare. Pour reprendre une phraséologie à la mode, ce ne sont pas les capitaux qui manquent, mais la confiance des investisseurs. électriciens, banques et fonds d’investissements considèrent qu’investir dans les renouvelables présente un niveau de risque parfois inacceptable du fait de l’insécurité juridique régnant dans certains pays.

Comment leur donner tort? Au Japon, nul ne sait ce que sera la politique énergétique tant que l’avenir du nucléaire n’est pas arrêté. Aux états-Unis, les systèmes de soutien fédéral et locaux aux énergies «vertes» font encore et toujours l’objet de discussions sans fin. Le système des tarifs d’achat est en plein bouleversement en Europe. Un Vieux monde qui, par ailleurs, entend ralentir l’utilisation des agrocarburants, désormais considérés comme peu «durables».

L’AIE n’est pas, à proprement parler, une grande supportrice des aides publiques ou des subventions. Elle préconise toutefois que les politiques énergétiques restent claires et stables pour inciter de nouveau le capital à investir dans les énergies propres. Ancien juriste d’EDF, Pierre Sablière[1] rappelle que le droit français de l’énergie a plus évolué ces 10 dernières années que pendant le siècle dernier. Et visiblement, ça n’est pas fini.



[1] Pierre Sablière est aussi l’auteur du Droit de l’énergie 2014/2015, aux éditions Dalloz.

 



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