Renouvelables : gouvernement et professionnels à couteaux

Le 31 janvier 2011 par Valéry Laramée de Tannenberg
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La filière solaire : dans le collimateur du gouvernement ?
La filière solaire : dans le collimateur du gouvernement ?

Rarement les relations entre partisans des ENR et gouvernement n’avaient été aussi exécrables. La question du respect par la France des objectifs fixés par les directives ENR et biocarburants est désormais posée.

 

Le colloque annuel du Syndicat des énergies renouvelables (SER), qui se tiendra demain mardi 1 er février, aura rarement vu un tel gouffre séparer promoteurs des énergies renouvelables du gouvernement.

 

Les ministres, pourtant, ne se défileront pas. Avant eux, Nobuo Tanaka devrait rappeler la place que doivent prendre les énergies renouvelables dans le mix énergétique mondial. A la suite du directeur exécutif de l’agence internationale de l’énergie (AIE), Eric Besson et Nathalie Kosciusko-Morizet rappelleront les engagements gouvernementaux sur « les trois dossiers chauds » : éolien, biogaz, photovoltaïque.

 

Evidemment, c’est surtout concernant le solaire électrique que la tension est la plus palpable. Car, pour l’éolien, les choses ne débloquent… doucement. La France met en service 1.000 mégawatts éoliens par an, mais il en faudrait 1.500 pour tenir les objectifs du Grenelle, comme l’a rappelé jeudi Pierre-Franck Chevet, le directeur général de l’énergie et du climat.

 

Cela étant, le président de la République a promis le 26 janvier le lancement, pour mai, du premier appel d’offres sur l’éolien en mer : il portera sur 3.000 MW. Soit la moitié de l’effort à produire d’ici à 2020. Certes, cet appel d’offres est publié avec plus d’un an de retard. Mais certains gros opérateurs veulent y croire. Ce qui n’est pas forcément le cas d’autres observateurs avertis.

 

Depuis l’entrée en vigueur de la loi du 10 février 2000, 6 appels d’offres sur les énergies renouvelables ont déjà été lancés par les pouvoirs publics : sur l’éolien terrestre, l’éolien marin, la valorisation énergétique de la biomasse (3) et les centrales photovoltaïques au sol. « Aucun de ces appels d’offres n’a aujourd’hui conduit à la réalisation de plus d’un quart de la puissance officiellement annoncée », rappelle-t-on au SER.

 

Beaucoup plus dispersés que les professionnels de l’éolien, les promoteurs du photovoltaïque estiment être particulièrement dans le collimateur gouvernemental. L’an passé, le tarif d’achat de l’électricité photovoltaïque a été réduit à deux reprises, avant que l’obligation d’achat ne soit suspendue pour trois mois.

 

Officiellement, c’est le temps qui sera nécessaire à la remise à plat de l’économie du solaire français. L’exercice est co-piloté par Jean-Michel Charpin, inspecteur général des finances, et Claude Trink, ingénieur général des mines, tous deux chargés d’organiser la concertation entre les pouvoirs publics et les professionnels. « Cela n’a rien à voir avec de la concertation, telle que la prévoit la convention d'Aarhus », s’insurge l’avocate Ariane Vennin. Lors de la dernière réunion, on nous a clairement indiqué que le rapport final nous serait présenté le 11 février prochain, alors que bien des points ne sont pas réglés. Je ne m’interdis d’ailleurs pas de porter l’affaire au contentieux. »

 

Il est vrai que les propositions faites, le 12 janvier dernier, par la direction générale de l’énergie et du climat (une direction placée sous la double tutelle des ministères de l’écologie et de l’industrie) ont de quoi inquiéter les partisans des panneaux. Pour les installations sur bâtiments, la réglementation fixerait des limites annuelles : 150 mégawatts crête (MWc) pour les panneaux posés sur des bâtiments résidentiels et autant pour les bâtiments non résidentiels.

 

Pour les centrales au sol, c’est simple : on supprime les tarifs d’achat pour les remplacer par des… appels d’offres, plafonnés à 200 MWc/an.

 

Une pratique, explique Pierre-Marie Abadie, le directeur de l’énergie, qui permet « d’imposer des critères de sélection aux projets retenus favorisant le développement d’une filière industrielle et l’emploi, réduisant l’impact environnemental des installations et facilitant une meilleure prise en compte des conflits d’usage . Pourtant, le Code de l’environnement soumet déjà à étude d’impact, enquête d’utilité publique et permis de construire préfectoral tout projet de centrale au sol de plus de 250 kWc de puissance.

 

Par ailleurs, la loi du 27 juillet 2010 de modernisation agricole et de la pêche stipule que l’installation de telles centrales n’est acceptable que « lorsqu’elles ne sont pas incompatibles avec l’exercice d’une activité agricole sur le terrain sur lequel elles sont implantées ».

 

Pas suffisant, à en croire la direction générale de l’énergie et du climat.

 

Les créations d’emplois que susciterait le développement du solaire sont également très discutées. Parue en février dernier, une étude de Pricewaterhousecoopers estime à 15.000 le potentiel de création d’emplois dans le photovoltaïque d’ici 2015. Pour certains, ces emplois sont trop chers. Un calcul de coin de table de Matthieu Courtecuisse, directeur général de SIA-Conseil, montre que le maintien « sous perfusion » de 15.000 à 20.000 emplois « représente un coût estimé entre 40 et 50 k€ par emploi par an alors que dans le même temps la réinsertion d'un chômeur ne nous coûte guère plus que 36 k€par an. » «  De quoi s'interroger sur la viabilité économique de la filière photovoltaïque ! », conclut-il.

 

« Avec une telle politique de petits bras, la France n’a aucune chance d’atteindre son objectif de 23 % d’énergies renouvelables », estime Ariane Vennin. Un jugement partagé par un rapport de la Commission, publié aujourd’hui lundi. Dans sa communication au Parlement, l’exécutif européen rappelle que la directive Electricité renouvelable et ladirective Biocarburants fixent des objectifs indicatifs nationaux de sorte que, d'ici 2010 dans l'UE, la part des ENR dans la production d'électricité atteigne 21 % et la part des ENR remplaçant l'essence et le gazole dans les transports atteigne 5,75 %. Hélas, reprend-elle, « l'examen présenté dans le rapport d'avancement en annexe révèle qu'aucun de ces objectifs ne sera vraisemblablement atteint ».

 

Pour renverser la vapeur, les 27 devront investir, dans les seules renouvelables, 70 milliards d’euros par an pendant 10 ans. Soit le double de l’effort produit à ce jour. Pas sûr que Bruxelles soit entendue, notamment dans l’Hexagone.



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